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Transports et effet de serre : « La seule voie réaliste est celle du progrès technique »

par Christian Gérondeau, président de la Fédération française des automobile-clubs

mercredi 11 juillet 2007



(publicité parue dans le journal "Le Monde" du 11 juillet 2007)

Christian Gérondeau, président de la Fédération française des automobile-clubs, est l’auteur d’un livre sur l’écologie, à paraître aux Editions Albin Michel en septembre prochain. Il dénonce un certain nombre de fausses solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Les transports sont souvent désignés comme les principaux responsables de l’accroissement des gaz a effet de serre. Qu’en est-il vraiment ?

Certes, quand on pense à l’effet de serre, la premiere image qui vient à l’esprit est celle d’un pot d’échappement. Pourtant, au niveau de la planète, l’automobile n’est responsable que de 6% des émissions, et l’ensemble des transports de 16%. Moins que l’industrie, l’agriculture, et surtout la production d’électricité par les centrales à charbon ou a gaz, qui sont de loin les plus grands pollueurs avec le tiers du total des rejets planétaires.

Comment agir pour réduire les émissions des transports ?

Pour cela, il faut d’abord éliminer les « fausses solutions », dont la plus répandue consiste à vouloir réduire le volume des transports pour réduire celui des émissions. C’est oublier que les transports sont une composante essentielle de l’activité éco-nomique, et que ce ne sont pas les pouvoirs publics qui décident, mais les usagers. Or, spontanément, ceux-ci s’organisent déja pour limiter les dépenses qu’ils doivent consacrer aux transports, et donc leur volume. Une autre « fausse bonne idée » tient à vouloir reporter le trafic des modes qui rejettent le plus de gaz à effet de serre (voitures, camions, avions...), vers ceux qui en émettent le moins, tels que les transports publics, la voie ferrée ou la voie d’eau. C’est séduisant, mais irréaliste et ruineux car il faut engager des dépenses gigantesques pour des résultats anecdotiques ! Chaque moyen de transporta son marché et les reports ne peuvent etre que marginaux. Il ne s’agit pas de vases communi-cants. Ainsi, malgré les efforts consentis depuis des décennies, le fret ferroviaire représente aujourd’hui moins de 5% des transports de marchandises en Europe, et le transport routier plus de 95%.

Et que penser de la taxation ?

Voila encore une fausse solution pour réduire les émissions. Certains transports sont déjà très lourdement taxés, ce qui n’empêche pas leur succès. En Europe, la taxation moyenne sur les carburants routiers s’établit a 0,65 euro par litre, ce qui correspond à environ 300 dollars par tonne de gaz carbonique émise - soit plus de 10 fois ce qui est envisagé comme taxation pour les autres sources de rejets telles que l’industrie. Cette taxation atteint déja la limite de ce que peuvent supporter les foyers aux revenus modestes. Quant au transport aérien, le niveau de taxation que recommande l’Agence Internationale de l’Energie en matière de lutte contre l’effet de serre, soit 25 dollars par tonne de gaz carbonique émise, correspond à 5 centimes d’euro par litre de carburant. Cela renchérirait le coût du transport aérien de 1 a 2%, sans aucun effet perceptible sur le volume des émissions d’une activité qui croit de 5 à 10% par an.

Et que faut-il penser des « biocarburants » ?

Meme en leur consacrant toutes les surfaces cultivables de la planète, la production serait insuffisante pour remplacer le pétrole dont nous avons besoin. A plus long terme, la recherche permettra peut-être la mise au point de cultures plus productives. Mais il n’y a la aucune certitude. De fait, la seule voie réaliste est celle du progrès technique, c’est-à-dire de la réduction de la consommation unitaire de pétrole par les véhicules routiers, les avions et les bateaux. Les voitures ont, aujourd’hui, une consommation de près de 10 litres aux cent kilomètres en moyenne mondiale. En France, elle était de plus de 8 litres il y a quinze ans. Elle est de moins de 7 aujourd’hui. Et l’évolution n’est pas terminée.

Comment faire pour limiter cette consommation ?

L’un des constructeurs français a prévu pour 2010 une voiture « diesel-hybride » qui n’aura besoin que de 3,4 litres aux cent. Sont également prévues à court terme par d’autres constructeurs des voitures « hybrides rechargeables ». Leurs batteries pourront être rechargées avec de simples prises électriques le soir, dans son parking. La consommation moyenne annuelle de carburant liquide descendra alors à moins de 2 litres aux cent : de quoi de faire circuler 5 fois plus de voitures sur la planète sans consommer plus de pétrole qu’aujourd’hui !

Mais, quoi qu’on fasse, les transports vont continuer à utiliser des carburants fossiles et donc à rejeter du gaz carbonique...

Toute médaille a son revers. Les transports sont l’une des conditions du progres de la planète. Pour lutter contre l’effet de serre, il faut agir avec vigueur dans les domaines où il existe des substitutions possibles à l’usage des carburants fossiles, comme la production d’électricité. La France n’apporte-t-elle pas la preuve qu’il est possible de produire celle-ci sans rejets de gaz à effet de serre, contrairement à ce que font la quasi-totalité des autres pays ? Si tous les pays agissaient comme la France, le risque de changement climatique disparaîtrait pour l’essentiel.

Comment- expliquez-vous le point de vue des écologistes ?

La phobie du nucléaire et l’aversion pour la voiture ainsi que pour les camions et les avions sont les deux mamelles du « politiquement correct » écologiste. Dans les deux cas, la démarche est la même,, strictement idéologique.

Les écologistes s’opposent au nucléaire, seule technique réaliste pour produire aujourd’hui massivement de l’électricité sans aggraver l’effet de serre. Ils s’opposent de même à la voiture, au camion, et à l’avion, seuls capables d’assurer quoiqu’on fasse plus de 90% des échanges indispensables à la prospérité économique du globe et à la lutte contre la pauvreté. Au lieu de chercher à réduire les inconvénients réels ou supposés des seules solutions possibles, ils récusent celles-ci. Ils nient les faits. Ils nuisent en réalité aux causes qu’ils croient défendre et nous conduisent sur la voie de gaspillages sans fin.

Propos recueillis par Betty Mamane

Voir en ligne : http://www.automobileclub.org/ffac/


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