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La psychiatrie publique ou la santé mentale ?

samedi 7 mai 2016, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

La psychiatrie est malade. Elle croit qu’elle a affaire avec la santé mentale, alors que son rôle est de décrire, de diagnostiquer et de traiter les maladies psychiatriques. Elle a usurpé le monopole de la gestion de "la folie", disait-on autrefois, et aujourd’hui des maladies mentales. Au diagnostic porté sur la maladie de la psychiatrie, la psychiatrie malade a répondu, comme on pouvait s’y attendre, en niant sa maladie.
Pour les tenants de la psychiatrie sociale, la digne fille de l’anti-psychiatrie, la psychiatrie a usurpé le monopole de l’interprétation des soi-disant maladies mentales, sous le couvert de l’administration de la santé mentale, au détriment du bien-être et de la souffrance psychique des soi-disant malades, et au détriment de la santé mentale elle-même. Par santé mentale, on entend un processus harmonieux d’adaptation réussie à la base du développement personnel qui permet de faire face aux difficultés de la vie, à la maladie et à la mort.
D’où vient la confusion entre la psychiatrie publique et le nom revendiqué de santé mentale ?
La réponse est simple. La mission de la psychiatrie publique n’est pas et n’a jamais été concernée par la santé mentale "individuelle" des personnes malades. La bonne santé mentale est enracinée dans la culture et la tradition des familles et des peuples. Mais si les personnes sont prises en charge par la psychiatrie, de la naissance à la mort, parfois avant la naissance, les personnes ainsi psychiatrisées perdent toute autonomie.
Elles ont perdu les traditions de santé protectrices, propres à l’art de vivre transmis par la famille, de génération en génération, pour régler au mieux les comportements dans la vie de tous les jours.
La santé mentale revendiquée par la psychiatrie publique est un objectif de santé publique qui a une "finalité politique". La santé mentale selon la santé publique vise à atteindre des résultats considérés comme "utiles à la communauté" ou au "contrôle social exigé par l’administration bureaucratique de l’État". La mission de santé publique peut donc être revendiquée pour justifier des attitudes autoritaires des "psychiatres de l’hôpital" qui se prétendent "tenus d’agir au nom de l’intérêt général", ce qui est présenté comme allant de soi. 
La "fonction de gardien" était celle des anciens asiles. Michel Foucault écrit dans son "Histoire de la folie à l’âge classique" : "Il est important, décisif peut-être, pour la place que doit occuper "la folie dans la culture moderne", que l’Homo medicus n’ait pas été convoqué dans le monde de l’internement comme arbitre, pour faire le partage entre le mal et la maladie, mais plutôt comme "gardien, pour protéger les autres" du danger confus qui transpirait à travers les murs de l’internement…"
La fonction de "gardien de la santé mentale" est celle du psychiatre dans sa position de dépositaire d’une mission de police sociale médicalisée, pour autoriser ou interdire certains comportements. Il n’est plus question de relation thérapeutique ni de prise en charge pour le bien du malade soigné. Les objectifs de santé publique se distinguent sans ambiguïté du rôle soignant par le fait que la santé publique ne donne jamais la priorité absolue au bien-être du malade. Pour le malade hospitalisé en psychiatrie, la santé publique ne donne pas la priorité à l’intérêt individuel de la personne soignée. C’est pourquoi la santé publique est dans son rôle de contrôle et de gardien de la santé mentale de la communauté quand elle agit contre la volonté du malade.

Dr Thierry-Ferjeux Michaud -Nérard