Le commun de mortels n’a pu qu’être surpris fin 2008 par la déroute de banques puissantes et sûres d’elles-mêmes et éprouve maintenant la même surprise en les voyant annoncer aujourd’hui de brillants résultats ; premières à entrer dans la crise elles semblent être les premières à en sortir. Il se demande si cela est dû au talent des banquiers ou si c’est le signe d’un retour (qu’il a du mal à voir dans sa vie quotidienne) de la prospérité..
Ceci est en fait moins étonnant qu’il ne parait si l’on considère la part de l’activité de « marché » c’est à dire de la spéculation sur des valeurs « papiers », dans leurs résultats.
Cette activité a en effet plusieurs caractéristiques qui la différencient des marches de biens ou services réels.
c’est un jeu sans inertie et sans frottement car il n’y a pas de contrainte de production et grâce à l’informatique la circulation de l’information et la réalisation des opérations sont quasi instantanées et sans coût
c’est un jeu sans limite, les volumes traités peuvent croître indéfiniment avec un peu d’imagination pour inventer de nouveaux types d’échanges
Pas d’inertie, pas de frottement, pas de limite : tout mécanicien sait qu’aucun système n’est stable dans ces conditions ; il connaît des mouvements rapides et importants qui ne traduisent que l’instabilité et qui se terminent souvent par l’écroulement du système. Personne n’imagine conduire une voiture sans freins ni amortisseurs !
c’est aussi un jeu « pervers » car alors que la spéculation est théoriquement un jeu à somme nulle les mouvements successifs font apparaître un gonflement monétaire sans contrepartie réelle qui peut donner l’impression, quand l’optimisme règne, que tous les joueurs s’enrichissent.
Ce jeu s’est développé sans contrainte et même avec de fortes incitations par les revenus qu’il procurait :
un ingénieur pouvait gagner beaucoup plus en montant des modèles illustrant sa virtuosité mathématique qu’en faisant de la mécanique ou même de l’électronique
quant aux financiers ils pouvaient faire des fortunes avec les bonus si lesdits systèmes fonctionnaient et s’ils savaient les utiliser
La déroute est venue quand, à un stade où la distance n’était pas trop grande entre le papier et le bien réel auquel il se référait, il est apparu que l’écart des valeurs était trop grand pour que certains acteurs puissent « renvoyer » la balle ce qui a bloqué le jeu ; c’est le déclenchement de la crise par les subprimes ; la panique a fait alors tomber l’ensemble comme un château de cartes.
Une fois le ménage fait avec l’aide et l’argent des pouvoirs publics en isolant les mauvaises créances, il n’y avait aucune raison pour que la situation ne se retourne pas très vite pour ceux qui jouent mieux que les autres et même pour la plupart des acteurs grâce au développement des « valeurs » lié au développement des opérations.
Il n’y a donc ni miracle ni prouesse mais simplement un retour aux « jeux » habituels.
Mais tout ceci va t-il dans le sens de l’intérêt général ? C’est la question à laquelle les discussions internationales sur la régulation doivent répondre.
Jacques Maire
Le Cawa d’AdmiNet