(Source : NAF n°240 année 1977)
INTELLIGENCE
La rapidité de l’avance israélienne de nuit sur la rive occidentale du canal de Suez (jusqu’à 60 kilomètres du Caire) lors de la guerre du Kippour est longtemps restée un mystère complet pour les militaires arabes. Aujourd’hui, le rôle joué par les startrons est connu : cet appareil d’optique indétectable qui équipait tous les chars israéliens permet de multiplier par 60000 la lumière résiduelle nocturne, si faible soit elle. On comprend alors le désir des Arabes d’équiper leurs armées de ce précieux instrument. Mais étant classé matériel d’armement aux U.S.A., le startron ni était pas exportable vers les pays arabes du Proche Orient, engagés dans une guerre.
La Libye, intéressée par ce matériel, décida donc de passer par l’intermédiaire de la France.
Et c’est là qu’entre en scène M. Abbatucci, cadre de la Thomson C.S.F, importante entreprise française de matériel électronique civil et militaire. D’après la version reproduite par la grande presse, il met les Libyens en contact avec des trafiquants d’armes dont Georges Starkmann qui compte, entre autres collaborateurs d’anciens nazis, des marchands américains et des agents de la C.I.A.
Croyant Abbatucci couvert par la caution de la C.S.F.., la Libye passe un important contrat avec les trafiquants. En mars 1976. ceux ci envoient vers la Libye, via Madrid. 300 faux startrons qu’un agent corrompu de Kadhafi déclare conformes. Les trafiquants se partagent les 15 millions de dollars versés par le gouvernement libyen, rapatrient le matériel en France pour que Tripoli ne découvre pas l’arnaque et disparaissent aux quatre coins de d’Europe.
Simple affaire de trafic d’armes où quelques aventuriers audacieux ont doublé un gouvernement ? Non pas !
Car l’affaire des faux startrons vient juste après le scandale Lockheed. Car elle porte un tort considérable à da Thomson C.S.F., seconde entreprise française de matériel militaire après Dassault. Car enfin les trafiquants ne travaillent pas seuls et leurs liens avec la C.I.A. sont connus.
L’année 1976 a été marquée par le scandale Lockheed où l’on a vu l’une des plus importantes sociétés américaines d’aéronautique, corrompre fonctionnaires et politiciens de plus de vingt pays. Ce qui aboutit à déconsidérer globalement tous les fournisseurs américains de matériel d’armement. L’U.R.S.S. ne peut prendre la place ainsi libérée. Trop marquée idéologiquement, elle garde aussi une forte réputation de néocolonialisme pour avoir la confiance des gouvernements dos petites et moyennes puissances désireuses de s’équiper en matériel militaire.
Un marché d’armement énorme s’ouvrait alors à la France, troisième fabriquant mondial. Qu’en est il advenu ?
En juin 1976 éclate opportunément l’affaire des "pots de vin" Dassault où la firme française est accusée. six mois après la perte du "marché du siècle", d’avoir acheté des politiciens étrangers. L’affaire tourne court sur le plan juridique mais Dassault n’a plus reçu une seule commande étrangère depuis lors (2).
Restait la C.S.F.. Tout porte à croire que l’affaire des faux startrons a été dirigée depuis le début contre elle par les concurrents américains, par C.I.A. interposée. La C.S.F.. risque de perdre, outre le marché libyen (les commandes libyennes en France sont suspendues depuis mars 1976). tous les marchés en instance avec les pays étrangers ayant rompu avec les fermes américaines après le scandale Lockheed. Il y a 5000 emplois français en jeu, et bien plus...
Car le marché de l’armement est une carte maîtres le du jeu diplomatique français. Si elle est faussée, c’est toute la crédibilité de notre diplomatie qui est remise en cause.
Une diplomatie que souffre d’un manque de continuité et un chef de l’Etat sans projet politique et obnubilé par l’Europe sont incapables de défendre la France contre les ingérences étrangères.
L’affaire des faux startrons en est la preuve absolue.
Denys RENAULT
(1) Georges Starkman s’est défendu en présentant une version beaucoup plus anodine de l’affaire mais bien peu convaincante
(2) A l’exception d’une commande récente .. et fort inhabituelle eu Pentagone Remords ou manière de dorer la pilule ?
Voir aussi
Mr Georges STARKMAN et "NOIR CANON" par imagazine
ENTRETIEN EXCLUSIF AVEC GEORGES STARCKMANN... par AFRIQUEFLASHINFO
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