Quelle voiture pour demain
le point de vue de Robert Giraudon
Géologue et docteur ès sciences
Membre du Comité transport du CNISF
Les constructeurs ont déjà beaucoup travaillé à l’amélioration du rendement des moteurs des véhicules et à la diminution de leurs émissions nocives. De nombreuses voies ont été explorées pour aller encore plus loin, certaines avec succès tandis que d’autres s’avèrent être des impasses. De toutes les recherches qui ont été effectuées, il ressort que les hydrocarbures liquides représentent de très loin la forme la plus dense de l’énergie et qu’ils sont de ce fait pratiquement incontournables pour les automobiles et ce pour encore des décennies.
Parmi les solutions qui ont été proposées, certaines sont décevantes : Ainsi les biocarburants, sont confrontés au problème de la disponibilité des terres cultivables et entraînent dans certains pays tropicaux de graves détériorations de l’environnement.
Outre un coût élevé, le bilan énergétique global montre que le recyclage du CO2 n’est que partiel et que la quantité d’énergie fossile dépensée du champ à la roue est au mieux, dans les pays tempérés, la même qu’en utilisant directement des produits pétroliers ! Il reste un espoir : la mise au point d’une utilisation rentable de la biomasse.
Une autre tentative consiste à utiliser comme carburant l’hydrogène dont la combustion ne rejette que de l’eau. En alimentant des piles à combustible on peut même atteindre des rendements élevés. Là encore on arrive pourtant à un bilan énergétique global désastreux : d’abord, de nos jours, pour produire cet hydrogène, on réforme du gaz naturel, opération qui rejette du CO2. Ensuite l’hydrogène est l’un des gaz les plus difficiles à compresser ou liquéfier, ce qui est indispensable pour le mettre à bord des véhicules. Ce sera peut-être une solution pour le prochain siècle mais elle n’est pas d’actualité.
Des esprits inventifs ont proposé des voitures propulsées par des moteurs à air comprimé. Quand on connaît la dégradation énergétique qui résulte d’une compression de l’air à 200 ou 300 bars dans des bouteilles qui ont un poids non négligeable, on touche là à une pure aberration thermodynamique.
Enfin pour certains, la panacée est la voiture électrique : silencieuse, sans rejets polluants, elle semble idéale pour la circulation en milieu urbain. Si les batteries ont fait d’immenses progrès, en particulier avec les batteries lithium-ion, leur densité énergétique reste quand même 50 fois inférieure à celle d’un hydrocarbure liquide. Il en résulte un alourdissement des véhicules qui en sont équipés avec comme corollaire un rayon d’action limité. Enfin, il ne faut pas perdre de vue que l’électricité est majoritairement produite dans le monde avec des centrales électriques fonctionnant au charbon qui rejettent énormément de CO2, tout cela pour un rendement au kWh à la roue inférieur à celui d’une voiture diesel ! De l’avis de la plupart des experts, la voiture tout électrique n’a pour les prochaines décennies qu’un avenir limité à un marché de niche : son usage restera confiné aux petits parcours urbains, de préférence là où l’électricité est d’origine nucléaire, et encore à condition que son prix devienne abordable.
Parmi les solutions technologiques prometteuses, l’éventail actuel est le suivant :
les voitures fonctionnant au gpl ou au gnc : L’avantage
se trouve dans de faibles rejets polluants et un bon rendement
des moteurs thermiques. Les inconvénients restent
dans une sécurité insuffisante des réservoirs, surtout pour
le GPL, des réseaux de distribution encore limités – palliés
par la bicarburation, le poids des contenants du gaz et
l’énergie dépensée pour sa compression. La question est
de savoir ce qui est le plus intéressant d’un fonctionnement
de la voiture avec du gaz ou de la production d’un hydrocarbure
liquide à partir de ce gaz (voie GTL) ?
les diesels : Largement diffusés, ils ont fait de notables
progrès avec l’émergence des technologies d’injection
directe à rampe commune. La fonction Stop & Start introduite
par PSA constitue une avancée supplémentaire pour
la circulation urbaine et d’autres progrès sont en perspective.
les voitures Hybrides : Elles allient les avantages d’une
motorisation thermique à celle d’une voiture électrique en
permettant de diminuer la taille et donc le poids des batteries
sans que le rayon d’action soit pénalisé. Dans cette
famille, on distingue les Hybrides parallèle dans lesquels
moteurs thermique et électrique sont couplés et les Hybrides
Série qui sont des voitures électriques dont les batteries
sont alimentées par un groupe électrogène.
la première catégorie est représentée par la Toyota Prius – qui fonctionne également en Hybride Série – déjà diffusée
à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. L’inconvénient
de cette solution est dans la complexité mécanique
qui entraîne un surcoût à l’achat et un prix de fonctionnement
élevé (les batteries – des Ni-MH, par sécurité) doivent
être changées tous les trois ans.
dans la deuxième catégorie on trouve des voitures électriques
dont le rayon d’action est augmenté par l’adjonction
d’un groupe électrogène qui recharge la batterie. Quand
ce groupe est de faible puissance, le rayon d’action est
allongé mais la voiture reste handicapée par le poids et le
coût des batteries, aussi important que sur une voiture tout
électrique. Quand le moteur électrique a une puissance
égale ou supérieure au moteur thermique, on a un hybride
série avec des batteries réduites en poids qui servent de
réservoir tampon d’énergie. Ce concept qui parait le plus
prometteur est à la base du prototype Volt de la GMC.
enfin, une dernière percée technologique, qui n’a pas
été suffisamment mise en lumière, a été la présentation de
la Roue Active Michelin au salon de Shanghai et au Mondial
de l’Automobile 2008. Cette RAM loge dans une roue de
30 kg un moteur électrique de 30 kW refroidi par eau, un
frein à disque et une suspension électrique gérée par ordinateur
avec un temps de réponse de 3/1000èmes de seconde
qui donne au véhicule une assiette et une adhérence incomparables.
Dans une voiture équipée de cette RAM, il n’y a plus ni boîte de vitesse, ni différentiel, ni cardans, ni amortisseurs
Le mariage de cette technologie avec celui du concept hybride de série expérimenté sur la Volt, pourrait fournir la solution la plus prometteuse pour la voiture de demain.
Robert Giraudon
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Le Cawa d’AdmiNet