Du réchauffement climatique à l’hiver nucléaire
La prévision scientifique du climat, qui pouvait paraître impossible dans les temps anciens, a fait récemment des progrès impressionnants. Les modèles mathématiques complexes, appuyés sur des observations directes au sol, par ballon, par satellite, par radars, commencent à donner des résultats fiables, et parallèlement, la manière dont l’homme pourrait influencer le climat, volontairement ou non, est une question qui commence à se poser très sérieusement.
L’homme en effet peut agir sur le climat de deux manières.
Involontairement d’abord. La déforestation, l’agriculture extensive ont des effets sur l’albedo, donc sur les températures. L’assèchement des marais, les digues, les grands barrages, modifient le régime des eaux. Les rejets d’effluents liquides modifient la température et la composition des cours d’eau et des mers dans lesquels ils se déversent. Par le seul effet du nombre, la population humaine commence à influencer le climat, selon des mécanismes qui sont d’autant moins près d’être maîtrisés que derrière ces liens de cause à effet se profilent d’énormes enjeux économiques. Par exemple : les concentrations urbaines, les essais nucléaires en altitude, les aérosols fluorés, les polluants émis par les avions à haute altitude, les excédents de nitrates d’origine agricole qui fertilisent le plateau continental, etc.... Malgré les travaux du GIEC, certains experts nient encore cette influence anthropique sur le climat, de même que jadis, on a pu contester que la prochaine guerre mondiale, inévitablement atomique, entraîne ce fameux refroidissement général baptisé par avance "hiver nucléaire".
Au fur et à mesure que progresse la modélisation des phénomènes climatologiques, des enjeux économiques, ou des considérations militaires, poussent ceux qui en ont les moyens à chercher à agir sur le climat : les canons paragrêle, l’ensemencement des nuages, sont des techniques déjà connues et appliquées, et d’autres applications se profilent à l’horizon, d’autant plus inquiétantes que ceux qui les décident sont rarement les mêmes que ceux qui en subissent les conséquences.
Dans un monde où l’eau douce sera devenu un bien plus précieux encore que le pétrole, ceux qui seront capables de détourner des fleuves ou de faire pleuvoir là où ils le désirent détiendront l’équivalent d’une véritable arme de guerre.
Récemment, une oeuvre cinématographique intitulée "Krach" a imaginé qu’un modèle de type météorologique pouvait être appliqué avec quelque succès à la prévision des mouvements boursiers. En effet, dans ce cas on montre que des grands paramètres macroéconomiques, ou de simples cours de bourse résultent de l’interaction d’un grand nombre de facteurs qui peuvent être observés individuellement et injectés ensuite dans de puissants modèles statistiques.
L’intérêt pédagogique de ce genre d’illustration montre bien qu’en supposant que d’ici peu on puisse prévoir de manière suffisamment précise l’évolution du climat tout en disposant de moyens suffisamment puissants pour agir dessus, nous allons entrer dans un nouvel âge de l’humanité, avec le même risque qu’à la fin de "Krach" : une nouvelle variante de l’histoire de l’apprenti sorcier.
CS
"Krach", le film qui avait imaginé l’affaire Kerviel
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