« Premières hybrides chinoises en 2006 » (Le Figaro)
Le marché automobile chinois fascine. Tous les grands constructeurs mondiaux sont déjàprésents en Chine ou cherchent àl’être (Renault). Tous ne rêvent que d’augmenter leur capacité, associés à un ou plusieurs partenaires locaux, qui eux-mêmes ont constitué des filiales communes avec un ou plusieurs étrangers. Ainsi, Dongfeng a construit différentes unités de production avec Peugeot/Citroën, Kia, Honda et Nissan tandis que Volkswagen s’est associé avec FAW (First Auto Works) et SAIC (Shanghai Automotive Industry Corp.). Dans cette soif de conquête, certains constructeurs occidentaux risquent cependant d’oublier deux choses. D’une part, les constructeurs locaux, dont certains comme Chery et Geely ont acquis une réelle stature industrielle moderne. Déjà présents sur le marché intérieur, ils ont annoncé leur intention de commencer à exporter leurs modèles aux Etats-Unis et en Europe dès 2007. D’autre part, le gouvernement chinois focalise la recherche sur les véhicules propres, et plus particulièrement électriques (hybrides, à pile à combustible ou sur batteries rechargeables). L’objectif du Most, le ministère chinois de la Science et de la Technologie, l’objectif est de faire en sorte que 50% des véhicules commercialisés en Chine en 2020 soient électriques au sens large. Pour ne pas dépendre du pétrole et lutter contre la pollution et les gaz à effet de serre. Et la production a déjà commencé, après une période probatoire avec les deux-roues électriques, dont le parc dépasse déjàles 10 millions d’engins. Pour mieux comprendre cette évolution extrêmement rapide de l’automobile en Chine, nous avons rencontréle professeur Wan Gang, président de l’université Tongji, véritable centre nerveux de la Cité de l’automobile, près de Shanghaï.
Propos recueillis à Shanghaï par Gérard Nicaud [23 mai 2005]
Le FIGARO.
Selon certains, le prochain Salon de Shanghaï (2007) sera plus grand que celui de Tokyo. Est-ce votre
sentiment ?
Professeur WAN GANG. -Du point de vue de la surface d’exposition, c’est très probable. Beaucoup de constructeurs étrangers viennent exposer à Shanghaïet nous avons sept grands constructeurs nationaux. Mais sur le plan technologique, nous sommes encore loin de Tokyo. En outre, ce Salon reflète le dynamisme de la région de Shanghaï et plus largement du delta du Yangtsé, appelé à devenir rapidement la première région automobile du pays. Une évolution facilitée par la création de la Cité Internationale de l’Automobile, à laquelle j’ai eu l’honneur de contribuer.
Parlez-nous de cette Cité.
L’université de Tongji a été chargée par la municipalité de Shanghaï de concevoir une cité automobile selon six grands principes : favoriser la recherche et le développement, faciliter la production de véhicules et de pièces détachées, améliorer la logistique, constituer une vitrine internationale et développer le commerce extérieur, créer une culture spécifique et des concours internationaux, former des talents. Toutes ces propositions n’étaient viables que si elles reposaient sur une universitéspécifique avec les enseignements adaptés à ces différents domaines.
La municipalité de Shanghaï a donc décidé de créer ce nouveau campus entièrement consacré à l’automobile. Ce dernier comprend un centre de conférence international, ainsi qu’un hall d’exposition pour permettre aux constructeurs automobiles de présenter leurs nouveaux modèles. Notre centre d’ingénierie est àla disposition des constructeurs.
Nous collaborons d’ailleurs de façon étroite avec trois entreprises étrangères, Volkswagen, General Motors et un constructeur local, Shanghaï Maple Automobile. Parallèlement, nous construisons, au sein de l’Université, la première soufflerie chinoise, pour tester l’aérodynamique et la réduction du bruit.
A part l’université, quels sont les autres pôles de la Cité ?
A cent mètres de l’université, il y a un centre international de contrôle de qualité. Il y a également le circuit de Formule 1 déjà célèbre et nous travaillons beaucoup à la conception d’un musée de l’automobile. Sans parler des usines de production de voitures et de pièces détachées.
Votre enseignement prend-t-il en compte le problème de la pollution liée aux transports ?
La mobilité durable et les véhicules propres sont une orientation-clé de l’université de Tondji. A ce titre, nous sommes responsables de deux projets de développement. Le premier concerne le véhicule propre et se traduit par le fait que 38 000 des 50 000 taxis que compte l’agglomération de Shanghaïet 5 000 bus fonctionnent au gaz naturel, les autres au GPL. Concernant le véhicule électrique, nous avons réalisé, il y a deux ans, la première voiture chinoise àpile àhydrogène, la « Start 1 ». L’année dernière, lors du Challenge Bibendum, qui s’est dérouléici, la seconde génération, « Start 2 », a obtenu d’excellents résultats. Et nous testons déjàtroisième génération, « Start 3 ». Et je viens de prendre rendez-vous avec le président de Shanghai Maple Automobiles pour discuter des possibilités d’industrialisation d’un tel véhicule. Nous travaillons également avec Volkswagen Shanghaï(un Touran àhydrogène est en cours d’expérimentation, NDLR). De notre côté, nous avons réalisé un mini-véhicule à pile àhydrogène, « Spring Light 3 », qui présente la particularitéd’avoir un moteur dans chaque roue et l’ensemble de ses fonctions (freinage, direction) est assurée « by wire », c’est-à-dire uniquement par liaisons électriques. Enfin, nous travaillons également sur l’hybridation et avons conçu un prototype relevant de cette technologie, « Step 1 ».
La première voiture hybride commercialisée en Chine, c’est pour quand ?
A la fin de cette année, seront lancés six autobus actuellement en démonstration à Shanghaï (et qui ont déjà 40 000 à 50 000 km au compteur). Dès le premier semestre 2006, quatre sociétés, Dongfeng, FAW, Chery et Changan, vont commercialiser des véhicules hybrides. Parallèlement, on est en discussion avec le gouvernement pour étudier la mise en place d’incitations fiscales pour l’achat de ce type de voitures. Un autre facteur peut jouer, la hausse du prix de l’essence. Il y a un an et demi, le litre de l’essence valait 2,6 remimbi, aujourd’hui il vaut 3,98 (1 remimbi ou yuan vaut environ 0,10 €). La hausse du prix de l’essence est vraiment une question cruciale. Aujourd’hui, à Shanghaï, 2,5 millions de personnes ont leur permis de conduire, dont 1,3 million depuis moins de trois ans. Que se passera-t-il le jour où la moitié des habitants de cette ville (20 millions habitants, NDLR) auront leur permis ?
* Le « Program’s Key Electric Vehicle Project » bénéficie d’un budget public-privé de 250 millions d’euros. 2 000 scientifiques et ingénieurs y participent directement.
Le Cawa d’AdmiNet