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LE CONFLIT RUSSO-UKRAINIEN : Un « tsunami » gazier

- par Jacques Maire

jeudi 26 février 2009, par Jacques MAIRE



Fevrier 2009

LE CONFLIT RUSSO-UKRAINIEN Un « tsunami »gazier

Lorsque j’ai observé les événements russo-ukrainiens je me suis dit que le monde gazier avait profondément changé Entre fournisseurs acheteurs et « transiteurs » les discussions étaient vives pour la mise au point des contrats ; elles l’étaient à chaque rendez vous contractuel mais il ne serait venu a l’idée de personne de toucher aux robinets. C’était une règle non écrite entre responsables qui avaient une grande confiance les uns dans les autres ; le gaz passait et les comptes se réglaient ensuite si les parties n’étaient pas d’accord sur les prix Les interruptions pour des raisons que les acteurs ont declarées haut et fort n’être que commerciales bouleversent le paysage ; cela relève du cauchemar pour les opérationnels mais du « régal »pour les intellectuels qui vont avoir des tas de questions à étudier sous un angle nouveau

Implicitement les aléas des flux gaziers ne pouvaient être que de nature technique et non venir de décisions unilatérales des acteurs ; désormais ce n’est plus le cas :

- L’acheteur ne pourra plus oublier ce nouvel aléa et devra en tenir compte dans ses analyses de risques, ses investissements et sa gestion

- Le vendeur ne sera pas dans une position confortable car il devra faire face à ce soupçon que ce soit avec les européens déjà échaudés ou de nouveaux acheteurs qui ont très certainement suivi de près les événements

- Le vendeur et l’acheteur devront aussi s’interroger sur la fiabilité du transiteur

car c’est un jeu que chacun d’eux peut jouer

Les choses se compliquent avec le nombre des acteurs.Sauf pour un argument théorique de discussion ,il est vain d’imaginer identifier les destinataires du gaz transporté dans un même tuyau et de penser que les gens se gèleront à coté d’un tuyau sur lequel ils peuvent tirer ; il faudrait des installations dédiées et étanches ; c’était un rêve de SoyouzGazExport quand il avait du mal à livrer par grands froids parce que le consommateur russe se servait au passage

C’est un cauchemar pour les responsables économiques du pays acheteur car l’ensemble de l’économie est atteinte par un manque d’approvisionnement.

C’est un cauchemar dans le paya vendeur compte tenu de la place du gaz dans les recettes d’exportations, même si le haut prix du pétrole a pu masquer provisoirement le phénomène

C’est un cauchemar –ou peut etre une aubaine -pour les diplomates qui se trouvent à gérer les interférences de l’énergie et de la politique international

Mais c’est aussi un « régal « pour ceux qui vont pouvoir montrer leur imagination et leurs talents pour s’adapter à ce monde nouveau.

Les premiers mobilisés seront les juristes pour le court et le moyen terme.

Vis a vis des acheteurs, Gazprom était en charge du transit en Ukraine ; il y a eu défaillance pour des raisons que les acheteurs n’ont pas à connaitre et il faut savoir qui va payer « les pots cassés »et quelle sera en particulier le sort des pénalités contractuelles ;un litige commercial avec un tiers peut-il être considéré comme un cas de force majeure Quelle est la portée de la Charte le l’énergie ? Comment s’applique-t’elle dans un pays signataire pour un gaz appartenant a un pays non signataire et destiné a un pays signataire ?

À moyen terme quels aménagements faudra-t’il apporter dans les contrats futurs ?

En particulier faudra-t-il essayer de modifier le point de livraison ? L’acheteur a-t-il intérêt à prendre en charge le gaz le plus tôt possible ? Dans le cas présent si le gaz avait été propriété des destinataires finaux les choses auraient elles été différentes et si oui dans quel sens ? Comment définir les cas de force majeure ? Un conflit entre deux acteurs peut-il être présenté à un troisième comme une force majeure

Les stratèges vont aussi être « à la fête « car beaucoup de questions vont leur être posées, toutes tournant autour de la vulnérabilité et de la sécurité d’approvisionnement, les évènements éclairant le problème d’un jour nouveau ;

Ils vont être amenés à ajouter dans leur réflexion la fiabilité de l’interlocuteur et en particulier le risque des interférences politiques La première question est celle de la politique européennes ; quelle solidarité veut-on établir ? Quels sont les moyens à mettre en œuvre , comment les gérer et comment en partager les charges, en particulier les investissements d’interconnexion et celles des stockages L’Europe doit aussi savoir qui parle ;les entreprises les etats, la Commission ?Il est vain aujourd’hui de viser une voix unique mais on peut essayer d’éviter que l’interlocuteur puisse jouer des divergences internes à l’union. Dans le passé les entreprises savaient jouer des « partitions coordonnées » proscrites aujourd’hui par les directives successives

La deuxième tient a ce que la meilleure sécurité est la diversification des sources mais en sachant bien que la Russie est incontournable Les républiques d’Asie centrales ont des réserves gazières importantes. est il possible d’y accéder sans passer par la Russie ? c’est le projet Nabucco qui présente cependant des incertitudes au moins aussi grandes que le transit via la seule Ukraine ,par exemple en cas de différend entre la Russie et la Turquie ;la seule chose de sure c’est que la Russie fera tous ses efforts pour s’y opposer . Gazprom affirmait autrefois que l’Europe était son marché et que le gaz de cette région devait venir en Russie ce qui est le cas jusqu’à présent. Les problèmes ne sont sans doute pas non plus que gaziers.

Ce projet pose en fait de problème de l’Iran qui pourrait apporter les quantités justifiant un tel projet mais tant la politique internationale qu’interieurs empêche de le regarder sérieusement aujourd’hui.

Les stratèges se reposeront la question de la comparaison GNL versus Gazoduc,Les arguments en faveur du GNL sortent renforcés du conflit Le GNL peut permettre d’atteindre des sources inaccessibles par tuyau.Les moyens ne sont pas liés complètement à des trafics déterminés

L’absence de pays de transit donne a la lumière des événements une prime au GNL le rêve d’un gazoduc traversant le Sahara est sans doute remis dans les tiroirs.

Toutefois,la capacité de production mondiale de GNL etant inférieure à la moitié des capacités de réception des terminaux méthaniers ,les vendeurs relativement peu nombreux comparés a l’émiettement des acheteurs, sont dans une position d’arbitrage permanent entre les grands marchés mondiaux leur permettant de valoriser au mieux leur produit.

Enfin il sera intéressant de suivre le jeu chinois qui se trouve aussi devant des projets faisant intervenir la Russie et des pays de l’ex- URSS

Les historiens pourront replacer ces événements dans la fresque historique de l’Europe Centrale prise entre la Russie et l’Occident.Ils pourront aussi relire la thèse d’étudiant de V.Poutine sur les matières premières et la politique internationale

Il n’y a pas de fournisseur (ou d’acheteur )parfait ,il faut trouver un équilibre entre des inconvénients différents.Nos grands mères ne mettaient pas tous leurs œufs dans le même panier mais n’en jetaient aucun….

Jacques Maire

Voir aussi

- « Les perspectives énergétiques de la Russie au XXIème siècle »
-  Jacques MAIRE, Président du Conseil Scientifique du Comité français de l’énergie, 4 novembre 2008 à Paris

Voir en ligne : http://www.leseuropeens.fr/energie/...


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