Entretien publié dans la lettre "Habitat et Collectivités locales" (H&CL) de cette semaine (N° 014)
La parole à Jean-Pierre Gautry
Jean-Pierre est urbaniste, mais aussi président de la Société Française des Urbanistes http://www.urbanistes.com. Parmi ses oeuvres militantes, citons qu’il a été associé à l’aventure Bio-Coop et tout récemment qu’il a contribué avec ses réseaux à la mobilisation qui a conduit à la récente modification du tracé de la LGV PACA… A l’issue de la table ronde, organisée ce 30 juin 2009 à l’initiative du Président de la République, sur l’avenir du quartier de la Défense à l’heure du Grand Paris, j’ai demandé à Jean-Pierre qui y était invité, de nous faire part de ses réactions.
H&CL : Que représente pour les urbanistes, le projet du Grand Paris ?
Jean-Pierre Gautry : C’est pour les urbanistes, un sujet majeur. Les projets sur le Grand Paris ont toujours été, pour les urbanistes de France, et le demeurent encore à ce jour, un sujet majeur de réflexions et de propositions. Dès la naissance de la SFU en 1911, ce sujet était d’actualité. Des urbanistes de renom tel Henri Prost, l’un des fondateurs de la SFU, avançait en 1912, un plan d’extension et de transformation de Paris ; Un nouveau plan sera proposé par l’équipe d’urbanistes Prost/Dautry, par la suite, à l’échelle de l’Ile de France, pour quelques 35 communes autour de Paris. Il sera approuvé en 1939, par le Conseil général de la Seine. Depuis bien longtemps on trouve dans les réflexions sur le Grand Paris, de près ou de loin, une implication, d’une part des urbanistes de la SFU et d’autre part de la SFU elle-même, en tant qu’organisation professionnelle des urbanistes. Pour le Grand Paris 2008/2009, des urbanistes membres de la SFU, au sein des 10 équipes retenues ont, comme leurs aînés, apporté leur contribution. De même la SFU a co-organisé plusieurs groupes de travail professionnels et colloques, apportant des propositions concrètes, sur ce sujet, en particulier dans le domaine de la gouvernance.
H&CL : En quoi le quartier de la Défense est-il significatif du Grand Paris ?
J-P.G. : Sur proposition de la SFU, les journées mondiales de la SFU se sont tenues en 2006 sur la problématique : « Les quartiers d’affaires peuvent-ils être durable ? ». La réponse tient dans la « Déclaration de la Défense » proclamée en fin des JMU, en présence du Secrétaire d’Etat à l’Aménagement du Territoire : un quartier comme La Défense, par nécessité, a non seulement valeur d’exemple mais produit aussi des effets d’entraînement – par exemple en termes de développement durable- , notamment sur l’ensemble du Grand Paris. La Charte du développement durable des quartiers d’affaires, écrite en prolongement (voir sur le site Internet de la SFU) , et les décisions politiques qui en ont résulté, le démontrent. Le propos du Chef de l’Etat en souligne ce jour les cohérences.
H&CL : Quel est l’intérêt, selon vous, de la table ronde de ce 30 juin ?
J-P.G. : Cette table ronde a révélé un consensus sur les grands principes de cohésions territoriales que pouvaient entraîner une gouvernance partagée entre les principaux acteurs : Etat et Collectivités territoriales.
La crise économique ou plus exactement, les crises actuelles de la société humaine, peuvent être le déclic d’un sursaut nécessaire et salutaire. Ainsi ce qui était hier encore hypothétique, devient aujourd’hui possible ; Deux exemples :
L’accord annoncé entre l’Etat et la Région sur le processus d’approbation et sur le contenu du Schéma régional d’aménagement et développement durable de la région Ile de France ;
La méthodologie de concertation approuvée, pour retrouver tous les partenaires au sein d’un même dispositif pour l’émergence d’une future gouvernance de la métropolisation Parisienne.
H&CL : Que peut-on penser de la mise en place d’un Atelier permanent pour définir le projet du Grand Paris ?
J-P.G. : La prise en compte de la durée et de la mémoire des territoires, dans le travail professionnel des urbanistes et des équipes pour l’élaboration du projet du Grand Paris, est fondamentale. C’est ce que nous constatons, au sein du Conseil Européen des Urbanistes (CEU), à l’échelle de l’Europe. En ce sens, la confirmation de l’annonce d’un Atelier permanent pour le projet du Grand Paris est une bonne nouvelle. Il aura effectivement du sens, s’il inclue les instituts et agences d’urbanisme existants d’une part, les 10 équipes qui viennent d’apporter leurs travaux, dans une grande liberté d’expression d’autre part mais aussi les acteurs de la Société civile. Il s’agit là d’une méthode qui a fait ses preuves en d’autres lieux et d’autres temps, au service des femmes et des hommes des territoires concernés. Cette démarche répond ainsi à une attente de la SFU qui, comme elle l’a toujours fait, est prête à apporter sa pierre à l’édifice. Parce que le Grand Paris est l’une des expressions de la France, les réponses apportées quant à son devenir, résonnent aussi comme une contribution à l’évolution du Monde.
H&CL : Merci Jean-Pierre : un bel optimisme et pas un mot qui fâche ! Bref, un vrai discours de président !
Cordialement, Guy Lemée
Le Cawa d’AdmiNet