Le conseil des ministres, du 3 septembre 2008 a donné lieu à une communication du ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche sur la « définition d’une stratégie nationale de la recherche et de l’innovation ».
Ainsi donc, la France n’avait pas de stratégie de recherche et d’innovation avant ce jour de grâce où le Conseil prit conscience qu’il en fallait une et qu’elle devait être définie, sous l’autorité du Président de la République, pour la période 2009-2012 ?
Ce n’est sans doute pas ce que diront les historiens. Dans les années 60 et début 70, la création du programme spatial, de la recherche océanographique, le renforcement de la recherche agronomique, qui nous vaut d’avoir le second institut mondial de cette spécialité, enfin le programme nucléaire civil constituaient des options stratégiques fortes. Dans les années 70, la remise à niveau des télécom, l’option de la commutation temporelle et la mise en place d’une politique d’innovation aussi.
Compte tenu de la situation économique et budgétaire, on peut douter que des options d’une ampleur comparable soient à l’ordre du jour d’ici 2012. D’autre part, le monde a changé et l’organisation de la France aussi. Il y a maintenant une agence qui, par ses appels d’offre, effectue un pilotage des orientations de recherche, c’est l’ANR, dirigée par une équipe fort compétente. Le Ministère, qui autrefois était entre les mains d’un scientifique de haut niveau,. (Piganiol, Aigrain, Curien) n’a plus qu’un rôle secondaire.
La citation d’Albert Fert dans le communiqué du Conseil des Ministres pour illustrer le lien recherche innovation prête d’ailleurs à sourire. Ses recherches sont certes remarquables, mais c’est son co-lauréat du Prix Nobel Peter Grünberg qui a déposé les brevets en Allemagne. En ce qui concerne la « stratégie d’innovation », cette occasion manquée est dans la lignée de nos autres Prix Nobel de physique : Alfred Kastler, qui omit de déposer le brevet du laser (on imagine ce que ça aurait pu rapporter !) et de Pierre Gilles de Gennes, le « Newton des temps modernes » qui omit de déposer les brevets des cristaux liquides.
En plus, on peut désormais s’interroger sur l’adjectif « national ». La Science, comme la technologie et l’innovation sont internationales. Le poids de la Commission Européenne s’est accru. Ses appels d’offre sont suivis par le milieu scientifique et stimulent effectivement la création d’un maillage entre les laboratoires européens. S’y ajoutent les bourses Marie Curie. La nouvelle génération de chercheurs, que ce soit dans des registres théoriques ou techniques est internationale.
Et il n’y a pas que l’Europe. L’événement récent le plus important pour l’avenir de la Science et de la technologie est l’attribution du Prix Nobel norvégien,dit aussi « Prix Nobel de la Paix » à l’IPCC (Intergoverment panel on climate change, GIEC en français). C’est la reconnaissance de l’influence politique de leurs travaux. Mais cette influence est aussi due à ce que des milliers de chercheurs du monde entier on renoncé à une carrière classique, celle qui mène au Prix Nobel suédois, pour servir un objectif d’intérêt général : connaître la planète pour sauver la planète. Dès lors, est-ce que nous n’allons pas vers une situation où il n’y aura plus qu’une stratégie, et elle sera mondiale : transformer toutes les techniques pour remettre l’espèce humaine en équilibre avec la nature. Les meilleurs acteurs excellent dans les rôles de composition ; c’est pourquoi, dans son immense sagesse, le gouvernement a confié une mission de prospective et d’innovation au seul académicien négationniste de l’effet de serre.
Mais, la véritable efficacité est toujours discrète, car tout ce qui est voyant est illusoire, dit un observateur de la Chine.
Thierry Gaudin
Voir aussi
H. NOVELLI : PFUE : Colloque recherche et PME : l’innovation en mouvement les 15-16 septembre 2008
L’écoute des silences. Les institutions contre l’innovation (mars 1978)

Le Cawa d’AdmiNet