samedi 29 septembre 2007
Christian SAUTTER
Lettre à nos amis 300
Voir loin, agir proche
VOIR LOIN, AGIR PROCHE : BIRMANIE, CLIMAT
(...) "Passons à un autre sujet, celui de la réduction des émissions de gaz carbonique, qui provoquent le réchauffement climatique. Afin de voir loin, j’ai entrepris la lecture de l’ouvrage d’Al Gore : « Urgence Planète Terre » (Alphée 2007). Ce livre est triplement surprenant.
L’approche scientifique en est assez curieuse. Dès la page VII de l’avant-propos, est déroulé un remarquable graphique, qui mesure la température et les émissions carboniques à partir de carottes prélevées dans les glaces polaires. Qu’y lit-on ? Que la Terre vit une sorte cycle thermique, avec des pointes chaudes tous les cent mille ans, et des périodes frisquettes dans les intervalles. La dernière vague de chaleur remonte à 100 000 ans et la pointe actuelle ne dépasse pas ce sommet qui a réchauffé nos ancêtres, l’homme de Neandertal et l’homo sapiens. La corrélation est évidente entre le cycle thermique et celui de la concentration de CO2. Mais la concentration actuelle bat tous les records de longue période, ce qui laisse penser que la température terrestre pourrait monter au-dessus des pics de la préhistoire. Le grand pédagogue ne poursuit pas l’analyse des causes et des effets et se borne à dire que tous les savants, sauf quelques dissidents, font consensus pour dire que la situation est grave, et serait vite désespérée si nous ne faisons rien.
L’approche mystique est encore plus curieuse. Al Gore manifeste, dans un autre domaine, les mêmes symptômes que Georges W. Bush, qui l’a emporté sur lui à l’élection présidentielle de 2000. C’est un « New born », qui organise sa vie autour de Dieu. En substance, « nous sommes en train de passer le jardin d’Eden au rouleau compresseur. » (page 139) « Quand il nous a confié le soin de dominer la Terre, Dieu a-t-il choisi une technologie adéquate ? » (229) Le désastre écologique en cours est un fléau comparable à ceux de la Peste Noire, de la Grande famine d’Irlande, du nazisme ou du communisme. La conclusion de ce messianisme est limpide. « Deux guerres mondiales, l’Holocauste, l’invention des armes nucléaires et, maintenant, la crise de l’environnement, ont conduit beaucoup d’entre nous à se demander si la survie restait possible (...). J’en suis venu à croire à une sorte d’écologie intérieure (...). Il faut commencer par la foi qui, pour moi, représente une espèce de gyroscope spirituel. » (362-364). Ainsi s’achève cet ouvrage étrange d’un croisé de l’environnement.
Il y a néanmoins un côté pratique, avec l’esquisse d’un plan Marshall pour la planète, qui « exigera des nations riches des crédits, en vue de transférer au tiers-monde de technologies respectueuses de l’environnement, ainsi que d’aider les pays pauvres à stabiliser leur population et à obtenir un progrès économique régulier. » Bien évidemment, il revient aux Etats-Unis de prendre l’initiative. Le livre reste particulièrement muet sur les changements indispensables de comportements des habitants et des entreprises des pays riches. Une taxe sur le gaz carbonique est évoquée sur le même plan que le remplacement des ampoules électriques. Et Monsanto aurait découvert que l’écologie était une nouvelle frontière de rentabilité responsable. La condamnation d’une civilisation axée sur la consommation d’essence et le gaspillage des emballages est pour le moins discrète : l’âme passe avant le caddie et le véhicule 4x4."
Christian Sautter
Le Cawa d’AdmiNet