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Le Programme de rétablissement de la Communauté Thérapeutique

vendredi 26 février 2016, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

On peut se demander pourquoi parler aujourd’hui du Programme de la Communauté Thérapeutique. On sait que la domination idéologique de la civilisation industrielle de la chimie et du médicament porte en elle la propagande publicitaire pour le "tout-médicament" et en faveur des "drogues pour tous". C’est pourquoi certains peuvent penser que les principes de la Communauté Thérapeutique n’ont pas la moindre actualité.
Pourtant, la Communauté Thérapeutique traite du seul vrai sujet qui répond à l’atmosphère générale de déresponsabilisation des jeunes, face à l’irresponsabilité des parents, des éducateurs, et des institutions censées les aider. Il est vrai que les principes de la Communauté Thérapeutique s’opposent, sans vouloir créer une polémique permanente, à la plupart des courants socio-éducatifs et judiciaires, marqués par une incompréhension habituelle ou un laxisme irresponsable, sûrement beaucoup trop répandus de nos jours.
La plupart des personnes alcooliques ou toxico-dépendantes essaient sincèrement, mais en vain, de résoudre seules leurs problèmes toxico-émotionnels. Bien des gens croient que ces "personnes dépendantes" sont responsables de leur malheur. C’est ce qui en a conduit plus d’un à la conclusion que "personne ne peut les aider". En réalité, la plupart des problèmes de dépendance associent souffrance et culpabilité. L’aide de la psychologie ou de la psychiatrie avec des réponses "standard" sont le plus souvent des remèdes inefficaces.
Malgré cela, les gens attendent de la psychologie ou de la psychiatrie des "réponses toutes faites" qui sont inopérantes, car ces professionnels ont du mal à comprendre que la plupart des personnes alcooliques ou toxico-dépendantes ne sont pas réceptives aux "approches pseudo-psychanalytiques improbables".
La question du "développement personnel et social" a un rapport direct avec la solution des difficultés des personnes alcooliques ou toxico-dépendantes. La méconnaissance de ce problème moral a occasionné beaucoup de souffrances et empêché bien des personnes de vivre au maximum de leurs possibilités.
Les "quatre piliers du Programme social de rétablissement" s’adressent aux "quatre dimensions de la socialisation" qui influencent l’attitude, la conduite et le comportement des personnes alcooliques ou toxico-dépendantes. Il s’agit 1. de la relation (apprendre à se lier aux autres), 2. des limites, 3. de l’acceptation de l’expérience de la réalité (reconnaître la réalité du bien et du mal), 4. d’apprendre à se comporter de manière responsable (diriger sa vie en adulte). Accepter de "franchir ces étapes de la socialisation" dans le cadre de la Communauté Thérapeutique conduit sur le "chemin du rétablissement et de la réinsertion durables".
1. Savoir construire une relation : Tout être vivant ne peut exister qu’en relation avec l’environnement. Le principe d’unité homme-environnement est mis en évidence dès la naissance et tout au long des échanges de la vie. Que l’homme ait besoin d’être relié aux autres est une évidence, car rien ne croît dans l’univers sans qu’il y ait une source d’énergie et de nourriture. Ce processus de la croissance est visible dans les plantes.
Pour pousser, un arbre doit être "relié à la terre par ses racines". Faute de carbone, de soleil et d’eau, il ne pousserait pas. La relation est la base de l’essence de l’homme. Quand nous comprenons que la relation est constitutive de l’existence, elle devient une nécessité : "sans relation aux autres, nous ne sommes rien".
Si nous ne sommes pas capables de satisfaire ce besoin fondamental, si nous vivons sans relation saine et sans communication honnête avec les autres, nous ne sommes pas pleinement humains. La relation saine et honnête est l’activité la plus "spirituelle" dans laquelle nous pouvons nous engager. Il est impossible de progresser dans un état d’isolement émotionnel et spirituel, et impossible de répondre nous-mêmes à nos propres besoins. Une "relation saine et honnête" est nécessaire à la croissance. Si la relation ne trouve pas les éléments dont elle a besoin, elle ne grandit pas. Si la relation manque d’entretien, elle dépérit. Un être vivant ne survit que s’il est relié aux autres dans le "respect du principe de vérité et d’honnêteté".
2. Fixer des limites : Il n’y a pas de relation saine et honnête sans limites. Les clôtures déterminent où commence et où finit notre propriété et la responsabilité qui nous incombe à l’intérieur de ces limites. Les frontières du Moi sont des limites psychologiques qui définissent qui nous sommes. Un aspect des limites de notre personnalité est de savoir qui on est, et qui on n’est pas, ce qu’on choisit, et ce qu’on délaisse, ce qu’on accepte, et ce qu’on refuse. Poser des limites "implique de se connaître et de connaître ses limites".
Pour cela, il faut pouvoir être soi-même, indépendamment de ce que peuvent penser, faire ou dire les autres. Nous ne pouvons pas construire une relation si nous ne sommes pas séparés. (Exemple : le couple et la belle-mère intrusive !) Cette capacité à être séparé est à la base de notre identité personnelle. Si nous ne fixons pas nos limites, notre volonté est inexistante. La plupart des problèmes des personnes alcooliques ou toxico-dépendantes résultent du fait qu’elles n’ont pas fixé les limites où exercer la responsabilité de leur vie.
Des problèmes relationnels en résultent toujours. On est incapable de choisir ce qu’on veut faire sans suivre les idées et la volonté des autres. On ne sait pas dire "Non" : On répond "Oui" quand on pense "Non" !
3. Accepter la réalité du bien et du mal : Personne n’est parfait pour vivre avec d’autres êtres parfaits dans un monde parfait. Nous ne sommes pas parfaits, les autres non plus. Personne ne peut répondre à tous nos désirs et à toutes nos attentes. Malgré cela, nous construisons une vision de nous-mêmes et des autres irréelle face à des relations qui changent sans cesse. C’est pourquoi nous sommes souvent déçus et frustrés. Nous dénigrons, nous critiquons et nous condamnons ceux qui ne répondent pas à nos attentes. En réalité, nous refusons d’assumer la responsabilité des imperfections, aussi bien en nous que chez les autres.
4. Apprendre à nous comporter de manière honnête et responsable : Accepter la réalité des relations imparfaites, poser des limites, accepter la réalité du bien et du mal, et devenir adulte responsable, c’est la voie qui conduit au rétablissement durable, grâce au Programme d’entraide de la Communauté Thérapeutique.