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La transition énergétique, vue par EDF

lundi 7 juillet 2014, par Christian Scherer

(Extraits de l’audition de Henri Proglio au Sénat le 24 juin 2014)

(...)

EDF, de par son importance dans notre histoire commune et dans notre économie,
doit anticiper les évolutions. Nous sommes responsables, dans la durée, de cet
outil de compétitivité dont la France a su se doter et qu’il nous revient de
faire fructifier. L’Europe de l’énergie n’existe pas et la compétition fait
rage entre États, entre opérateurs. Or la France dispose d’un atout majeur,
qu’elle peut préserver plutôt que de le disperser : la solidarité n’oblige pas
à partager notre avantage, nous sommes jalousés dans le domaine électrique,
à nous de nous montrer à la hauteur. Commençons donc par conforter la France
de l’énergie, c’est déterminant pour notre emploi et pour la compétitivité
de notre territoire.

Les énergies renouvelables doivent être sollicitées dès lors que leur localisation
est rationnelle. Les exemples abondent où les subventions ont facilité la construction
d’éoliennes sur des sites peu venteux, d’unités photovoltaïques dans des régions
particulièrement peu ensoleillées ; les subventions faussent la rationalité des choix,
il faut y prendre garde et rétablir le bon sens, jouer avec les facteurs géographiques
plutôt qu’essayer de répondre aux aléas politiques.

Les collectivités territoriales ont un rôle déterminant à jouer dans les économies
d’énergie, ce sont leurs responsables qui connaissent le mieux les patrimoines publics,
le parc de logements, les gisements d’économies possibles. Il faut donc rapprocher
la décision des territoires, en veillant à la cohérence des actions entre les différents
échelons.

Je crois, ensuite, à l’efficacité des systèmes intégrés, incluant l’amont et l’aval,
la production et les services énergétiques. La séparation de la production et du
transport de l’électricité, avec la création de Réseau de transport d’électricité (RTE),
me paraît une source d’inefficacité : nous avons dû, à EDF, recréer des compétences
liées au transport et, de son côté, RTE n’atteint pas la taille critique. Du reste,
la réglementation imposant un délai de cinq ans aux membres du conseil d’administration
de RTE pour pouvoir intégrer EDF, notre filiale aura bientôt du mal à recruter ses
dirigeants, une fois passée la génération des "historiques" qui sont aujourd’hui aux
commandes, parce que plus aucun grand électricien ne voudra se condamner à devoir
rester dans une filiale plutôt que d’inscrire sa carrière à l’échelle du groupe...
Mais, on le voit aussi avec le ferroviaire, les erreurs démontrées ont la vie dure,
elles sont parfois dupliquées, réitérées, choisies plutôt que des solutions de bon sens,
ce doit être l’un de nos talents collectifs...

Sur la recherche, il n’est pas inutile de rappeler que nos métiers ont un besoin
constant d’innovation, tous secteurs confondus, et que nous regardons loin, puisque
les équipements que nous programmons desservent notre avenir pour des décennies :
nous devons faire des arbitrages très concrets, qui engagent des milliards d’euros
d’investissements, parfois pour cinquante ou même cent ans.

Enfin, nous connaissons le coût de l’électricité nucléaire, mais pas du démantèlement
ni du stockage, pour lesquels nous provisionnons des sommes conséquentes.
Je n’ai pas parlé des tarifs mais des coûts, les premiers relevant d’un ensemble de
facteurs, en particulier politiques, qui dépassent largement l’action de l’entreprise.
Cependant, il est légitime que l’entreprise demande que les tarifs couvrent au moins
les coûts, ce qui ne nous empêche pas de continuer à faire des efforts pour gagner
en productivité.

(...)

EDF est favorable à l’optimisation énergétique, c’est même devenu l’un de nos métiers ;
il est vrai que nous partions de loin, vu que le principe de la spécialisation d’activité
nous interdisait, avant 2006, de développer des services énergétiques. Nous sommes désormais
en phase de consolidation, avec la plate-forme de services énergétiques regroupant Dalkia,
Veolia et EDF. Tous services et usages confondus, du logement à l’industrie, en passant par
les collectivités publiques, cette plate-forme au service de l’optimisation énergétique
est bien le complément direct de notre production électrique.

Autre sujet, la réglementation thermique. Il se trouve qu’elle a été révisée au moment même
où je me battais sur le front de la loi NOME et que sa rédaction a été confiée
principalement à GDF ; je ne peux que déplorer qu’elle soit devenue aussi "pro-gazière",
car ce n’est pas dans l’intérêt de notre compétitivité, nous n’avons aucun avantage
compétitif dans les énergies fossiles. J’invite chacun à examiner ce dossier de près
car cette réglementation n’est pas immuable : il est encore temps de faire mieux,
y compris par des mesures incitatives.

EDF est donc un acteur majeur pour les économies d’énergie, c’est notre métier comme
opérateur de système, nous investissons par exemple 6 milliards d’euros dans les compteurs
intelligents. Comme grand opérateur mondial de l’électronucléaire, nous nous sentons
également légitime pour avoir un rôle volontaire et responsable envers la filière du
nucléaire - qui emploie 250 000 personnes en France, ce qui en fait la troisième filière
après l’automobile et l’aéronautique.

Comme premier opérateur des énergies renouvelables en Europe, nous avons un certain recul,
de quoi résister aux sirènes de la mode qui, hélas, ont dicté des choix peu rationnels
dans ce domaine - je me souviens qu’en 2010 après la tempête Xynthia, les propriétaires
landais pouvaient obtenir un prix allant jusqu’à 600 euros le mégawattheure pour la
production d’électricité photovoltaïque sur leurs terrains : ils pouvaient quasiment
doubler la valeur de leur patrimoine chaque année, c’était parfaitement irrationnel.
Autre exemple : un responsable allemand me confiait que les énergies renouvelables,
suite à la programmation de la fermeture des centrales nucléaires, concentraient 1 200
milliards d’euros de subventions pour les vingt prochaines années, soit 20 % de plus
que le coût de la réunification allemande ! L’Allemagne est un contre-exemple en matière
énergétique, les Allemands le reconnaissent eux-mêmes, leurs deux opérateurs connaissent
les plus grandes difficultés... J’ai vendu notre filiale allemande pour 7 milliards d’euros,
elle ne vaut pratiquement plus rien...

(...)

Henri Proglio
http://www.senat.fr/compte-rendu-commissions/20140623/eco.html
http://videos.senat.fr/video/videos/2014/video23482.html


Voir en ligne : http://videos.senat.fr/video/videos...