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Ce qui intéresse la Chine, c’est le Fonds Monétaire International, pour deux motifs. Le premier est que le FMI est le seul émetteur possible d’une monnaie mondiale, les Droits de tirage spéciaux (DTS), qui pourrait d’ici quelques années ou décennies, remplacer le dollar. La Chine, avec cinq mille ans d’histoire derrière elle, est patiente mais obstinée. Elle sait que le dollar sera miné par l’endettement immense à venir des Etats-Unis et aimerait autant que possible que les deux mille milliards de dollars de réserves qu’elle a accumulés ne perdent pas trop de leur valeur ou soient progressivement placés dans d’autres monnaies moins fragiles. Notons que la Chine ne veut pas faire de sa monnaie, le yuan, une monnaie internationale, qui permettrait de payer le commerce extérieur et de thésauriser les épargnes. Ce serait trop de responsabilités et trop de perte de liberté. Si le marché fixe le cours du dollar, c’est l’autorité chinoise qui fixe le cours du yuan, à un taux faible, propice aux exportations.
Revenons au FMI. La Chine s’intéresse donc aux DTS. Elle veut aussi une place plus importante dans la direction du FMI, cet organisme stratégique qui bat monnaie et qui joue le rôle du pompier quand les pays pauvres se noient. Le pourcentage de droits de vote de la Chine est faible et l’un des enjeux du sommet de Londres sera de le majorer.
La gouvernance du FMI est très compliquée, mais se ramène à un principe très simple. Commençons par la répartition des droits de vote. L’idée est que chacun des 185 pays a une fraction de la décision et que cette fraction est calculée selon la règle : « Un dollar, une voix » .
Compte tenu de la masse des mini-pouvoirs délégués aux 185 pays, deux pays ont traditionnellement un pourcentage de voix inférieur à leur importance économique : les Etats-Unis et le Japon. Les USA pèsent 25% du Pib mondial (source : Banque mondiale, année 2007) et n’ont que 16,6% des voix. Bon prince, le Japon a 4,4% des voix tandis que son PIB est de 8% du total mondial.
Vous êtes évidemment surpris de cette belle générosité américaine, de ce dévouement à la cause mondiale, institué juste après la deuxième guerre mondiale. Rassurez-vous : le FMI doit prendre toutes ses décisions importantes avec une majorité qualifiée de 85%. Cela signifie qu’une seule capitale a un droit de veto sur les grandes affaires financières mondiales : Washington.
La Chine est le pays émergent qui est le plus désavantagé au FMI : 3,7% des droits de vote pour 6 % du Pib mondial. Elle est en bonne compagnie : le Brésil et l’Inde sont dans le même cas, comme, à un moindre degré, la Turquie, la Corée du sud, l’Afrique du sud et le Mexique.
Si l’on additionne les poids de ces sept pays, on arrive à 16,7% de l’économie mondiale et seulement 11,5% des droits de vote.
Au-delà de cette cuisine arithmétique, vous sentez que, derrière le porte-voix chinois, pourraient se regrouper les grands pays émergents, pour la première fois présents dans un sommet mondial, afin de contester, courtoisement mais fermement, le pouvoir hégémonique des Etats-Unis sur le FMI. Nous aussi, vont-ils murmurer, nous voulons avoir notre droit de veto (les fameux 15%) sur les décisions qui engagent l’avenir financier de l’économie mondiale.
Ces grands poucets qui progressent vite veulent leur place au soleil de Washington et commencent à contester le colosse américain (je ne dis pas l’ogre !). Il est au FMI un autre poids lourd, mais dont le cerveau est trop faible, hélas, pour coordonner ses membres : l’Europe. L’Union européenne pèse plus que les Etats-Unis dans la production mondiale : 31% contre 25%. Elle a plus de 25% des droits de vote du FMI, bien davantage que l’Amérique (16,6%). Mais cette capacité d’agir est inutilisée car chacun joue de son côté.
Les seuls pays de la zone euro dépassent aisément la fameuse limite des 15% à partir de laquelle on devient influent. Imaginons que ces pays se mettent d’accord pour avoir un seul administrateur. Il pourrait parler d’égalité à égalité avec le représentant américain. Cette perspective est malheureusement lointaine parce que les Européens ont réagi jusqu’à présent en ordre dispersé, lançant chacun son plan de relance et défendant ouvertement ses intérêts nationaux. La plate-forme sur la réforme du système financier international est un bon début, mais bien insuffisant.
Une épée de Damoclès menace toujours les velléités de reprise économique de notre bout de continent. C’est l’hypothèse, vraisemblable, où les Etats-Unis laisseront filer leur monnaie ou ne pourront l’éviter ; où la Chine continuera avec entêtement à défendre une monnaie grossièrement sous-évaluée. Qui va payer la casse d’un commerce extérieur distordu ? Les industriels européens et donc l’emploi. Comme on se réfère beaucoup à la crise de 1929, rappelons que la dévaluation de la livre en 1931 et celle du dollar en 1932 ont fortement aggravé la crise sur le continent européen, qui avait perdu toute compétitivité sur des marchés atrophiés. Les droits de douane ont été accrus. L’Allemagne a choisi l’autarcie et le nazisme en 1933. La conjoncture actuelle n’est pas aussi dramatique, mais nous ne sommes pas sortis du tunnel et l’Europe, faute d’unité, risque de payer une part excessive des pots cassés.
Souhaitons donc, à la veille du G20, qu’une coalition de la zone euro et du groupe des pays émergents revendique d’exercer la co-responsabilité de l’économie mondiale au sein du FMI aux côtés des Etats-Unis. Et que cet organisme, ainsi soutenu, finance davantage les pays pauvres, crée une monnaie complémentaire du dollar et passe l’aspirateur dans tous les coins poussiéreux de la finance mondiale !
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