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Les réseaux électriques vont devenir intelligents

 : les "smart grids" ; le compteur Linky et quelques autres idées à la mode

vendredi 18 octobre 2013, par Christian Scherer

Jusqu’à une période récente, les installations de production d’électricité se sont développées en suivant l’évolution de la demande, sans que les réseaux de transports posent problème : "l’intendance suivra".

Grâce aux visions de Marcel Boiteux, aussi longtemps qu’un opérateur national compétent et intelligent maîtrisait l’ensemble du système, profitant à la fois d’une stimulation de la demande (le chauffage électrique) et d’un soutien politique au programme électronucléaire, notre pays a pu bénéficier des progrès associés à une électricité abondante, bon marché et d’une excellente qualité puisqu’on n’a pas déploré jusqu’ici de grandes pannes significatives.

D’excellentes règles de gestion des réseaux de transports et d’interconnexion (le "dispatching") ont été élaborées et ont parfaitement fonctionné, jusqu’à faire oublier à l’opinion publique la performance quotidienne que constitue l’adaptation de l’offre et de la demande d’une forme d’énergie qui, comme chacun sait, ne se stocke pas, ou presque.

Le développement d’interconnexions entre les pays d’Europe a permis de tirer avantage des décalages entre les pointes de consommations des uns et des autres, au point que la "plaque continentale européenne" est devenue aujourd’hui la plus importante du monde.

Aujourd’hui cette situation favorable est en passe de se modifier profondément, sous l’influence d’une série de facteurs, notamment la volonté affichée par plusieurs pays, dont l’Allemagne et la France, d’abandonner la production d’origine nucléaire et l’injection de plus en plus significative sur le réseau d’électricité naturellement intermittente (solaire, éolien, ...)

Les niveaux dérisoires (quelques euros par tonne) de droits d"émission CO2 ont condamné les turbines à gaz naturel, aujourd’hui mises sous cocon, et relancé les centrales à charbon ou à lignite, au risque d’aggraver la menace de dérèglement climatique.

L’apparition à certains moments de prix négatifs de l’électricité a envoyé un signal négatif à tous ceux qui auraient pu être tentés d’investir dans de grosses unités de production, et a ou inciter d’autres acteurs plus opportunistes à développer des comportements qui ne vont pas dans le sens de l’intérêt général, notamment dans le long terme.

Ces prix négatifs ont été rendus possibles par une excellente application des principes de libéralisation et de fluidisation du marché, mais les consommateurs n’en profitent guère, qui voient à la fois monter leur prix d’accès à la ressource et le risque d’interruptions inopinées de service.

On peut considérer qu’il n’existe plus aujourd’hui de perspective stable à long terme, que ce soit au niveau national ou international ; incertitudes sur le gaz de schistes, fermeture de Fessenheim, relance de l’EPR en Grande-Bretagne, etc..
Toutes décisions soumises à des aléas politiques à court terme, sans que des structures aussi pérennes que jadis la CECA n’assurent aujourd’hui une sécurité aux investissements à long terme qui seraient indispensables.

Plus grave encore, des politiques de subvention à telle ou telle forme d’énergie renouvelable, sans garantie de stabilité à long terme, suscitent des comportements opportunistes qui posent des problèmes nouveaux aux opérateurs de réseaux de distribution. Ceux-ci se voient obligés d’accueillir en tous points même reculés de leurs réseaux de distribution des quantités variables d’électricité. Les anciennes procédures de gestion sont inadaptés. Il faut "changer le logiciel", aller chercher via
des compteurs intelligents des informations fines permettant de mieux connaître en temps réel, et si possible d’anticiper, l’offre et la demande diffuses d’électricité.

En résumé, la transition énergétique qui s’annonce va placer en première ligne la problématique de la gestion des infrastructures de transport, condamnées à devenir plus intelligentes. Demain, les consommateurs devront s’habituer à une énergie redevenue chère, et ré-apprendre à en moduler l’usage dans l’espace et dans le temps.

Un veux slogan prétendait qu’en France "on n’a pas de pétrole, mais on a des idées". Au delà d’une simple économie d’énergie, c’est une "économie de l’énergie" qui est aujourd’hui à inventer.

CS

Voir aussi

- http://www.senat.fr/rap/r06-357-1/r06-357-19.html
- http://www.rte-france.com/fr/actualites-dossiers/a-la-une/accueil-des-energies-renouvelables-sur-le-reseau-rte-se-mobilise
- http://www.romandie.com/news/n/_La_France_a_son_tour_rattrapee_par_les_prix_negatifs_de_l_electricite_53190620131326.asp ?
- http://www.edsoforsmartgrids.eu/
- http://www.adeef.fr/
- http://www.cefeb.org/site/cefeb
- http://www.ceem-dauphine.org/agenda/en/061183cc8008f15f30e502fde1425995191eb3b5