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Quel avenir pour l’espèce humaine, quel avenir pour la planète ?

par Thierry Gaudin

samedi 2 décembre 2006



Nicolas Hulot est venu le 25 novembre à l’UNESCO dans la journée organisée par l’Office de la prospective (Jérôme Bindé) sur le thème "Quel avenir pour l’espèce humaine, quel avenir pour la planète ?". Sa présentation m’a fourni l’occasion de réfléchir à ses propositions et à celles des différents courants "verts".

L’idée d’une taxe sur le carbone n’est pas nouvelle, et d’ailleurs le principe de taxation pour tempérer les consommations est encore plus ancien, puisque, dans le registre de l’énergie, ça existe depuis des décennies sous la forme de la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers). Cette taxe représente environ 75% du prix du carburant à la pompe et a rapporté près de 25 milliards d’euros en 2003. C’est la troisième recette fiscale après la TVA (142 Milliards) et l’impôt sur le revenu (54 Milliards).

Dans les années 60, la TIPP était une taxe affectée. C’est elle qui a permis le développement de l’Institut Français du Pétrole, grâce auquel la technologie pétrolière française, notamment en exploration production, est une des plus performantes du monde. Il s’agissait à l’époque, en diversifiant les sources, d’assurer une plus grande sécurité d’approvisionnement national, ce qui fut fait. Dans les années 70, à la suite du premier choc pétrolier (73), la France a créé symboliquement une Agence pour les économies d’énergie, devenue depuis ADEME. C’est à cette époque aussi que, dans le prolongement de la loi sur l’eau (1966), se sont installées les agences de bassin et s’est construit le Ministère de l’environnement. J’étais alors en train d’essayer de construire une politique d’innovation au Ministère de l’Industrie. Je peux témoigner que les techniques nécessaires pour maîtriser les émissions de CO2 étaient alors déjà connues. Les constructeurs automobiles européens connaissaient le principe des véhicules hybrides et envoyaient même des émissaires aux Etats Unis pour inventorier les différentes filières possibles (électrique, gaz comprimé, volant d’inertie). Ils construisaient des prototypes à carburant hydrogène. En ce qui concerne le transport aérien, l’ONERA étudiait les possibilités du dirigeable. Pour les bâtiments, l’isolation, les pompes à chaleur, les capteurs solaires étaient des technologies connues, ainsi que, bien évidemment les éoliennes.

Dès lors, la question qu’il faut se poser est : comment se fait-il que, dans les trente dernières années, l’industrie soit partie dans la direction opposée, alors que le club de Rome avait clairement donné l’alerte, dès 1972, dans son rapport "limits to growth" (dont la publication vient d’être actualisée ? C’est, entre autre, parce qu’on ne s’est pas donné les moyens opérationnels de faire évoluer les technologies, à la fois pour des raisons doctrinales (priorité à la loi du marché) et pour des raisons de basse tactique administrative (la concentration du pouvoir entre les mains des budgétaires). L’expérience l’a montré, la création d’un ministère, qu’il soit grand ou petit, ne change rien à l’affaire. Le problème est bien plutôt de faire échapper les ressources qui doivent servir au long terme aux impératifs du court terme. Or, il y a deux mécanismes à courte vue qui sont en cause : le marché d’une part, les arbitrages budgétaires de l’autre. Le seul domaine, dans les pays développés (et même sans doute dans les autres aussi) où des positions technologiques fortes ont été prises par la puissance publique, c’est celui de la défense. Or, lorsqu’il s’agit de rupture technologiques, les investissements sont massifs et les résultats incertains. C’est pourquoi la quasi totalité des développements de rupture se sont faits à partir des commandes publiques massives, en général militaires. Les avions de ligne sont presque tous des déclinaisons civiles d’appareils militaires, le microprocesseur était financé pour le guidage des engins, Internet vient du réseau ARPANET organisé par la défense américaine, une bonne partie des jeux vidéos dérive des simulateurs de vol pour lentraînement des pilotes.

Donc, si l’on veut (et si la survie de l’espèce humaine est en cause, il devient urgent de vouloir vraiment) que ça marche, il faut un acteur ayant un poids financier comparable à celui de la défense, qui soit dédié à la promotion de technologies réduisant les émissions de CO2. Une taxe certes, mais affectée à une agence, hors contrôle de la bureaucratie budgétaire. Prenons les données actuelles : 25 Milliards d’€ de TIPP ; quel est le budget de l’ADEME ? : 309 Millions en 2006, dont 232 d’interventions, soit moins de cent fois moins. Dans ce que vous payez à la pompe comme taxe, il n’y a que 1% qui sert aux économies d’énergie ! Si un constructeur automobile voit arriver un partenaire qui compte en millions d’euros, il va le traiter poliment et utiliser ses aides pour boucher quelques trous. Ça ne changera rien à sa stratégie. S’il compte en milliards d’€, alors il discutera sérieusement de ses projets...

On peut se demander si la formule d’agences nationales est la meilleure possible ou s’il ne vaudrait pas mieux avoir aussi une dimension européenne et des antennes régionales (comme a déjà l’ADEME). Ce sont là des questions du second ordre. L’important c’est de construire, non pas un ministère (vulnérable aux fluctuations politiciennes et administratives) mais un partenaire solide qui puisse disposer de ressources assez massives pendant un temps assez long pour infléchir effectivement la trajectoire des technologies actuellement polluantes en CO2.

Thierry Gaudin

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