
I’d rather be lucky and lazy
than an energetic smart ass like some folk. —Gump
Nonobstant le catastrophisme ambiant, ceux qui redoutent que le prix du baril de pétrole atteigne durablement des niveaux astronomiques sont nécessairement dans l’erreur.
Les prix vertigineux (entre 200 et 300 dollars par baril) observés sur certains contrats d’approvisionnement à long terme ne sont que le reflet de l’affolement des spéculateurs, qui ne prennent pas la peine de s’informer sereinement des conditions réelles du marché.

Nos experts vous expliqueront que trois séries de raisons devraient logiquement modérer la tendance à l’augmentation du prix du baril sur le long terme.
La première raison, c’est qu’au fur et à mesure que le prix monte, de nouveaux gisements deviennent exploitables, de sorte que le volume des réserves n’est pas fixé, mais dépend des conditions du marché. De nouveaux gisements attendent d’être exploités : offshore profond, sables asphaltiques de l’Athabasca ou d’ailleurs et l’on ira rechercher dans les gisements exploités une partie de ce qu’on a laissé sous le sol.
La seconde raison, c’est l’abondance des réserves de charbon, que l’on sait transformer en hydrocarbures liquides, depuis que les Allemands ont mis au point le procédé Fischer-Tropsch qu’ils ont utilisé industriellement pendant la deuxième guerre mondiale. Les usines de conversion fonctionnent déjà à grande échelle en Afrique de Sud, et la Chine est prête à suivre.
La troisième raison, plus importante que les deux précédentes, c’est la contrainte du changement climatique, qui nous obligera à limiter les émissions de gaz à effet de serre. Cette contrainte ne va pas se manifester dans l’immédiat, car l’opinion publique dans des pays comme le nôtre n’est absolument pas prête à accepter que l’on augmente le prix du carburant à la pompe au seul motif de protéger les générations futures d’un réchauffement menaçant. Elle peut également se demander, à juste titre à quoi servirait un effort français si les autres pays consommateurs ne s’y engagent pas. Pas plus que les marins-pêcheurs, les industries aéronautiques ne sont prêtes à accepter que leur carburant subisse une taxation comparable à celle des carburants auto.
Parce que le changement des comportements repose sur un arbitrage difficile entre le désir de consommer aujourd’hui des carburants et celui de protéger les générations futures, et que cet arbitrage nécessite un accord planétaire, il est difficile de faire aujourd’hui une prévision fiable sur le prix du pétrole.
La seule chose qui est à peu près certaine, c’est que nous ne manquerons pas avant longtemps de carburant pour nos autos, car, si nous voulons éviter un réchauffement climatique désastreux dans les cent ans à venir, nous laisserons sous le sol plus de la moitié des réserves d’énergie fossile accessible. Nous serons alors entrés dans une civilisation de l’après-énergie fossile, qui reste à inventer.
CS
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