Marie était-elle vierge ?
Certes, comme toutes les jeunes filles, elle l’a été. Mais
la question posée concerne le temps pendant lequel elle était enceinte de
Jésus. Il nous faudra distinguer deux sujets :
celui de la virginité et celui de la conception divine.
Virginité ?
Une seule fois, dans tout le Nouveau Testament, Marie, la mère de Jésus est
qualifiée de vierge (Luc 1, 27). Mais il s’agit de son état avant que l’ange
Gabriel lui annonce qu’elle allait être enceinte. Cela est donc bien normal, et
ne présage pas de la suite. De toute façon, le mot grec employé “ parthenos
” signifie aussi bien la jeune fille que la vierge, parce que, dans ces
cultures anciennes, l’une est censée être l’autre.
L’évangile de Matthieu ne précise pas la virginité de Marie, mais dit seulement
qu’elle fut enceinte du fait de l’Esprit Saint. Gardons donc la pudeur du texte
qui reste au niveau spirituel. La citation d’Esaïe 7,14 qui suit (en Matthieu
1,23) : “ Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera
le nom d’Emmanuel ” mérite un commentaire. Car le mot original dans la
Bible hébraïque : “almâh”, n’est pas une vierge mais une jeune
femme en âge d’avoir des enfants, et n’en ayant pas encore eu. Cependant, le
grec n’a pas de mot pour traduire almâh . Parthénos
fut donc utilisé par les rabbins d’Alexandrie pour traduire la citation d’Esaïe
dans la Bible en grec dite de la Septante Cette traduction est devenue la
référence des premiers chrétiens et des Pères de l’Eglise qui comprenaient
mieux le grec que l’hébreu. En lisant parthénos , ils
comprenaient vraisemblablement “ vierge ”.
En résumé, les évangiles de Matthieu et de Luc n’évoquent la virginité de Marie
qu’avant la conception de Jésus, ce qui n’a rien d’extraordinaire. L’un et
l’autre développent cependant la visite de l’ange et son dialogue avec Joseph
ou Marie. Ce qui annonce une conception divine, se situant sur un autre
registre.
Aucune trace de cette virginité dans les autres évangiles de Marc et de Jean,
ni dans les épîtres. Par contre Marie est souvent citée dans les quatre
évangiles, sans jamais préciser qu’elle était vierge.
Conception divine
Chez les anciens, qu’ils soient Egyptiens, Grecs ou Juifs, un homme
extraordinaire doit avoir une naissance extraordinaire. Il en va ainsi, et
chacun dans son genre, d’Isaac, de Samuel, de Jean-Baptiste. Plus précisément,
et en ce qui concerne Jésus, la visite de l’ange, chez Matthieu et Luc,
s’apparente au genre littéraire de la “ conception divine ” que l’on retrouve à
propos de la naissance de certains Pharaons ou demi-dieux grecs. Selon ces
mythes anciens, la divinité choisit la femme qu’elle veut rencontrer, nomme
l’enfant à naître, précise sa mission et lui assure l’assistance nécessaire. La
façon dont la conception est réalisée n’intéresse pas ces récits. La question
de la virginité de la femme enceinte n’est donc pas posée, comme elle n’est pas
posée dans les évangiles. Toutefois, à la limite, dans ce genre littéraire, la
femme pourrait rester vierge, car la divinité a le pouvoir de procréer l’enfant
à naître par la puissance de son vouloir. Mais cela n’est pas précisé, car la
question est ailleurs. Elle est d’affirmer, dans le langage du temps, que, dès
l’origine, Jésus était bien le Fils de Dieu.
Henri PERSOZ
(article paru dans La Voix Protestante
de janvier 2006)
Le Cawa d’AdmiNet