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L’art et la manière d’améliorer la consultation chez le pédopsychiatre

mercredi 26 août 2015, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

Une bonne manière de procéder est de faire en sorte qu’un entretien pédopsychiatrique soit une "conversation agréable" et un "échange social véritable", à la fois pour le pédopsychiatre et pour l’enfant. Il s’agit de réaliser un échange fructueux, à double sens, de sorte que l’enfant puisse participer véritablement à la consultation. L’enfant doit avoir l’impression, non pas d’être une "victime", mais un partenaire authentique.

Chaque enfant doit pouvoir être traité comme une "vraie contradipersonne". L’art de conduire un bon entretien pédopsychiatrique a un caractère très interpersonnel, car l’instrument fondamental du pédopsychiatre est sa propre personnalité. Il lui faut découvrir la vraie personnalité de l’enfant, donc son authenticité personnelle.

Pour cela, le pédopsychiatre doit savoir se montrer amical avec l’enfant et avec les parents sans les embarrasser ni prendre parti. Il doit s’informer sérieusement auprès d’eux, sans se montrer trop curieux. Il doit inspirer confiance à l’enfant et à ses parents, sans les mettre mal à l’aise. Il doit savoir écouter et se taire, être facilitant sans trop parler. Il doit savoir manifester un réel intérêt à leurs difficultés, celles de l’enfant et des parents, sans adopter une attitude trop médicale et classifiante. Il doit savoir différer l’approfondissement du diagnostic pédopsychiatrique pour se mettre "en conformité avec les rituels du catéchisme officiel".

Il faut tout d’abord que le pédopsychiatre sache rentrer profondément en lui-même et faire un travail d’auto-analyse. S’il ne comprend pas les limites de sa propre compétence, s’il ne se connaît pas lui-même, il ne lui est pas possible de comprendre parfaitement l’enfant et les parents, ni les autres êtres humains.

L’art de la psychanalyse a montré qu’un pédopsychiatre doit effectuer sur lui-même un travail assez difficile pour améliorer sa compréhension de son propre état d’esprit. S’il doit avoir une compréhension de lui-même, il doit surtout disposer d’une personnalité riche. Il doit posséder une grande variété d’expériences personnelles et humaines. Il doit disposer de connaissances pour comprendre la diversité des contradictions qui sont si habituelles chez la plupart des êtres humains. C’est ce qui lui permettra de saisir les attitudes ambivalentes, si fréquentes dans les problèmes complexes de la psychologie de l’enfant et de la famille.

La sympathie et la chaleur humaine sont des qualités précieuses pour la conduite de l’entretien pédopsychiatrique. Non seulement la sympathie est nécessaire, mais aussi l’empathie. Il s’agit d’une sorte d’identification affective qui permet de "partager le vécu" de l’enfant et des parents. Mais, ce n’est que l’aspect émotionnel de la question. Un pédopsychiatre doit utiliser des techniques intellectuelles complémentaires.

Il doit s’identifier intellectuellement à l’enfant et à ses parents pour pouvoir revivre, mentalement, leurs craintes, leurs espoirs et leurs frustrations dans la situation actuelle.

Pour cela, le pédopsychiatre doit conserver une attitude professionnelle de détachement.

Ce que l’enfant et les parents déclarent spontanément, de leur propre initiative, est toujours plus vrai que ce qu’ils disent habituellement s’ils doivent répondre à un interrogatoire circonstancié. Ainsi, un entretien pédopsychiatrique, conçu comme un échange social véritable, est toujours supérieur à un interrogatoire, car le pédopsychiatre obtient alors de nombreuses données précieuses, que l’enfant lui fournit spontanément.

C’est le point de départ d’une réflexion du pédopsychiatre, ce qui doit l’aider à combler les lacunes de ses connaissances et de son expérience. Le pédopsychiatre doit pouvoir réfléchir à la situation de l’enfant "au-delà des opinions exprimées par les parents". Le pédopsychiatre doit reconsidérer la situation de l’enfant, en fonction de son origine, de son développement et son authenticité, indépendante des explications données par les parents. Il doit, en conséquence, situer historiquement le comportement de l’enfant, en le mettant en relation avec sa situation passée et présente, au sein de la famille, de son quartier ou à l’école.

La valeur de l’entretien pédopsychiatrique peut être grandement confortée par l’observation attentive du comportement de l’enfant, par l’étude de son expression, de sa façon de parler, de ses gestes, de ses mimiques, de son regard, de l’embarras qui apparaît ou non, dans son attitude ou sur son visage, etc.

La consultation acquiert une valeur supplémentaire si le pédopsychiatre peut mettre en confiance les parents et le reste de la famille et interroger chacun de ses membres, de manière ouverte et libre.

C’est ce qui donne à l’entretien pédopsychiatrique un champ d’observation plus vaste.

Savoir écouter, et observer "avec ses yeux", permet au pédopsychiatre d’avoir une compréhension plus authentique du grand nombre de questions que tout le monde se pose, à l’école et à la maison, à propos de la conduite et du comportement de l’enfant. Il doit savoir que l’enfant se sent "obligé" de se soumettre au jugement pédopsychiatrique, après avoir dû "subir" le jugement de ses parents et de l’école.

Dr Thierry-Ferjeux MICHAUD-NÉRARD