Dieudonné : Je suis un homme de scène, je fais ça depuis 20 ans maintenant, des spectacles, et je me suis inspiré du monde dans lequel je vivais, évidement, l’humoriste rigole des malaises sociaux qu’il traverse, qu’il observe, et c’était normal à un moment donné d’essayer de comprendre un peu mieux, et en tant que citoyen, en tant que père de famille, de comprendre un peu plus précisement les enjeux et les règles du jeu. C’est donc pour ça que je me suis intéréssé à la politique, et que la politique me passionne aussi, puisque c’est un genre artistique étonnant.
Dieudonné : Pour moi il n’y a pas de parti extrême, dans une démocratie tous les points de vue sont extrêmes. Donc la maturité d’une société, et la démocratie justement, elle est là quand elle permet justement à tous ces extrêmes de s’exprimer, le pouvoir de s’exprimer sur une même tribune.
Dieudonné : Moi j’ai soutenu politiquement, je veux dire d’un point de vue militant, la candidature de José Bové, qui a réalisé à peine un peu plus de 1%, rien, et puis Ségolène Royal au second tour, donc c’est effectivement les deux candidats qui ont échoué. Mais on ne peut faire la paix qu’avec ses adversaires politiques, et sur le sujet et les questions du racisme et du communautarisme, pour moi le meilleur interlocuteur c’est Jean-Marie Le Pen, lui demander, lui poser des questions : Comment il voit la société de demain et quel projet il a pour ces populations françaises d’origine immigrée. // Et puis ensuite Ségolène Royal, parce que Sarkozy a un projet américain pour la France, et que je ne suis pas américain, et que je pense que les états-unis ont une vision du monde qui va nous pousser vers un affrontement, et je pense que la France, en plus, stratégiquement, est dans un endroit géographique où nous serons les premiers à payer lourdement cette folie ultralibérale insufflée par les états-unis et israël.
Dieudonné : Je n’ai jamais attaqué "les juifs", mais certains juifs, c’est vrai, qui voudraient faire croire au restant de l’humanité qu’ils sont dépositaires de la souffrance universelle. Et je trouve ça obcène, pornographique, médiocre. C’est un jeu malsain qui entraine en fait le monde dans une compétition victimaire, dans une hiérarchisation des souffrances, que l’on doit aujourd’hui dénoncer. C’est ce que je fais. Mais à aucun moment ça ne s’adresse "aux juifs", parce que pour moi de toute façon ça n’existe pas : juif, musulman, chrétien, ce sont des croyances temporaires dans l’histoire de l’humanité. Je dirais même que ce sont des croyances qui se rapprochent plus d’une maladie mentale. Je le pense sincèrement, moi j’ai grandi dans la religion chrétienne, et je pense que j’ai été malade. // Pourquoi tout d’un coup se fermer à l’intérieur d’un groupe ? Je trouve que c’est ridicule.
Dieudonné : Alors "les accomodements raisonnables", c’est le sujet d’un des sketchs que je jouerai ici à Montréal au théâtre à la fin du mois. // Parce que c’est vrai que ces frontières religieuses, géographiques, ethniques, moi elles m’amusent. Et entre le "kirpan" là, je sais pas quoi, la "cabane à sucre" là, les différentes... j’ai entendu tout un tas de sujets qui sont très intéréssants et amusants, à traiter aussi d’un point de vue humoristique. // J’ai été très admiratif de la révolution amenée ici, et elle est l’exemple pour beaucoup de pays du sud. Notamment on aurait pu s’inspirer de cette réappropriation des outils, de communication, mais aussi de l’éducation, de tous ces leviers qui font qu’une démocratie peut arriver à un moment donné à maturité. Et en même temps je découvre aujourd’hui une population qui s’est un peu endormie, qui s’est largement américanisée, comme le reste de la planête. // Finalement, à laisser un petit peu les utopies et les rêves de révolution aux générations qui aujourd’hui se sont battues pour tout cela, mais bon, ça fait partie de l’histoire aussi.
(interview Julie Blackburn, pour CANOE)
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