Je
récuse l’idée qu’il faudrait porter le voile pour être
une bonne musulmane. Je récuse l’idée qu’il permettrait
d’être plus libre et plus respectée - c’est un piège,
je dénonce l’instrumentalisation de ces femmes par les partis
politiques intégristes qui ont bien compris l’impact médiatique
d’une « voilée » à la télévision.
Ne nous y trompons pas, elles leur servent de caution. Elles ne représentent
pas l’islam.et les musulmans.
Le voile signifie beaucoup de choses, mais ce qu’il signifie le moins,
c’est un acte de foi spirituel. La première des raisons pour
lesquelles des jeunes femmes le portent aujourd’hui en France est politique,
et c’est la plus dangereuse. Ce voile ostentatoire cache des positions
idéologiques réactionnaires : contre l’émancipation
des femmes, contre la libération des individus, contre les autres
cultures.
La seconde est sans doute identitaire. Mais l’on sait bien que, quand
on commence à parler d’identité, on parle toujours de
ses pathologies. L’émergence du voile serait comme un pic de
cette maladie. L’expression de la difficulté qu’éprouve
la jeune génération à s’accepter comme Français
avec, dans l’inconscient, le poids des relations passées entre
la France et le pays de leurs parents.
Mais
arrêtons là avec les questions existentielles : nous sommes
face à un problème politique. C’est de la cohésion
de notre société qu’il s’agit. La frilosité collective
face à ce problème me fait l’effet d’un racisme à
l’envers ! Sur une question aussi grave que l’avortement, est-ce que
le gouvernement a fait semblant d’écouter les cathos intégristes
? Non, il a été ferme sur sa position. Pourquoi ne le
serait-il pas sur l’interdic-tion du voile à l’école,
afin de garantir aux filles l’égalité des chances devant
l’éducation ?
Alors vous, les hommes politiques, ne jouez pas avec le feu ! Veillez
au respect des lois françaises. Lutter contre le voile à
l’école ou sur la carte d’identité, ce n’est pas attaquer
la religion. Le défendre, en revanche, c’est remettre en question
l’égalité des hommes et des femmes. Un proverbe dit qu’en
cas de grand danger le chemin du milieu, mène droit à
la mort. Autrement dit, si on commence à négocier, nous
sommes fichus !
Propos recueillis par Marie Lemonnier
Le Cawa d’AdmiNet
