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Xynthia : satisfaction générale ?

mercredi 19 mai 2010, par Guy Lemée



Ci-après le texte d’origine d’un article publié dans La Lettre du Cadre Territorial de ce 15 mai 2010. http://www.lettreducadre.fr/PAR_TPL... le papier publié est en fichier pdf attaché.

Cet intertitre est de leur rédaction :

Ce n’est pas la tempête qui a tué mais un urbanisme du laisser-aller et des compromissions. Avant les eaux, tout le monde y trouvait son compte.


Un camarade de la SFU ( http://www.urbanistes.com/ ) me dit d’ailleurs qu’il faut aussi s’interroger sur ce qu’ont fait (et surtout pas fait !) les géomètres, architectes, urbanistes et experts de tout poil qui sont intervenus, avant...

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L’illustration (terrible et superbe, non ?) reprise sur cette page de blog provient de http://dominikvallet.over-blog.com/... qui en détient les droits.

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Xynthia : Satisfaction générale ?

Bien sûr, ce titre pourrait apparaître provocateur mais il nous semble assez bien décrire la situation antérieure à l’événement tragique.

Tout d’abord, oui, les terribles conséquences humaines doivent être rappelées : la plupart des victimes sont mortes noyées, non pas emportées par une vague soudaine et déferlante causée par un tsunami ou la rupture brutale d’une digue, mais surprises dans leur sommeil par une montée des eaux que nul n’a jamais qualifié de foudroyante (autre terme ?) . Rappelons encore que ces mêmes victimes se trouvaient au moment des fait tragiques chez elles, dans un logement individuel ne disposant pas d’étage, constituant pour beaucoup une résidence secondaire ou devenue « de retraite », située dans un lotissement récent lui-même sous le niveau de la mer mais à l’abri d’une digue que tous ceux qui s’expriment aujourd’hui décrivent comme peu ou mal entretenue.

Les faits, dans leur rigueur froide, sont accusateurs et pourtant chacun a tenu son rôle à la satisfaction générale : des propriétaires fonciers ont pu céder des terrains que leurs anciens savaient inondables à des tarifs constructibles, la constructibilité ayant été octroyée ou au moins autorisée par des élus locaux légitimes, voisins et souvent amis des premiers ! Allez dans ces conditions dire « non ! » si même le préfet n’impose pas le PPRI (1) !.

Ainsi va la vie publique locale dans bien des coins de France à la satisfaction générale.

Satisfaction des heureux acquéreurs qui auraient manifesté leur réprobation si on leur avait refusé les permis de construire – dont l’instruction aura été assurée par les services de la DDE, sous la responsabilité de délivrance du maire, bien sûr… à la satisfaction générale.

Satisfaction du lotisseur promoteur et des entreprises et artisans locaux du bâtiment - quand le bâtiment va, tout va - aussi. Enfin, satisfaction des agents immobiliers et des commerçants locaux qui trouvent là, relayant le tourisme estival, une clientèle « résidentielle » chère à Laurent Daveziés (2).

A la satisfaction générale donc, les pouvoirs publics, locaux ou d’Etat, n’en faisait pas trop dans un pays où pourtant l’administration est réputée tatillonne, en laissant ces « petits coins de paradis » (la presse) vivre leur vie à l’abri réuni des tracasseries administratives et d’une digue qu’on finit par ne plus voir.

Situation d’une grande banalité qui n’est pas sans rappeler celles, connues ou qui le seront bientôt, d’ensembles de logements édifiés le plus légalement du monde (ou en toute illégalité sue et assumée, ce qui revient quasiment au même) au dessus de cavités souterraines, de terrains pollués en profondeur, d’anciens lits de rivières, dans l’axe d’atterrissage de futurs avions gros porteurs, à l’aplomb de routes dangereuses et de la circulation d’énormes poids-lourds…

On nous a donc parlé du fameux enchaînement catastrophique, des fortes marées aux vents et courants convergents pour expliquer cette catastrophe. Ne faut-il pas plutôt y voir la pression, non pas atmosphérique, mais combinée des aspirations à l’héliotropisme de nos concitoyens à la complaisance de toute une chaîne d’acteurs ?

Xynthia vient nous rappeler cette propension humaine à vouloir à tout prix disposer d’un toit, si possible à soi et … dans une région tempérée, près de l’eau : une petite maison « Sam’ suffit » en bord de mer reste le rêve de beaucoup.

C’est que le littoral national, malgré la loi du même nom, est déjà presque totalement artificialisé là où c’était techniquement possible, fut-ce au prix de kilomètres de digues aux divers statuts…. Curieux effort dans un pays – la France - qui dispose de centaines de milliers d’hectares bien disponibles et totalement « hors d’eau » ce qui n’est pas le cas de la Hollande souvent citée en exemple. Si nos voisins bataves ont dépensé des trésors de technicité et d’argent du contribuable pour se mettre à l’abri d’une tempête « millénaire », ce n’est pas pour autoriser une extension urbaine à composante fortement touristico-présentielle (2) mais bien pour préserver un territoire fort restreint.

Une prise de conscience collective pourrait être le résultat heureux de cette catastrophe, non ?

Guy Lemée http://hcl.inventaires.fr


(1) PPRI : les « plans de prévention des risques d’inondation » institués par la loi Barnier, qui date de 1995…, sont des documents stratégiques cartographiques et réglementaires qui définissent les règles de constructibilité dans les secteurs susceptibles d’être inondés.

(2) Laurent Davezies est professeur à l’Université Paris-Est Créteil, en poste à l’Institut d’Urbanisme de Paris et expert indépendant ; il a développé le concept « d’économie présentielle/résidentielle ». Il est notamment l’auteur d’un remarqué « La République et ses territoires. La circulation invisible des richesses » , Ed. du Seuil, 2008,

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