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Le texte homosexualiste du site "bénissons.fr" est un acte militant

lundi 3 août 2015, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

Les principaux arguments développés par les militants-activistes de la cause homosexuelle reposent sur le relativisme culturel et sur l’analogie abusive avec la Réforme protestante, par la mise en question des indulgences, à l’époque de l’affichage des 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, par Martin Luther.

"Nous voulons, par les thèses qui suivent, "prolonger le geste accompli par Martin Luther" lors de l’affichage de ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, en invitant nos frères et nos sœurs dans la foi à méditer sur les conséquences inclusives de notre foi dans le salut par grâce au moyen de la foi. "

La référence répétitive, dans le document du site bénissons.fr
, au "réel vécu", en tant que réalité soi-disant objective, est censée interpréter "existentiellement" le texte de l’Évangile de manière décisive. Nous devons comprendre que la nouvelle mode morale de la religion a donc "affaire avec" l’homosexualité…

La référence est donc celle de l’existentialisme, coloré d’un vernis pseudo-psychanalytique convenu.

L’accueil bon enfant réservé à la "bénédiction des couples homosexuels" par les églises protestantes n’a pas pour objectif la reconnaissance de la réalité de l’existence homosexuelle, comme une manifestation formelle d’amitié et d’excellent voisinage, mais une sorte de consécration des couples homosexuels. C’est une occasion de réunifier tous les différents types de comportement sexuel "au sein des couples bénis".

Le document du site "bénissons.fr" fait le lien avec "95 thèses pour l’accueil des minorités sexuelles au nom de l’Évangile. L’accueil inconditionnel des minorités sexuelles (abrégées LGBTI pour "lesbienne, gay, bi-, trans- et intersexuelles") découle de notre compréhension de la foi que nous avons héritée de la Réforme et de la lecture que nous faisons des Saintes-Écritures. Nous partons de deux principes fondateurs :

"L’orientation sexuelle différente de la norme hétérosexuelle ne peut être considérée ni comme une maladie, ni comme une déviance, voire une perversion.

"Elle n’est donc pas choisie mais reçue comme partie intégrante de la personnalité de l’individu.

"De ce fait, le rejet, les vexations, le refus d’accueil, les tentations de "guérison forcée", la non-admission aux ministères, voire même l’indifférence dont font souvent l’objet les membres de ces minorités dans beaucoup d’Églises sont à considérer comme un contre-témoignage flagrant de l’Évangile.

"Rien dans notre foi ne justifie qu’on interdise le mariage civil de couples de même sexe, ni même leur parentalité. Tout porte à croire que nous sommes appelés à répondre favorablement à leurs demandes de bénédiction "publique", d’intégration et d’accompagnement ! Ces deux principes fondateurs expriment la conviction d’un nombre croissant de pasteurs et de fidèles des Églises luthéro-réformées francophones.

"Encore fallait-il la formuler et l’argumenter. À l’occasion de la création du PACS et plus récemment du "mariage et l’adoption pour tous", ces questions ont été débattues dans nos Églises. Les arguments des uns et des autres s’appuyaient souvent sur des points de vue partiels et partiaux des sciences humaines.

"Un raisonnement résolument théologique, s’appuyant sur les bases mêmes de la foi protestante et une lecture contextuelle des textes bibliques, n’était qu’en pointillé.

"L’idée des 95 thèses est née lorsque la présentation de la loi concernant "le mariage et l’adoption pour tous" au conseil des ministres avait été programmée pour le 31 octobre 2012, jour de la Réformation, 495 ème anniversaire de "l’affichage des 95 thèses de Martin Luther en 1517", date symbolique marquant la naissance de la Réforme protestante. Comme la question des indulgences à l’époque, une question telle que l’accueil des minorités sexuelles semble relever en réalité (par analogie) des fondations de la foi chrétienne…

"Nous voulons, par les thèses qui suivent, "prolonger le geste accompli par Martin Luther" lors de l’affichage de ses 95 thèses sur la porte de l’église de Wittenberg, en invitant nos frères et nos sœurs dans la foi à méditer sur les conséquences inclusives de notre foi dans le salut par grâce au moyen de la foi.

"Cette inclusivité concerne notamment l’accueil des minorités sexuelles.

"Nos mentalités et notre société sont marquées par la polarité homme/femme… L’hétérosexualité est la forme d’identité sexuelle la plus répandue et cette polarité joue un rôle majeur dans la "construction" de toutes les identités sexuelles, mêmes minoritaires. Nous refusons qu’en matière de sexualité, de conjugalité et de parentalité, l’invocation de la Loi et de l’Évangile serve à "imposer le comportement majoritaire" dans notre société, comme dans nos Églises, comme une norme unique et exclusive.

"Nous reconnaissons dans la Bible une grande diversité de parcours de foi, dans lesquels la vie affective et sexuelle des témoins n’a pas été l’élément déterminant de leur relation à Dieu.

"Dieu nous aime sans condition, nous sauve et accueille dans son pardon celles et ceux qui mettent leur foi en lui et considérons, comme contestable spirituellement, le fait de justifier le refus de reconnaître aux personnes leur statut de membres à part entière de l’Église, du fait de leur orientation sexuelle.

"Nous refusons d’invoquer… les récits de création du livre de la Genèse, l’affirmation selon laquelle "Dieu les créa mâle et femelle", faisant appel à un littéralisme qui, en dépit… des approches historiques, scientifiques ou contextuelles des Écritures, reste la conception la plus répandue dans les milieux chrétiens, dès qu’il s’agit de trouver dans la Bible des réponses à nos questionnements éthiques et sociétaux.

"Nous affirmons qu’une lecture qui prétend tirer des Écritures l’affirmation de la norme intangible et immémoriale d’une "normalité hétérosexuelle" est une interprétation qui cherche à justifier les préjugés… De fait, cette lecture impose ces préjugés aux Écritures elles-mêmes et aucune lecture ne peut se réclamer de quelque littéralisme que ce soit pour imposer son interprétation à l’exclusion de toute autre.

"Nous en voulons pour preuve qu’on éprouve le besoin d’apporter à l’appui de cette interprétation des arguments psychologiques, psychanalytiques, ontologiques ou anthropologiques, et que tout en faisant appel à ces disciplines, on sacrifie, sans les critiquer à partir de l’Évangile, à des modes intellectuelles.

"Nous affirmons que l’orientation sexuelle, quelle qu’elle soit, relève de l’identité de chaque personne, que cette identité se développe en elle dans le jeu complexe des prédispositions génétiques, de l’héritage culturel et familial et des interactions sociales tout au long de la vie…

Le document du site bénissons.fr comporte ce texte du pasteur Bruneau Joussellin :

"Nul n’invoque le nom de Dieu en vain et en conséquence toute parole de bénédiction prononcée en son nom n’est jamais inefficace et… devrait inciter à ne jamais refuser de prononcer une telle bénédiction…

"Comment accompagner l’évolution de la société… qui reconnaît l’existence de couples homosexuels ?… Nous devrons nous adapter… La liturgie est au service de tout le peuple de Dieu et permet à tout le peuple de Dieu de se retrouver pour la louange à Dieu… Tous les éléments de la culture ne sont pas acceptables dans la foi et ne sont pas intégrables dans la liturgie…

"Si des Églises ont accepté de célébrer des bénédictions de couples homosexuels, pourquoi cela ne serait-il pas possible chez nous ? Quels arguments théologiques sont-ils valables là-bas et pas ici ?

"La bénédiction des couples homosexuels… doit être pensée par rapport au principe de la foi chrétienne, l’amour de Dieu pour chaque être humain, quel qu’il soit, qui pose comme fondamental le respect de la vie de chacun. Il ne me semble pas que l’amour de deux personnes du même sexe transgresse ces interdits…" Malgré cela, le pasteur Bruneau Joussellin ne précise pas quels sont ces interdits !

Le document du site bénissons.fr rapporte le "regard d’un dogmaticien", par Gérard Siegwalt :

"Le défi que représente l’irruption, dans la conscience commune, de la réalité de l’homosexualité comme destin, à l’instar de l’hétérosexualité. Par destin, j’entends ce qu’on ne choisit, mais qui se trouve être, qui est. C’est un conditionnement pré-donné. Il appelle, comme tout autre conditionnement, à être assumé et par conséquent à être pré-élaboré pour être humanisé… Pas besoin aujourd’hui de développer ce point, pour autant qu’on soit informé sur la question (l’ignorance en cette matière comme en toute autre est mauvaise conseillère), tant, après la culpabilisation de l’homosexualité, sa pathologisation (donc le fait de la considérer comme une maladie) s’avère comme une aberration…

"Il s’agit là, pour quiconque s’ouvre aux faits et n’en reste pas à des "pré-jugés", d’une évidence. S’il y a des combats d’arrière-garde, des crispations… comment pourrait-il en être autrement, le fait est, pour quiconque parle en connaissance de cause, incontestable et donc incontournable… On peut certes dire que l’homosexualité a toujours existé, elle n’est pas une donnée nouvelle comme réalité. Mais son appréhension, sa perception est nouvelle, et cela du fait de la prise de parole des (ou d’) homosexuel/le/s revendiquant leur droit à l’existence. Une réalité est nommée par les intéressé/e/s eux/elles-mêmes. L’émergence de la parole homosexuelle est la protestation pour une normalité différente de la normalité hétérosexuelle quoi que largement minoritaire par rapport à cette dernière. Il y a à côté du destin majoritaire de l’hétérosexualité le destin minoritaire de l’homosexualité. La prise de conscience de ce fait caractérise notre époque…

"C’est le réel qui est notre maître à penser… Cela veut dire, non pas des préjugés, des idées toutes faites, des représentations héritées du passé, mais le réel tel qu’il s’impose à nous. L’homosexualité est, il faut l’intégrer à notre compréhension… en l’occurrence de la réalité humaine. Ce "fait têtu", irrécusable, conduit à la nécessité d’une révision d’un parti-pris qui a longtemps prévalu (avec) la culpabilisation et la pathologisation de l’homosexualité. Nous devons… "faire avec" l’homosexualité…

"Que ce "faire avec" se situe aux antipodes du "relativisme" moral… nous devons relire nos traditions respectives, à partir du réel tel qu’il apparaît aujourd’hui, en l’occurrence pour nous chrétiens notre tradition judéo-chrétienne et nos textes fondateurs, Ancien et Nouveau Testament… Les quelques passages bibliques qui rejettent les homosexuel/le/s et l’homosexualité et les vouent aux gémonies… sont tous motivés dans leur rejet par la coupure de la relation à Dieu que représenterait l’homosexualité… Or, la coupure de la relation à Dieu dans l’homosexualité ne caractérise pas davantage cette dernière qu’elle ne caractérise l’hétérosexualité. Elle n’est pas le fait de l’homosexualité mais d’une projection sur elle.

"Celle-ci émane des représentations dominantes d’une société où l’hétérosexualité constitue la loi, et ces représentations ont été longtemps (intériorisées) par les homosexuel/le/s eux/elles-mêmes, ajoutant (une) "double peine" à leur condamnation par la société, celle de la propre conscience morale façonnée par lesdites représentations (dominantes d’une société hétérosexuelle). De la nouvelle approche de l’homosexualité résulte une (nouvelle) lecture et donc une nouvelle interprétation de ces textes bibliques…

"Les textes bibliques doivent être mis en relation avec le "réel vécu" tel qu’il est appréhendé en lui-même et par lui-même… C’est toujours à partir du "réel vécu" que nous approchons le texte biblique, c’est toujours pour le "réel vécu" que nous l’interprétons… Le "réel vécu" est éclairé "existentiellement" par le texte biblique (et) éclaire… le texte biblique… Le défi que représente la réalité vécue de l’homosexualité comme destin (est) à l’instar de la réalité vécue de l’hétérosexualité…

"La raison pour laquelle le rejet de la possibilité de se constituer d’un couple homosexuel est une aberration anthropologique est la même que l’aberration que serait le rejet de se constituer d’un couple hétérosexuel. Cela veut dire que la position consistant à rejeter le couple homosexuel implique de nécessité de rejeter aussi le couple hétérosexuel… Pour différente qu’elle soit de l’hétérosexualité, elle relève de la commune différence sexuelle humaine et rencontre dans la construction de la personne humaine et puis du couple les mêmes enjeux que ceux de l’hétérosexualité…"

L’Encyclopædia Universalis © décrit le relativisme culturel : "On a eu tendance à expliquer le comportement social humain en faisant appel aux facteurs biologiques, aux instincts… Ce point de vue a été critiqué par les béhavioristes, qui ont mis l’accent sur l’importance du conditionnement, et par les ethnologues, qui ont démontré l’influence de la culture sur le comportement humain…

"Les variations culturelles touchent tous les aspects du comportement humain… Concernant le "relativisme culturel" dans la nature humaine, l’ethnologie (a montré) que non seulement l’appétit, mais les rythmes d’alimentation et de digestion subissent un contrôle culturel. Le comportement sexuel varie énormément…

"L’homosexualité est acceptée dans certaines sociétés, inconnue dans d’autres.

"Il existe des variations dans… l’expression des émotions, dans l’éducation des enfants,… dans la psychopathologie… (Si) les ethnologues… au delà du relativisme culturel, ont souligné "l’unité psychique de (l’humain") (montrant) que le biologique et le social sont imbriqués, (des) psychologues ont parlé de l’homme comme d’un être "biosocial"… C’est la position la plus raisonnable qu’on puisse adopter à cet égard…"

Les églises protestantes apportent non seulement une reconnaissance de la réalité homosexuelle mais une sorte de consécration des couples homosexuels et de leur droit à l’adoption des enfants, selon la déclaration du site bénissons.fr. Cela, en application des principes revisités dans l’Évangile. Si les églises protestantes ont énoncé les principes qui devaient présider à une modification des idées chrétiennes, quant à la réalité de l’existence homosexuelle, le militantisme homosexuel est très présent.

La modification des idées nécessitait une reconversion des esprits et des habitudes qui sont le propre de la pensée chrétienne. Modifiant en profondeur l’enseignement qu’elle avait prodigué pendant des siècles, la chrétienté dans son ensemble a le devoir de traiter la question de la réalité de l’homosexualité, dans toute sa complexité, sans préjugés et sans complaisance, et cela par rapport à une tradition intellectuelle transmise de génération en génération, dans l’enseignement chrétien, sans tomber dans le relativisme culturel.

Les événements historiques et politiques, qui ont conduit à la reconnaissance de l’homosexualité, ne devraient pas être présentés de manière à faire endosser, aux "homosexuels d’aujourd’hui", la responsabilité des préjugés qui repose sur l’humanité tout entière et non sur un comportement sexuel déterminé.

Il faut reconnaître que les actes de discrimination dans le passé, et la limitation injustifiée de la liberté des comportements, a pu justifier l’oppression des homosexuels dans leurs libertés civiles. C’est pourquoi la pensée chrétienne juge aujourd’hui que de telles manifestations ont été gravement déplorables.

Les nouvelles directives religieuses ont tenté courageusement d’en tirer toutes les conséquences, sur le plan théologique et sur le plan pratique. En effet la pensée chrétienne reconnaît l’existence actuelle des homosexuels et leurs conditions souvent précaires au long de l’histoire, les épreuves tragiques qu’ils ont connues dans le passé. Dans les temps modernes, le rassemblement des chrétiens constitue de plus en plus une donnée qui peut les faire accéder à une meilleure compréhension de l’existence homosexuelle.

La reconversion des esprits et de la pensée chrétienne contribue à éclairer la vie chrétienne dans la reconnaissance de la réalité homosexuelle et de la permanence des comportements homosexuels à travers les âges. Les comportements homosexuels ont persisté au cours des différentes civilisations. La présence des comportements homosexuels dans la cité exige du christianisme la reconnaissance d’un fait de première importance, que nous ne pouvons traiter ni par l’ignorance ni par le mépris.

Il est prévisible que l’allusion faite aux homosexuels et à la création de l’homme dans la Genèse sur le site bénissons.fr provoquera quelques inquiétudes au sein de la communauté chrétienne, avant tout parce qu’une certaine valeur spirituelle et sacrée est implicitement reconnue dans cette réalité de la bénédiction.

Le caractère novateur et courageux des orientations de la pensée chrétienne, et de la chrétienté dans son ensemble, vis-à-vis de la reconnaissance de la réalité homosexuelle et de la communauté homosexuelle, ne peut être considéré, par les militants-activistes de la cause homosexuelle sur le site bénissons.fr comme un véritable aboutissement particulier mais comme un commencement ; Autrement dit, il faudra aller plus loin.

Le document publié sur le site bénissons.fr appelle à un retour aux sources et à un nouveau regard des églises sur les homosexuels, considérés comme les "initiateurs de nouveaux comportements". Ainsi, les homosexuels n’ont pas été dépossédés de leur héritage comportemental homosexuel, qui est devenu comme le bien commun de la nouvelle mode morale de la religion, une mode valable pour toutes les religions.

Ceux qui revendiquent aujourd’hui les mêmes valeurs aux différents comportements sexuels auraient tort de croire qu’ils n’auront plus à recevoir demain encore plus de revendications de la cause homosexuelle.

Dr Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard


Voir en ligne : http://benissons.fr/Site/Accueil_fi...