Accueil > Librairie > LA NUIT DE RAKOVSKI ou La ténébreuse Alliance

AVANT-PROPOS

D’un point de vue strictement théâtral, il faut imaginer trois personnages que le destin réunit, le temps d’une nuit d’hiver et d’interrogatoire (très exactement celle du 25 au 26 janvier 1938), dans le décor tour à tour violent et feutré de la Loubianka stalinienne (car l’interrogatoire prélude à l’un de ces fameux « procès de Moscou » dont bien peu d’accusés eurent la vie sauve) : un compagnon de Trotsky, un officier du N.K.V.D. et un médecin. Mais au cours de cette nuit d’exception, le questionné prend l’ascendant sur le questionneur et des fulgurations rouges annoncent, dans le ciel de Moscou, la guerre prochaine...

Chef trotskyste et ancien diplomate, Christian Rakovsky rejette la tentation de l’autocritique et présente d’abord au maître de l’U.R.S.S. l’ultimatum d’une puissance supérieure, celle des bailleurs de fonds du communisme et du nazisme, que l’on peut résumer comme suit : « Le communisme dans un seul pays, cela suffit ! Cessez de persécuter les trotskystes qui ont été le fer de lance de la révolution de 1917 ! D’autres massacres vous attendent : la Pologne catholique est à vos portes ; l’Allemagne, où Hitler a été installé au pouvoir pour désintégrer la vieille Europe, a rempli sa mission et doit être libérée par le communisme. Regagnez le concert de la Révolution mondiale ou nous ne répondons plus de votre régime ! » Et Gabriel Kusmine, l’homme du N.K.V.D., qui est a priori fondé à se croire le plus fort, pour lequel Staline incarne la Révolution triomphante, est peu à peu pris au piège de l’intelligence et de la surenchère : Rakovsky l’annexe subtilement en bouleversant ses repères idéologiques et en faisant assaut de machiavélisme. Quant au troisième homme, Joseph Landowski, un médecin russe d’origine polonaise que la nécessité de survivre a contraint de travailler pour la police secrète, après qu’un premier mouvement de compassion l’eut porté à secourir Rakovsky torturé sous ses yeux, il réalise que le salon de la Loubianka ne sert pas seulement de théâtre à une joute d’intellectuels, mais que s’y joue le sort de la Pologne et du monde : l’ex-« ambassadeur de la Révolution », comme l’avait surnommé Trotsky, ne vend-il pas à Staline le pacte germano-soviétique ?

Voilà pour le théâtre. Mais qu’en est-il de la réalité ?

Parce que l’authenticité du procès-verbal de l’interrogatoire de Rakovsky a été âprement discutée, la tentation sera forte de classer cette œuvre parmi les produits de l’imagination, ce qui, après tout, n’a rien d’infamant pour une pièce de théâtre ! Il reste que la lumière qu’elle projette sur les forces causales de la deuxième guerre mondiale et, à bien y réfléchir, de toute l’histoire des XIXe et XXe s. apparaît à la fois chargée d’un fort coefficient de crédibilité - le lecteur trouvera, au fil d’une quarantaine de notes historiques, nombre de recoupements inattendus - et d’une singulière portée.

Et comme il est fascinant de lire notre histoire présente à cette étrange et terrible lumière ! Comme tout s’éclaire dès qu’on rapporte les vicissitudes des peuples au dessein d’accaparement mondial des « mammoniaques », de ce Kapintern magistralement décrit par Rokovsky, soigneusement distingué du capitalisme productif et dans la main duquel s’agitent, comme autant de marionnettes dérisoires, politiciens médiocres et idoles totalitaires !

Reconstituons les principales étapes de cette marche forcée vers le gouvernement mondial rêvé par Paul Warburg en 1950.

Après que le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 eut joué son rôle de détonateur, nous avons vu surgir, sur les ruines du nazisme, l’Europe communiste au-delà du Rideau de Fer et, 4 ans plus tard, la Chine Rouge. D’entrée de jeu, Staline avait augmenté sa marge de manœuvre en faisant éliminer le joker de la Révolution mondiale, Trotsky, au Mexique, le 20 août 1940 ; il ne laissait ainsi d’autre choix au Kapintern que de s’entendre avec lui : ce fut Téhéran, puis Yalta.

Depuis, la haute finance internationale, à mesure que ses encours spéculatifs s’accroissaient démesurément, avec les effets dévastateurs qui devaient en découler, a participé activement à la destruction/reconstruction du monde : dans les années 60, à la décolonisation, qui profita d’abord au camp communiste et aux grandes compagnies, avant d’entraîner l’exode de millions d’Africains poussés par la misère ; simultanément, à la « construction » matérialiste de l’Europe, qui ne parvient qu’à cumuler les inconvénients du libre-échangisme le plus sauvage et du socialisme le plus tatillon ; dans les années 70, à la libéralisation des mœurs, qui accéléra l’effondrement démographique de l’Europe, lequel sert justement de prétexte à y canaliser les flux migratoires évoqués plus haut ; dans les années 90, au lâchage de l’U.R.S.S., qui alourdit encore les charges de l’Europe en l’amenant à intégrer les anciens pays du glacis, tandis qu’un secteur agressivement capitaliste était greffé sur le communisme chinois de l’après-Mao.

Et qui pourrait affirmer aujourd’hui que le Kapintern est totalement étranger à l’émergence d’un Islam radical et d’un altermondialisme trotskyste, aussi utiles l’un que l’autre pour alimenter de redoutables conflits ?

L’aspect parfois contradictoire de tels « investissements » ne doit pas faire perdre de vue le résultat obtenu : le démantèlement de l’Europe chrétienne, étape nécessaire, si l’on en croit Rakovsky, de la reconstruction collectiviste.

Sans doute la conquête du monde aiguise-t-elle de formidables appétits, et l’on ne voit pas aujourd’hui la Chine ou l’Islam se fondre sans combat dans le « melting pot » mondialiste. Mais il suffirait qu’un compromis soit signé entre eux et les grands synarques, sur le dos de la chrétienté démembrée, pour que le gouvernement mondial devienne une réalité.

Peut-être qu’un dernier conflit, aux modalités et à l’issue imprévisibles, opposerait alors le Léviathan moderne - Mammon et Moloch coalisés - à une Eglise catholique dépouillée de tout, sauf de son autorité spirituelle.

C’est tout cela que, sans nul doute, La Nuit de Rakovsky contient en germe. Puissent les scènes du monde encore libre faire toute sa place à ce nouveau spectacle. Il en va, pour une part, du salut de notre pauvre humanité !

LISTE DES PERSONNAGES

Christian RAKOVSKY, accusé trotskyste au dernier procès de Moscou, 64 ans .

Gabriel KUSMINE, haut responsable du N.K.V.D. (police secrète stalinienne).

Joseph LANDOWSKI, médecin attaché au N.K.V.D.

UNE VOIX CELESTE.

LA VOIX D’ANDREI VYCHINSKY, procureur d’U.R.S.S.

POLICIERS, BRANCARDIERS ET TORTURES DE LA LOUBIANKA.

L’AMBASSADEUR DES ETATS-UNIS (DAVIS) A MOSCOU ET DES JOURNALISTES ANGLO-SAXONS.

(L’action se déroule les 25, 26 janvier et 11 mars 1938, à la Loubianka, puis au Tribunal Suprême de Moscou)

Voir aussi

- Le théâtre d’Alain Didier
- La Symphonie Rouge – Première partie : les Rothschild mènent la « Symphonie Rouge