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Quand l’intelligence vient aux réseaux électriques

par Christian Scherer

vendredi 1er juillet 2016, par Christian Scherer

En France, grâce notamment au nucléaire, l’énergie électrique est abondante, comme en témoigne le suivi permanent des échanges avec l’étranger par RTE. la demande augmente moins vite que prévu, tandis que les investissements de production, bien entretenus, ont une bonne disponibilité et des coûts de revient modérés.

A certains moments, en certains endroits, la production d’électricite excède les besoins, ce qui explique le paradoxe des prix négatifs, l’électricité excédentaire ayant le caractère d’un déchet qu’il faut payer pour éliminer.

Aujourd’’hui, les signaux envoyés aux consommateurs par les prix de l’électricité fournie , et aux producteurs par les tarifs de rachat des énergies renouvelables, relèvent davantage de préoccupations géopolitiques, voire de postures, que d’un souci d’optimisation économique.

L’émergence récente des autoproducteurs, qui sont aussi des autoconsommateurs soulève des questions nouvelles qui n’avaient pas été anticipées au niveau des réseaux de distribution, forcés de passer d’une logique traditionnelle de service public de distribution répondant à la demande à une logique de service interactif d’échange d’électricité entre une multitude de producteurs et de consommateurs, sous l’effet de la montée de l’autoconsommation et de l’autoproduction.

Les logiques d’effacement, la notion d’heures creuses sont aujourd’hui bousculées par
l’intermittence des énergies renouvelables (soleil et vent) et la multiplication des bornes de recharge pour véhicules électriques.

Comment revoir la gestion des réseaux électriques, avec une multiplication des sous-stations, qui doivent devenir "intelligentes". C’est le concept des "smart grids".
Une nouvelle intelligence est aujourd’hui possible grâce au numérique et au big data,
à condition de pouvoir collecter une énorme masse d’informations auprès des consommateurs et des autoproducteurs. C’est l’ambition du compteur "linky", dont le déploiement se heurte à la méfiance des consommateurs, qui y voient surtout un outil de surveillance de leur comportement, sans y voir d’avantage pour eux.

Comment revoir complètement le signal prix à envoyer aux consommateurs pour les inciter à participer à l’optimisation générale du fonctionnement des réseaux, de manière à assurer la continuité du service malgré des pointes de consommation difficilement prévisibles ?
On manque aujourd’hui d’outils conceptuels, on peut rêver d’un nouveau Marcel Boiteux.
Mais même en supposant qu’un tel personnage mythique apparaisse demain, sa tâche sera bien plus complexe qu’autrefois, car comment emporter l’adhésion d’une multitude d’acteurs qui ont des préoccupations si différentes ? Quel forum pourra-t-on faire fonctionner entre des parties prenantes qui ont des objectifs et des idéologies différentes souvent à court terme alors que l’optimisation des réseaux exigerait au contraire une vision à plus long terme. Comment prendre en compte la tendance actuelle à l’uberisation, aux transactions par blockchain, qui pourrait bientôt s’étendre à la production décentralisée d’énergie ?

Le chantier est immense, et la loi de transition énergétique (LTECV) pourra difficilement y répondre, en raison de la multiplicité des objectifs poursuivis, souvent contradictoires, souvent teintés d’idéologie.

Que penser par exemple du projet de centrale thermique à cycle combiné de Landivisiau, qui était cohérent dans la logique classique où il s’agissait de répondre coûte que coûte à des pics de consommation, alors qu’avec les nouvelles approches de réseau plus intelligent en interaction avec des utilisateurs devenus acteurs, cette centrale, si elle est construite, risque de ne presque jamais fonctionner et donc de ne jamais atteindre le seuil de rentabilité. Alors qu’avec les recherches actuelles sur le stockage d’énergie, dans une vision multi-énergie, des solutions complètement nouvelles pourraient bientôt apparaître, sous la pression entre autres de la multiplication des véhicules électriques.

On parlait autrefois de neutralité du réseau.
Demain, il sera une clé du pilotage de la transition énergétique

Christian Scherer

Voir aussi

= En direct : échanges commerciaux d’électricité entre la France et 6 pays voisins (rte)
- Gazpar : le compteur communicant (grdf)
- Smart grids ou réseaux intelligents (enedis)
- Le rôle des réseaux électriques dans la transition énergétique : Régulation et tarification (adapes)
- Grid solutions : une Joint-Ventuire entre GE et Alstom
- La centrale de Landivisiau


Voir en ligne : http://www.passages-adapes.fr/activ...