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Téléphonie et internet : quelle convergence ?

- le choc des modèles économiques

lundi 31 mars 2008, par Christian Scherer



(le texte qui suit est dédié au nom des internautes à notre nouveau « ministre de l’internet »)

Le modèle économique des Telcos à l’épreuve d’Internet

- I. le modèle « à péage »

Le modèle historique selon lequel fonctionnent historiquement les sociétés de téléphone, qu’ils s’agisse des « Baby Bells » américaines ou des opérateurs apparus dans notre pays à la faveur de la déréglementation des télécommunications, est bien connu. Il ne diffère pas dans son principe de celui des sociétés de distribution d’eau, de gaz ou d’électricité. Il s’agit d’une logique de facturation « au compteur », à des abonnés captifs, ou fidélisés, d’une prestation particulière (la communication téléphonique) nécessitant un fort investissement préalable dans les infrastructures de réseau et de commutation. Pour pouvoir déployer ces infrastructures, l’investisseur doit pouvoir être assuré de bénéficier de la rente pendant de longues années (souvent plusieurs dizaines) ce qui suppose un minimum de stabilité à la fois politique et réglementaire, et donc des relations privilégiées d’une part avec le pouvoir politique en place (ou susceptible de lui succéder) qui protègera sa rente contre d’éventuels concurrents, d’autre part avec les autorités administratives (autrefois le ministre des P&T, aujourd’hui l’autorité de régulation) qui leur assurent un minimum de stabilité réglementaire, afin d’interdire des pratiques sauvages préjudiciables à la profitabilité à long terme des investissements.

Ainsi on doit habituer l’usager à un péage, de niveau le plus élevé possible tout en restant socialement supportable. Il doit ainsi trouver naturel que le service soit rare et coûteux (le 22 à Asnières), avec un barême de prix des communication téléphoniques variant en fonction de leur durée et de leur distance. A l’inverse, il ne doit pas, ou très peu, participer à l’investissement de raccordement au réseau, conformément au comportement habituel du ménage moyen, qui préfère naturellement payer un service au fur et à mesure de son utilisation, plutôt que de participer à un investissement dont la technicité lui échappe.

Ce modèle économique a plutôt bien fonctionné dans notre pays jusqu’à aujourd’hui, à la satisfaction de tous. Peu de voix se sont élevées quand il fut décidé de rétablir un péage sur le pont de Tancarville déjà amorti, car il fallait bien rentabiliser le second pont. De même lorsqu’on a étendu le péage à des autoroutes précédemment gratuites.

L’usager pouvait parfaitement admettre le paiement « au compteur » quand les communications étaient établies par des demoiselles du téléphone ou des centraux grands comme des cathédrales et où la rareté des circuits disponibles sautait aux yeux en regardant les poteaux téléphoniques au bord de nos routes. Pourtant, avec l’évolution technologique, les coûts de revient marginaux d’établissement d’une communication tendent à devenir négligeables, et l’essentiel de ceux-ci se réduisent à des coûts de facturation, qui deviennent prépondérants, auxquels s’ajoute naturellement la fameuse rente parfaitement justifiée car sans elle les investissements n’auraient jamais été réalisés.

Le vieux modèle a survécu aux mesures de dé-règlementation impulsées par les pouvoirs publics. Pour faire face à l’explosion de la demande en téléphonie mobile, il fallait susciter de nouveaux acteurs, seul moyen de dynamiser un opérateur historique endormi sur son monopole. Mais il n’a pas fallu attendre bien longtemps pour voir les nouveaux opérateurs se regrouper pour défendre collectivement leur rente, et rechercher auprès des pouvoirs publics une oreille d’autant plus favorable que ces derniers ont de leur côté de fortes attentes à exprimer, en termes d’égalité de traitement des usagers vis-à-vis de l’accès au service par exemple, la baisse des prix n’étant pas la première des priorités.

Le modèle de distribution « au compteur » a beaucoup d’avantages mais aussi quelques défauts. On en a vu une illustration caricaturale avec le minitel. Le minitel, en effet, prétendait offrir aux usagers des services « au compteur » et il a plutôt bien fonctionné dans notre pays. Les usagers trouvaient normal que le compteur du 3615 tourne pendant qu’ils attendaient pour s’inscrire dans une université (le système RAVEL) ou pour obtenir le résultat du baccalauréat ou d’un autre examen. Un tel modèle s’est longtemps perpétué avec les interminables temps d’attente imposés par les centres d’appel, mais facturés aux usagers.

Certes, à l’époque du minitel, l’internet avait déjà commencé à exister, mais il était anecdotique, et il était relativement facile de le diaboliser, comme une menace économique porteuse de valeurs « américaines ». Personne ne s’est avisé que l’interopérabilité des services 3615, qui était techniquement aussi facile à réaliser que l’hypernavigation par un simple clic entre sites internet, n’a jamais pu être mise en place à cause de sordides questions de facturation, chaque service minitel cherchant à faire tourner le compteur à son profit le plus longtemps possible plutôt que d’en faire profiter un autre. La mise en place d’un système de refacturation entre serveurs s’est révélée impraticable, tandis que la facturation des usagers était miraculeusement assurée par l’opérateur historique. Ce n’est peut-être pas ici le lieu de parler de morale, mais il faudra un jour révéler que lorsqu’un utilisateur « accro » du minitel rose ne payait pas son énorme facture de téléphone, c’est le contribuable qui se substituait à lui, au travers de France Télécom, pour rémunérer le service. Tout comme le responsable d’un hôtel de passe puisant dans les caisses de l’Etat pour rémunérer la prestation à la place du client impécunieux !

Nous avons failli connaître pire, avec le rapport Théry, toujours hostile à l’internet, qui nous expliquait que le modèle idéal pour l’avenir consistait à câbler la France en fibres optiques pour y développer des services marchands, selon les mêmes concepts et principes de facturation que le minitel.

- II le modèle « internet »

Le modèle internet est congénitalement différent. Lui aussi suppose d’énormes investissements d’infrastructures, que quelqu’un va devoir payer. C’est l’administration américaine de la Défense qui a permis son essor, analysant à juste titre, qu’une technologie née aux Etats-Unis et largement diffusée dans le monde pouvait contribuer au rayonnement et à la puissance économique de la nation.

Les technologies sur lesquelles il s’appuie n’avaient pas de raison d’être fondamentalement différentes, ou n’auraient pas dû l’être, de celles de la téléphonie comme le suggère le processus de convergence actuellement observé. Et pourtant…

A la base de l’internet se trouve le protocole TCP/IP, assez simple dans son principe, il s’agit de faire circuler les informations par petits paquets, portant chacun l’adresse d’un expéditeur et d’un destinataire, et circulant au travers du réseau de machine en machine selon un chemin déterminé automatiquement par des algorithmes astucieux. Pas question cette fois de facturation, chaque machine relais participe gratuitement à l’acheminement, la charge d’ensemble s’équilibrant par quelques grands mécanismes de mutualisation destinés à répartir les investissements de capacité d’une manière à peu près équitable. Car avec internet, il n’y a pas de compteur individuel chez l’abonné, ce qui serait complèment impossible et contraire à la philosophie initiale d’un réseau utilisé au départ par des universitaires peu soucieux de faire du « business ».

- III – L’irruption de la sphère marchande

Ce qui n’était pas prévu au départ, ni par les inventeurs de l’internet, ni par les opérateurs de télécommunications, c’est que le volume de trafic engendré par les transmission TCP/IP allait croître aussi vite et dépasser largement celui de la téléphonie classique.

L’explication est simple : le modèle mutualisé de l’internet possède une dynamique plus efficace que le modèle « à péage » des telcos, héritier des systèmes d’octroi du moyen-âge. A tel point que nombre d’acteurs économiques de la sphère marchande s’orientent naturellement vers le réseau d’internet, qu’ils envahissent d’ailleurs au grand dam des utilisateurs historiques.

Le développement de la voix sur IP s’explique par la supériorité économique du modèle mutualisé de l’internet. L’absence de facturation « au volume » a même permis, grâce à la créativité de nouveaux acteurs comme Skype, de faire évoluer en douceur la téléphonie vers la visiophonie, ce vieux rêve né à l’époque de Jules Verne, et enterré à Biarritz, après une expérimentation dont les enseignements n’ont jamais été vraiment tirés.

Aujourd’hui, soutenu par la tendance à la forfaitisation du coût d’accès à internet, accompagné de débits sans cesse croissants, le volume du trafic poursuit son ascension vertigineuse, avec des applications comme YouTube et Dailymotion, avant que ne s’engouffrent de nouveaux services de Video à la Demande, qui menacent sérieusement à la fois l’industrie des salles de cinéma et les grandes chaînes de télévision traditionnelle.

Ce qui est extraordinaire, c’est la cohabitation sur un même réseau de services gratuits et de services à vocation marchande. On prédit régulièrement que cette cohabitation est instable et que l’un des deux modes va éliminer l’autre. On remarque moins les effets bénéfiques de cette cohabitation. L’emergence de services gratuits aura réveillé les acteurs traditionnels qui avaient pris l’habitude de faire payer leur service au prix du 3615 (RAVEL, SNCF, ANPE ...) ou qui avaient négligé de le faire (création de LégiFrance en réaction à AdmiNet)

- IV - Conclusion

CONVERGENCE ?

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L’issue de l’affrontement planétaire entre le vieux modèle des telcos et le nouveau modèle apparu avec internet reste incertaine. Pour l’instant c’est une cohabitation, semblable à celle que l’on peut observer en France entre compagnies d’assurance privées et mutuelles, entre autoroutes payantes et autoroutes gratuites, chaînes de télévision gratuites ou payantes, journaux quotidiens gratuits ou payants, sans oublier l’exceptionnel "Canard Enchaîné", rentable sans publicité, etc... Même si cette cohabitation est fondamentalement instable, elle peut encore durer un certain temps. Contraints de plus en plus souvent d’emprunter une seule et même infrastructure de transport (câbles sous marins, fibres optiques, faisceaux herziens et satellites) les deux modèles s’épient et parfois se rapprochent. On parle alors de convergence. On voit maintenant les opérateurs téléphoniques pressés par la concurrence proposer des offres incluant un forfait illimité, pour une partie des communications, on voit des cablo-opérateurs, voire même des "pure players" comme Microsoft ou Skype, s’essayer au métier d’opérateur téléphonique. Tous rêvent de la fameuse "video on demand" (VOD) qui va ruiner l’industrie du DVD et finir de vider les salles de cinéma. On voit les distributeurs sauvages de contenus audiovisuels (Napster, Kazaa, eDonkey, Bittotrent, ...) évoluer dans la douleur, au prix de procès ou d’arrangements retentissants, vers le modèle payant des distributeurs classiques, eux-même obligés de revoir une règlementation du copyright devenue obsolète.

Si l’actuelle tendance au "verrouillage" de la couverture WiFi des grandes zones urbaines par les telcos se poursuit, pour le plus grand profit de la téléphonie 3G et de son principe de facturation "au volume", on attend avec curiosité de savoir à quel prix sera proposé la retransmission d’un match de football. En effet sachant qu’une telle retransmission encombrera les tuyaux, qui sont maintenant les mêmes, autant qu’une centaine de conversations téléphoniques, l’utilisateur sera fondé à exiger qu’une simple communication téléphonique, qui emprunte les mêmes "tuyaux", devienne quasiment gratuite. Par ailleurs, le problème insurmontable déjà rencontré à l’époque du minitel va se poser à nouveau : sachant que l’opérateur UNTEL a acquis les droits exclusifs de retransmission en 3G de tel fameux match, que saura-t-on proposer aux clients de son concurrent AUTRETEL ?

En 1994, à l’aube du décollage d’internet, Gérard Théry avait prédit une inexorable évolution des réseaux de télécommunications vers un modèle marchand. L’avenir lui donnera-t-il finalement raison aux inventeurs du minitel ?

A moins que l’utilisateur final, flairant le piège dans lequel on essaie de l’enfermer, et profitant de la liberté nouvelle offerte par internet, ne réussisse finalement à imposer sa volonté.

Christian Scherer

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-  La Bibliothèque Nationale de France (BNF) a décidé de couper l’accès à Internet sans fil au nom du principe de précaution.

Jean-Michel HUBERT
Ex-vice-président du Conseil Général des Technologies de l’Information (CGTI)
Ex-ambassadeur-délégué auprès du Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI)
Ex-Président de l’Autorité de régulation des télécommunications

Voir en ligne : http://www.cawa.fr/wi-fi-defi-aux-f...


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