Est-ce le cri d’alarme du commandant Cousteau « la Méditerranée est blessée ! » qui, à la fin des années 1960, a incité Serge Antoine à relever le défi de la protéger ? Il l’a pour le moins conforté dans sa détermination de démarrer, auprès de Robert Poujade, le premier ministre français chargé de l’environnement, une action publique internationale pour l’écorégion méditerranéenne, en mobilisant les pays riverains et l’Union européenne.
De tous temps Serge Antoine a été passionné par « le berceau des civilisations » : son ascendance maternelle italienne et ses innombrables escapades méditerranéennes, en voilier et à pied, y ont fortement contribué et l’ont rendu attentif aux « avenirs du bassin méditerranéen »... surtout quand la prospective, l’aménagement du territoire et l’environnement sont devenus des moteurs de son engagement national et planétaire.
De surcroît, la diversité originelle et la richesse culturelle de la société méditerranéenne, conjuguées à une forte disparité économique et un grand risque géopolitique, ont nourri sa volonté d’assurer un dialogue permanent entre les états riverains pour une cause commune.
Aussi, lorsque à l’issue de la première conférence mondiale sur l’environnement de Stockholm en 1972, Maurice Strong l’a sollicité pour identifier des actions à inscrire au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), Serge a proposé de s’intéresser prioritairement aux mers régionales, en particulier la Méditerranée.
Ainsi, le Plan d’action pour la Méditerranée (PAM) a vu le jour en 1975 et la Convention de Barcelone, sa composante juridique, en 1976. Imprimant sa marque au PAM, Serge y adjoignit une composante prospective par la création et l’hébergement par la France, en 1977, du Plan Bleu pour l’environnement et le développement en Méditerranée.
Son approche anticonformiste et créative, alliée à la reconnaissance de ses compétences, lui a permis d’obtenir que les Parties contractantes à la Convention de Barcelone confient un mandat public international au Plan Bleu, au statut de simple association loi 1901, pour explorer et analyser le système méditerranéen. Par son extraordinaire réseau et sa grande connaissance des acteurs, il a su trouver ensuite les animateurs et responsables pour rendre crédible un Plan Bleu aux moyens modestes.
Par ses convictions et ses savoirs, il a nourri durant 30 ans la coopération méditerranéenne en participant sans discontinuer aux travaux du Plan d’action pour la Méditerranée et du Plan Bleu, ainsi que de la Commission méditerranéenne du développement durable à la création de laquelle, en 1996, il a fortement contribué.
D’où l’intérêt du témoignage de Mohamed Ennabli, ancien ministre tunisien de l’Aménagement du territoire et de l’environnement, sur le rôle de Serge en faveur de l’écorégion méditerranéenne et la perception qu’en avaient les responsables des institutions concernées par la coopération dans le domaine de l’environnement et du développement durable.

Le Cawa d’AdmiNet