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Quand les Chinois arriveront

- une vision prémonitoire

mercredi 22 septembre 2010



(Source : Rue89)

Une réhabilitation de Jean Yanne et de ses « Chinois à Paris »

Par Pierre Haski


Les Chinois à Paris - Bande-annonce
envoyé par moidixmois. - Regardez plus de films, séries et bandes annonces.

Avec trente ans de retard, voici une réhabilitation d’un chef d’oeuvre méconnu du cinéma français : « Les Chinois à Paris », de Jean Yanne, sorti en 1974. Certains feront la moue, Jean Yanne c’est grosses ficelles et humour franchouillard.

Pourtant, revoir « Les Chinois à Paris » en DVD comme je l’ai fait récemment, est assez jubilatoire, non seulement parce que c’est drôle mais aussi comme reflet d’une époque, les années 70 en France et l’influence de la révolution culturelle sur une partie de son intelligentsia.

Paradoxalement, dans ce film, les Français sont plus caricaturés que les occupants chinois de la France, présentés comme disciplinés, travailleurs, portés par un idéal, alors que les occupés sont volontiers collabos, délateurs, corrompus. Jean Yanne a forcé le trait, et n’a pas hésité à froisser l’orgueil gaulois. Au point que, dit-on, Marcel Dassault qui avait coproduit le film aurait été furieux du résultat et demandé que son nom ne figure pas au générique ! Encore plein des images de ce film, je viens de recevoir un texte de René Viénet, sinologue iconoclaste, faisant l’éloge des « Chinois à Paris », en des termes assez drôles. Il l’a trouvé, comme moi, en DVD pirate à moins d’un euro en Chine… Avec sa permission, je reprends une partie de son texte, paru dans la revue Le Monde Chinois :

 » Les Chinois à Paris, est sorti en salle à Paris en 1974 [l’année de la publication de Révo. cul. dans la Chine pop., d’Ombres chinoises, etc.]. Malgré un réel succès populaire, le film fut méprisé par l’intelligentsia française – qui n’imaginait pas qu’il se trouverait si rapidement disponible en Chine même, chez tous les disquaires, pour le public chinois, à si bon prix, dans les mêmes bacs que Les Enfants du paradis.

Jean Yanne a réalisé non pas une pochade sur une fantasmagorique irruption de l’APL en Europe, mais une remarquable (et, par moments, effrayante de réalisme) peinture d’archétypes français alors abondants dans les couloirs des universités, et à chaque carrefour de la société française, plus précisément encore une évocation de leurs grands-parents dans une époque plus sanglante. Michel Serrault, Daniel Prévost, Jacques François, Bernard Blier et des dizaines d’autres grands comédiens – sans oublier Nicole Calfan – furent remarquables pour restituer toutes les nuances d’un subtil scénario signé par Jean Yanne (1933-2003), Gérard Sire (1927-1977), et Robert Beauvais (1911- 1982). Mais ce qui réjouit peut-être plus encore les spectateurs chinois qui achètent ce DVD, aujourd’hui, en Chine, c’est la parodie des opéras- ballets-modèles, l’irrésistible Carmen dansé comme dans une mise en scène kitsch de Mme Mao (ne pas oublier de relire Camarade Jiang Qing, de Roxane Witke, qui est une sorte de Rozenkranz & Guildenstern sont morts en regard des soliloques hamletiens de Mao reproduits dans Vive la pensée du Président Mao).

À ceux qui chipoteraient en écrivant dans leur thèse de doctorat que Jean Yanne a eu la main lourde dans la satire, on ne peut que recommander de relire Sollers, Badiou et, plus encore, les célèbres pages dithyrambiques de Roland Dumas et François Mitterrand à leurs retours de Chine, en extase prolongée devant le » Grand bond en avant » ; puis de visionner les anciennes bandes d’actualités que la Chine libère peu à peu pour vacciner les uns (en Chine) et les autres (hors de Chine) sur les » quadrilles de la loyauté » que tous, pilotes d’avions et tireurs d’élite compris, devaient danser devant les bustes de Mao, en dessinant avec leurs bottines le caractère » loyauté » [au président Mao]. » 

Dans son texte, René Vienet fait le parallèle avec le film de Feng Xiaogang, « Da Wan » (« Big Shot’s Funeral » en anglais), sorti en 2001. Je suis moins séduit, les ficelles, là, sont un peu lourdes. Mais il est vrai que ce film a des résonances certaines avec celui de Jean Yanne, qu’on aurait bien vu, en effet, jouer dans ce film, une comédie sur la rencontre Chine-Occident, qui n’en finit pas de faire réfléchir… et rire.

Pierre Haski

Voir aussi

- Défilé de lingerie à l’Elysée (video) par Karl Zéro
- Le recours à la force militaire ne devrait jamais être une « solution » (Le Quotidien du Peuple)
- Les Chinois à Paris (Wikipedia)
-  La bande annonce du film
-  Acheter le film sur Amazon.fr 6 5eme édition du Festival du Film chinois
- If we don’t all get out and vote, this could really be our future (End the fed)


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