Depuis que le Général de Gaulle s’est adressé aux Français depuis une chaîne de radio de Londres, nous sommes entrés dans une époque où le contrôle politique d’un pays impliquait nécessairement le contrôle des émetteurs de radio et de télévision, et plus généralement, des grands medias.
L’internet a modifié ce schéma. D’abord en multipliant les sources d’information jusqu’à permettre à chaque citoyen, fut-il parmi les plus pauvres, de s’exprimer et d’être largement écouté, pour autant que, comme les prophètes du temps jadis, il ait quelque chose d’intéressant à dire.
Malheureusement pour ceux qui pensaient appliquer au réseau internet les techniques de prise de pouvoir qui avaient fait leur preuves dans la période précédente (contrôle et censure des principaux medias) le contrôle ne peut plus s’exercer aussi facilement.
On ne peut pas bloquer aussi facilement la circulation des informations, et s’il est relativement facile d’écouter ce qui se dit, il est beaucoup plus difficile de savoir où et quoi écouter. Des flots d’informations plus ou moins fiables, plus ou moins vraies, envahissent les réseaux, et celui qui a l’autorité ou qui dit la vérité n’a guère l’espoir d’être davantage écouté.
Les techniques de blocage ou de censure fonctionnent mal dans les pays modernes. Même les autorités chinoises peinent à les mettre en oeuvre, et leurs méthodes sont si maladroites qu’elles sautent aux yeux de la population. Celui qui veut parvenir au pouvoir et s’y maintenir, n’a aujourd’hui qu’une seule technique à employer, c’est de comprendre et d’infiltrer les réseaux de communication au moins aussi bien que ses rivaux.
C’est valable à l’intérieur d’un territoire, comme l’a montré la campagne américaine d’Obama. Mais c’est aussi valable dans la compétition entre les Etats. Un Etat qui déploiera un réseau plus performant que celui de ses voisins prendra probablement un avantage décisif.
A cet égard, Gérard Théry était visionnaire lorsqu’il plaidait pour le déploiement d’un vaste réseau de fibre optique, même s’il se trompait gravement en rêvant d’y transporter le modèle économique centralisateur qui avait fait la fortune des acteurs du minitel.
Que de chemin parcouru depuis l’époque où le gouvernement français diabolisait l’internet, jugé trop américain et trop contraire aux intérêts français, allant jusqu’à en interdire l’usage dans nos ambassades !
Le balancier semble même être allé bien loin dans l’autre sens, puisque notre gouvernement, après avoir créé un Conseil National du Numérique, nous parle d’"Open Data", de site "data.gouv.fr", et d’un "cloud" à la française, tous projets qui imitent ostensiblement et jusqu’au vocabulaire le modèle anglo-saxon.
Heureusement il reste encore quelques retraités qui sont là pour nous rappeler que le concept de datagramme, qui est à la base du succès mondial de l’internet, est une invention française.
Nul n’est prophète en son pays.
CS
Libre propos : De la souveraineté en général et de la souveraineté numérique en particulier par Pierre Bellanger, PDG et Fondateur de Skyrock
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