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Que penser du renouveau des dirigeables ?

par Jacques BOUTTES, Ingénieur général de l’armement, Membre de l’ANAE, Ancien directeur général adjoint d’Intertechnique



vendredi 9 février 2007

(Article paru en 2004 dans le numéro 41 de la Lettre de l’Académie Nationale de l’Air et de l’Espace)

Le dirigeable est un engin qui fait rêver : le souvenir des Zeppelin et plus récemment la vue dans le ciel des dirigeables, porteurs de publicité, silencieux et majestueux, ont un impact médiatique considérable. On souhaiterait revoir des paquebots du ciel qui semblent particulièrement bien adaptés à la défense de l’environnement. De ce fait, le retour des dirigeables fait l’objet de discussions ayant le plus souvent un caractère plus affectif que rationnel.

Les dirigeables ont été pendant de nombreuses années les concurrents de l’avion “plus lourd que l’air”. Ils ont pratiquement disparu après l’accident du Zeppelin à New York quelques années avant la Deuxième Guerre mondiale. Seuls quelques petits dirigeables gonflés à l’hélium ont été utilisés par les garde-côtes américains.


Fig 1. Le Cargolifter

Depuis de nombreuses années, des réflexions sont menées pour analyser les possibilités des dirigeables pour un certain nombre de missions. La société AERALL, en France, a réalisé de nombreux colloques sur ce sujet. Le dernier a eu lieu au mois de janvier 2004. Après avoir fait une description sommaire et non exhaustive des réalisations et projets actuels, les perspectives d’avenir sont envisagées et discutées.

DESCRIPTION DES RÉALISATIONS ET DES PROJETS

Dirigeables de petite taille

Des dirigeables de petite taille sont utilisés actuellement. Ce sont les héritiers des dirigeables d’observation militaires. Ils ont bénéficié d’un certain nombre d’avancées technologiques, notamment pour les matériaux et pour la motorisation. Cependant, leur mise en oeuvre est encore artisanale, notamment pour les phases de décollage et d’atterrissage.

Quelques appareils de petite dimension sont opérationnels : tourisme autour du Lac de Constance, publicité sur les plages, relais de télécommunication, etc. Ces dirigeables sont soumis à la réglementation des pays dans lesquels ils évoluent. Il est vrai que le trafic correspondant reste très faible. Ces appareils sont aussi utilisés pour l’observation : c’est le cas en Israël. Ces applications sont économiquement rentables et représentent un marché étroit actuellement, qui pourrait se développer. On peut notamment citer le Zeppelin NT transportant une dizaine de passagers au-dessus du Lac de Constance. Enfin, il faut évoquer les petits dirigeables de type drone comme le Dinosaure réalisé vers 1980 par la Service de la Météorologie française.

Dirigeables de grande taille (volume de l’ordre de 500 000 m3)

Depuis plusieurs années, des projets de très grands dirigeables sont proposés, notamment pour les transports de charges lourdes de plusieurs dizaines de tonnes. Ce sont forcément des appareils de très grande taille (plusieurs centaines de mètres).


Fig 2. Le Zeppelin NT

Les missions envisagées sont de plusieurs natures. La plupart des projets visent le transport de point à point des charges lourdes et encombrantes. Le chargement et le déchargement doivent se faire après un atterrissage de précision. Cette activité vise à compléter le domaine des hélicoptères grues utilisés actuellement pour des charges de l’ordre de la tonne. On envisage également le transport à longue distance de matériel lourd et encombrant : les projets militaires américains devraient permettre de transporter des unités complètes plus rapidement que les navires. Plusieurs études de ces très grands projets ont été faites : aucune n’a abouti à ce jour. Parmi les projets citons CargoLifter (Allemagne), SkyCat (Grande- Bretagne), Millenium Airship (États-Unis), FIRST et AVEA (France). Les rayons d’action envisagés sont de l’ordre de 10 000 km et la vitesse est de l’ordre de 130 à 150 km/h.

Parmi les autres missions envisagées, on peut noter des dirigeables stratosphériques pour l’observation ou le relais de télécommunication.

PERSPECTIVES D’AVENIR

L’avenir des dirigeables et plus généralement des aéronefs plus légers que l’air dépend de la taille de ces engins. Les plus petits qui existent déjà et qui sont réalisés par des entreprises bien adaptées à ce segment du marché seront peu à peu améliorés sur le plan technique. Ils évolueront comme des produits habituels en fonction des demandes du marché. On peut noter à cet égard l’émergence et la croissance probable du marché du tourisme illustré par le Zeppelin N T . L’utilisation des dirigeables pour la publicité, pour le relais de télécommunication à basse altitude pour des opérations ponctuelles et pour l’observation devrait aussi se développer.

La question de l’avenir se pose essentiellement pour les dirigeables de grande taille. En effet, de même qu’on ne peut pas réaliser des grands avions de transport comme on réalise de petits appareils de tourisme, la réalisation des grands dirigeables doit être menée comme celle des grands systèmes aéronautiques. Cette réalisation exige des procédures et des moyens qui dépassent largement ce qui est suffisant pour les appareils de petite taille. De ce fait, l’avenir des grands dirigeables ne peut s’envisager que si des industriels majeurs de l’aéronautique s’intéressent à ces nouveaux produits. Il faut, pour cela, d’abord évaluer le marché solvable, connaître les opérateurs potentiels, et enfin mettre en place des équipes et des moyens technologiques adaptés, d’un niveau industriel comparable à celui de l’aéronautique moderne. Toutes ces conditions n’ayant pas été remplies, il ne faut pas s’étonner des échecs récemment constatés.


Fig 3. Le SkyCat

L’avenir des grands dirigeables pourrait s’éclairer si les applications militaires étaient suffisamment intéressantes pour que les investissements nécessaires soient mis en place. Il semble qu’aux États-Unis, on envisage de tels programmes. La société Lockheed Martin aurait reçu un contrat d’études d’un appareil hybride, dirigeable utilisant la portance pour une mission de transport lourd (600 t) sur une très grande distance. Il faut donc rester attentif dans ce domaine.

On connaît les objections qui sont faites au retour des dirigeables  : sensibilité aux conditions atmosphériques, vulnérabilité en raison de leurs grandes dimensions. Ces objections devront être analysées en détail. Il faut étudier notamment l’utilisation de prévisions météorologiques de plus en plus sûres pour définir les procédures d’évitement des zones dangereuses. Il est vrai que la faible vitesse de ces aéronefs les rend très sensibles à l’effet du vent ; c’est probablement une des raisons pour lesquelles la vitesse envisagée par le projet américain est de 260 km/h.

En ce qui concerne la vulnérabilité, il faut savoir que la fuite d’hélium résultant d’une ouverture de grande dimension dans l’enveloppe a un débit relativement faible et, donc, conduit à une diminution de la poussée d’Archimède extrêmement lente. C’est ce que l’on a constaté sur les appareils porteurs de publicité. Les fuites résultant d’impacts de plombs de chasse étaient pratiquement indétectables.


Fig 4. Le projet Haute altitude de Lockheed Martin

Enfin l’insertion dans le trafic aérien, qui est réalisée pour les appareils de petite taille, devra faire l’objet d’une réglementation appropriée aux très grands dirigeables dont il faudra assurer la certification.

CONCLUSION

L’avenir des dirigeables de grande taille dépend des besoins solvables qu’ils pourront satisfaire. Il faudrait que l’avantage de ce nouveau produit soit clairement reconnu. Il faudrait aussi que des industriels prennent le risque de se lancer dans cette aventure en mettant en place des équipes nouvelles utilisant les méthodes de développement et de réalisation analogues à celles qui sont utilisées pour les avions modernes. Il faudrait enfin s’assurer la possibilité de la mise en place des moyens d’exploitation opérationnelle de ces appareils. L’examen des publications actuelles semble montrer que les besoins militaires seront probablement à l’origine de ce démarrage.

Jacques BOUTTES

Voir aussi

- Drones, dirigeables et camions 4 X 4 dans les banlieues (France Soir)
- Le point sur les dirigeables par Robert GIRAUDON
- La Manche en dirigeable à pédales : Stéphane Rousson en rêve toujours
- Un zeppelin pour la capitale (leJDD.fr)
- Le retour des dirigeables (ddmagazine)
-  Un dirigeable pour le haut débitUne équipe suisse travaille sur un ballon géant faisant office de relais dans un rayon de 1.000 kilomètres.
- Le Wiki des Dirigeables
- Baptême du dirigeable de Jean-Louis Etienne
- Le Val de Loire en Montgolfière

A propos des ballons captifs

- Kite Balloon, Gaza, 1917
- The unmanned balloon surveillance system is older than thought
- Un large ballon à hélium de couleur argent, bardé de caméras de surveillance

Voir en ligne : http://www.anae.fr/new/fr/publi/det...

1 Message

  • Que penser du renouveau des dirigeables ? 19 janvier 2008 17:53, par Mezzo

    A quand les dirigeables de transports de fruits et légumes, de la poste et de divers marchandises, et plus tard de passagers, pour dépolluer et déencombrer nos routes ? Que faire pour lutter contre l’immobilisme général dont les générations futures feront les frais ?
    Bien à vous
    Martin Ryelandt
    Bruxelles

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