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Ouverture d’un centre psychiatrique : un simulacre de déradicalisation ?

dimanche 11 septembre 2016, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

Lu sur le Salon Beige : "Ouverture du premier asile psychiatrique sous l’égide du Premier ministre. À Beaumont-en-Véron (Indre-et-Loire), le château de Pontourny devient le premier centre de déradicalisation de France, (nommé) officiellement "Centre de réinsertion et de citoyenneté"…
"Ce projet expérimental est piloté par le "comité interministériel de prévention de la délinquance" et de la "radicalisation". 30 places ont été aménagées, une dizaine de jeunes adultes doivent s’y installer dans les prochains jours, âgés de 18 à 30 ans, et volontaires pour ce séjour de dix mois maximum.Ces "musulmans" sont "tentés par le jihad", mais ne sont pas partis en Syrie ou en Irak, ni fichés S, ni sous main de justice. Ils porteront l’uniforme, procéderont au lever du drapeau et suivront un programme de déradicalisation (?), encadrés par des éducateurs, psychologues, infirmiers et des surveillants. Les "pensionnaires" seront autorisés à sortir au cas par cas, le week-end, après plusieurs semaines d’évaluation… 
La déradicalisation et le désendoctrinement face aux contradictions de l’hôpital psychiatrique !
Cette visée pratique profondément réadaptative sur le plan social, qui fait la doctrine du "Centre de réinsertion psychiatrique et de citoyenneté", favorise une sorte de ré-interprétation morale du rétablissement par le désendoctrinement moral sous le couvert des aspects psychologiques ou médicalisés qui sont la réalité de l’hôpital psychiatrique. L’idéologie de la déradicalisation est le volontariat pour le désendoctrinement. (?)
L’organisation du "Centre de réinsertion et de citoyenneté" se calque sur la hiérarchisation militaire, autoritaire sinon psychologique et médicale, de l’hôpital psychiatrique. Pourtant, elle met en avant la fausse-permissivité trompeuse et aliénante de certaines institutions psychiatriques qui vise à "sauver les apparences démocratiques" et à conserver un "simulacre d’ordre social" militarisé avec "l’uniforme et le lever du drapeau".
Faire croire que les"pensionnaires" participeraient volontairement au fonctionnement démocratique de l’hôpital psychiatrique, c’est oublier le rôle déterminant des pressions du milieu et que les"pensionnaires" sont dans une "situation de dépendance organisée". La "contradiction fondamentale" du fonctionnement soi-disant démocratique de l’hôpital psychiatrique est insurmontable du fait que l’autorité psychiatrique échappe au contrôle des "pensionnaires" et de leur famille. C’est pourquoi l’institution psychiatrique marque toujours la limite des compétences des "pensionnaires" dans le "processus de déradicalisation", ce qui fait toute la différence avec le véritable engagement volontaire. En général, l’autorité officielle et officieuse du personnel est opposée à la compétence supposée des "pensionnaires" dans le "processus de déradicalisation".
On comprend pourquoi les abus d’autorité du personnel de l’hôpital psychiatrique ont pu susciter beaucoup d’opposition, de critiques et d’impopularité. Quand on croit obtenir une "vraie participation"des "pensionnaires" aux règles de l’hôpital psychiatrique, avec la participation soumise des "pensionnaires" aux activités imposées, le personnel a toutes les bonnes raisons qui vont l’amener à "faire jouer son autorité".
En clair, la "contradiction fondamentale de l’hôpital psychiatrique" en fait naturellement "un lieu social conflictuel".
C’est pourquoi personne ne veut reconnaître, ni se porter garant, des contradictions qui "imposent des limites sociales acceptables" à la participation des "pensionnaires" au "processus de déradicalisation".
La participation des "pensionnaires" au "processus de déradicalisation" » étant "reconnue illusoire", il reste à s’interroger sur les raisons qui peuvent les amener à participer au "processus d’aliénation" de l’autorité insidieuse du personnel, dans ce "contexte de contradiction fondamentale" de l’hôpital psychiatrique.
Le "discours faussement démocratique" du personnel fait miroiter l’illusion de pouvoir bénéficier de la réinsertion psychiatrique et de la citoyenneté retrouvée grâce au "processus de déradicalisation-soumission" !
Dès qu’il accepte cette soumission à la déradicalisation participative illusoire, le "pensionnaire" peut être "sauvé" par sa progression dans l’institution sociale. La fausse promotion sociothérapique de cette entreprise psychiatrique permet de "réadapter" les "pensionnaires" seulement aux "règles dévastatrices du fonctionnement de l’hôpital psychiatrique". En psychiatrie, on cherche toujours à réaliser, par le compromis, un équilibre plus ou moins instable, face aux contradictions des "groupes antagonistes soignants-éducateurs-"pensionnaires" et face aux abus et aux carences du personnel. C’est pourquoi, il est illusoire de vouloir estomper les différences de rôles, pour réunir les points de vue des participants des "groupes antagonistes soignants-éducateurs-"pensionnaires" dans la "réalisation d’un projet illusoire commun" de déradicalisation participative. En clair, l’autorité du personnel se fixe pour objectif "sa propre organisation", de façon à amener le groupe dominé à "intérioriser les règles sociales du groupe dominant", et seulement celles des soignants.
Ce sont précisément les règles sociales en vertu desquelles les jeunes islamistes radicalisés ont été "socialement exclus" et placés en hôpital psychiatrique. C’est pourquoi, le "pensionnaire" n’est jamais autorisé à assumer la culture familiale à laquelle il appartenait avant l’internement. Les règles de domination de l’hôpital sont ainsi imposées, dans l’institution "totale", par le personnel psychiatrique représentant l’autorité.
Vouloir imposer la déradicalisation par la séduction d’activités récréatives coûteuses, pour les jeunes islamistes radicalisés, a pour but de "saper l’autorité de la famille" qui ne pourra jamais faire face à de telles dépenses. En vue de réaliser une "thérapie soi-disant réadaptative", le Centre de psychiatrie veut imposer une idéologie psychiatrique ambiguë souhaitée par une structure psychiatrique institutionnelle instable.
L’hôpital psychiatrique impose une sorte de "déculturation des jeunes radicalisés", les séparant des valeurs éducatives de leur famille. Dépourvus de qualification professionnelle, certains personnels de l’hôpital psychiatrique servent d’interprètes à des jeunes radicalisés "contre les valeurs éducatives de leur famille". Ils communiquent aux jeunes "ce qu’ils pensent eux", leur faisant savoir ce qu’on attend d’eux dans une société de loisirs. L’interrogation majeure porte sur "l’avenir de ces jeunes qui ont peu de chances d’être qualifiés" par une "idéologie récréative", confirmant la règle d’inefficacité sociale et réadaptative de l’hôpital psychiatrique.
C’est pourquoi, de façon paradoxale, la confrontation avec la réalité, qui, de tous les thèmes, semble être celui qui est le plus nettement orienté vers la réadaptation, est aussi celui qui est "ouvertement refusé" par le "traitement récréatif des jeunes radicalisés" socialement exclus et placés en hôpital psychiatrique.
On doit redéfinir la signification de la psychiatrie, en l’identifiant à l’ensemble des fonctions sociales qu’elle assume réellement. La critique concerne "l’envers du décor de la psychiatrie", ce qu’elle cache et qui doit rester obscur dans le champ de son activité sociale répressive. Précisément, les responsabilités sociales de la psychiatrie, dans ses "usages sociaux", ne peuvent plus être pensées dans le seul cadre restreint de la soi-disant relation thérapeutique. La critique de la psychiatrie est la critique de la théorie "comparée à ses pratiques réelles", plus ou moins légitimes, en fonction de sa "dépendance vis-à-vis d’une idéologie".
Si on étudie les processus de diffusion de la psychiatrie dans le "social", on doit prendre au sérieux son inscription dans les rapports sociaux de pouvoir et son rôle de domination idéologique. La psychiatrisation abusive des rapports sociaux correspond à l’effet spécifique de la diffusion de l’idéologie psychiatrique comme "principe de méconnaissance", à tous les niveaux auxquels le discours de la psychiatrie exerce une efficacité sociale. Ce "principe de méconnaissance" n’est pas un simple "oubli". C’est un "processus actif d’invalidation et de déni" de la réalité des jeunes islamistes radicalisés. On doit s’interroger sur le rôle de contrôle social de la psychiatrie, sur les rapports qu’elle entretient avec les "pouvoirs socio-politiques", sur les caractéristiques culturelles des jeunes islamistes radicalisés, qui en font aujourd’hui une sorte de pratique de domination. Il s’agit de savoir si on veut vraiment prendre au sérieux les caractéristiques culturelles des jeunes islamistes radicalisés ou si on veut cacher cette réalité dans le problème global de "l’inscription sociale de la psychiatrie".

Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard


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