Louis Gallois : Pour une nouvelle ambition industrielle
Extraits de l’article paru dans le n°130 de la revue Commentaire
Deux ou trois choses que je sais de l’industrie
Sur l’industrie, j’ai quelques idées simples. Elles n’ont pas toujours été à la mode.
Première idée : il ne saurait y avoir d’économie prospère sans une industrie forte.
Deuxième idée : pas d’industrie sans usines. Je veux dire sans usines en Europe même.
Troisième idée : pas d’industrie forte sans des politiques publiques qui la soutiennent.
Quatrième idée : pas de firme multinationale qui n’ait des racines.
Cinquième idée : pas d’avenir possible pour l’industrie sans confiance dans le progrès scientifique et technique.
Ma conviction profonde est que ces idées sont aujourd’hui de nouveau audibles, ne l’ont pas été suffisamment durant le cycle économique des vingt dernières années, qi s’est refermé avec la faillite emblématique de la banque Lehmann Brother. Avec, pour conséquence, une dégradation de l’image de l’industrie et de son attractivité auprès de ceux-là mêmes qui en sont les fers de lance : les jeunes ingénieurs. Dans les années récentes, il est arrivé que les diplômés de Sup Apéro choisissant l’aéronautique se comptent à l’unité ! Plus d’un quart des polytechniciens font carrière dans la finance. Il est grand temps de redonner aux jeunes le goût de l’aventure technologique !
Les défis de la nouvelle carte industrielle mondiale
Dans le paysage industriel mondial, les gagnants sont les Etats-Unis, dans le domaine des hautes technologies, mais surtout les puissances émergentes. Ils bénéficient de l’effet protecteur et entraînant de politiques industrielles, commerciales et monétaires actives.
La puissance industrielle de la Chine symbolise à elle seule celle des grands pays émergents : la Corée, l’Inde et le Brésil dès aujourd’hui ; demain, le Mexique, le Vietnam ou la Russie. Ce que je veux dire, c’est que personne n’échappera à la pression concurrentielle des économies émergentes.
Des politiques publiques au service de la compétitivité de l’industrie.
L’industrie française et européenne n’est pas, loin s’en faut, dépourvue d’arguments dans la compétition mondiale. Elle doit, pour se battre, choisir son terrain.
La priorité de l’industrie doit être reconnue dans toutes les politiques publiques. Chacune d’entre elles doit être jugée explicitement à l’aune de sa contribution à la compétitivité de notre industrie.
C’est vrai en matière fiscale et sociale (taxe professionnelle, financement de la protection sociale, TVA sociale, durée du travail, etc.)
Mise en place de filières associant grandes entreprises, sous-traitants et fournisseurs, ou rassemblant des entreprises qui travaillent sur les mêmes produits ou les mêmes technologies.
La grande affaire est celle de la formation, de l’éducation et de la recherche. C’est une culture de l’innovation, de la science et de la récherche qu’il faut remettre à l’honneur dans notre pays.
C’est dans le cadre de ces politiques qu’il convient de réaffirmer la légitimité et la nécessité d’un Etat « amorceur ».
Affirmer une ambition industrielle européenne.
Cela suppose un infléchissement sur trois fronts : la monnaie ; la politique de la concurrence ; le libre-échange.
Mais ces mesures ne suffiront pas. Il faut prendre des initiatives directement favorables à l’industrie. Pour cela, je milite pour le lancement de grands projets à l’échelle européenne. Ces grands programmes et ces grands projets doivent faire partie intégrante de la stratégie UE 2020.
Pour une dynamique sociale
La reconquête industrielle nécessaire ne sera possible que si elle suscite l’adhésion du corps social. Il faut pour cela placer l’industrie dans le champ du débat public.
Il est essentiel que nos concitoyens se convainquent que la reconquête est possible, si les « forces vives » du pays, dans leur diversité, agissent de manières convergentes.
L’équilibre entre le travail et le capital, au sein de l’entreprise, est un enjeu majeur. En économie de marché, il n’y a pas d’entreprise dynamique sans personnel compétent et motivé, comme il n’y a pas d’entreprise sans actionnaires prêts à investir.
Le renouveau de notre industrie doit s’appuyer sur une dynamique sociale nouvelle. Si d’un côté ce renouveau demande des efforts particuliers aux salariés, il est naturel qu’en face de ces efforts, de nouveaux champs de négociation sociale s’ouvrent.
Il y a urgence
La politique industrielle est une priorité ; elle est possible et elle est urgente.
Louis Gallois
Lire l’article complet dans la revue Commentaires (payant)
Voir aussi
"On ne doit pas prendre la science économique trop au sérieux" (La Jaune et la Rouge)
Pour l’indispensable industrie, une métallurgie forte ! par Serge_Graffard et Jean_Louis_Montagut
Le Cawa d’AdmiNet