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La Misère de la Pédopsychiatrie : le principe de précaution

mardi 18 août 2015, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

Le soi-disant "principe de précaution en Pédopsychiatrie", c’est la Psychiatrie de la mystification ! Un exemple est tiré du livre de Roger Misès : "Cinq études de psychopathologie de l’enfant", © Édouard Privat, Toulouse. Une réflexion critique s’impose à propos de sa description des "troubles réactionnels de l’enfant" et donc du "principe de précaution en Pédopsychiatrie". Si Roger Misès a influencé la "formation continuée" des pédopsychiatres d’exercice public en France, on doit appliquer, à sa vision, les principes de l’analyse critique.

L’analyse du chapitre intitulé "Les états réactionnels de l’enfance" met en évidence les nombreux cas de "violation des règles logiques" de la "méthodologie clinique". Ainsi, pour la recherche en psychiatrie et la "formation continuée" des pédopsychiatres, de telles publications sont des problèmes, et non des solutions.

Dans la plupart des articles publiés dans les revues psychiatriques, les auteurs, en quête d’un statut soi-disant "scientifique", n’accordent pas d’importance à ce qu’ils écrivent. Quand le résultat est reconnu pour ce qu’il est, du "vide psychiatrique", on interprète ce néant comme un manque de rigueur "scientifique".

Le psychiatre Leo Kanner a souligné l’absolue nécessité d’avoir une "attitude critique… à l’égard des théories confuses ou qui sèment la confusion". La critique de ces publications est indispensable au progrès de la connaissance psychiatrique. Les observations cliniques ne valent rien, si l’analyse théorique est mauvaise.

Le texte de Roger Misès recouvre bien des problèmes rencontrés dans l’analyse des publications pédopsychiatriques, dans l’étude des "comportements inadéquats de l’enfant et de l’adolescent".

En voulant décrire les "états réactionnels" du jeune âge, selon le principe de précaution, Misès justifie une prétendue "approche dynamique", pour traiter un "état", c’est-à-dire un phénomène "statique".

L’étude de l’auteur porte, en dehors de toute logique, sur une sorte "d’état (statique) en mouvement", selon les critères d’une prétendue "approche dynamique", laquelle n’est pas décrite dans le texte. Misès écrit : "Si la psychiatrie infantile accepte la notion de "réaction", c’est pour (suggérer) des manifestations… (qui) par leur "bénignité" s’opposent aux troubles "sévères" d’origine constitutionnelle". Pourquoi évoquer sans preuve une soi-disant origine constitutionnelle ? Misès expose, sans aucun argument logique, sa théorie personnelle.

L’auteur réunit "sous le nom de "troubles réactionnels de l’enfant" des modes de réponses actuels qui ne permettent pas (de prédire) l’avenir de façon "péjorative", quelle que soit la symptomatologie superficielle".

Les "troubles réactionnels de l’enfant" seraient des "perturbations originales" qui "occupent une place "intermédiaire" entre les manifestations normales et les troubles qui comportent déjà une "cristallisation" des dysharmonies évolutives". Ainsi, les "troubles réactionnels de l’enfant" se situeraient "entre des manifestations normales… et des troubles liés à des "dysharmonies évolutives", concept réinventé par l’auteur, qui avoue pourtant que la place des "troubles réactionnels de l’enfant" "est difficile à situer avec précision"… Ceux, "qui s’appuient sur des "critères dynamiques", ont tendance à placer "l’état réactionnel" du côté des phénomènes "normaux", alors que d’autres l’incluent dans les "pré-névroses". À en croire Roger Misès, il s’agirait donc de "pré-troubles psychopathologiques", et donc de "pré-troubles normaux", dont personne ne sait rien.

Selon Misès : "Ces "troubles" ne renvoient pas à une pathologie préexistante de la personnalité." Donc l’enfant ne souffre d’aucune pathologie mentale. Malgré cela, les "troubles réactionnels de l’enfant" sont une "réaction" bénigne et une "réaction saine" en matière d’adaptation. "Les "troubles réactionnels" réagissent favorablement à des mesures simples", car l’enfant ne présente que des "non-troubles psychiatriques bénins".

Pourtant, face "à l’émergence" d’un facteur ( ?) dont on ne sait rien, et qui deviendrait curieusement "pathogène", une "réaction pathologique" ne saurait être exclue ! En conséquence, il s’agit de "justifier" une sorte "d’intervention pédopsychiatrique précoce". La famille doit se demander, logiquement, si elle ne doit pas éviter les dangers de ces "mesures psychiatriques de précaution", dont les effets indésirables, ou iatrogènes, peuvent être non négligeables. Selon Misès : "La symptomatologie des états réactionnels est polymorphe : on y décrit les mensonges, les vols, l’énurésie, les troubles alimentaires, l’instabilité, les manifestations d’anxiété, les comportements agressifs, les réactions de jalousie, les conduites d’échec scolaire."

Le pédopsychiatre doit juger "le mensonge, le vol, la jalousie, l’agressivité ou l’échec scolaire" comme des "symptômes psychiatriques" et non comme des comportements "normaux". La faiblesse du raisonnement repose sur "l’ignorance" supposée du contexte, qui concerne "un comportement donné" et qui est totalement "inconnu" dans ses conséquences. D’où sa théorie : "Une… réponse est fournie par… l’existence de "dysharmonies préexistantes" (quand la définition est que : "Ces "troubles" ne renvoient pas à une pathologie préexistante de la personnalité"), discrètes, latentes, passées inaperçues (donc inconnues), à une (soi-disant) fragilité (propre) à soutenir l’émergence d’une instabilité réactionnelle assez fréquente (donc banale)".

Comment délimiter "des manifestations normales" vis-à-vis des "troubles pathologiques" ? "Quelle est l’évolutivité de ces troubles réactionnels (bénins qui) réagissent "favorablement" à des "mesures simples" ?… (Même) si une intervention précoce mène rapidement à la (résolution du trouble), il faut se demander si des "traces" demeurent…" (des "séquelles" plus ou moins invalidantes de troubles réactionnels réputés bénins !)

L’état "réactionnel" laisserait donc des "traces plus ou moins marquées", qui justifieraient la poursuite "indéfinie" de ces "mesures simples" et légitimeraient cette fumeuse "intervention psychiatrique précoce".

Roger Misès propose aux pédopsychiatres de cacher leur ignorance derrière une théorie du "risque".

Le principe de "précaution" est le seul "fondement moral" de l’ignorance, qui doit justifier l’intervention persistante, même inefficace, des équipes de pédopsychiatrie dans la vie des familles ou dans les écoles.

La justification serait que : "L’enfant le plus normal présente de tels décalages (normaux). Pourtant) des "failles" discrètes (dont personne ne sait rien) vont se manifester qui, autrement, seraient passées inaperçues et auraient été (résolues) par l’évolution spontanée… (On) ne doit pas négliger l’examen où l’on découvre (pourquoi, comment) des traits d’immaturation affective, des retards ou des défauts d’intégration…

"Il faut savoir interpréter ces données (pourquoi, comment ?) concernant le cadre "constitutif" d’un "terrain fragile", "éventuellement" légèrement dysharmonique, sans les assimiler aux manifestations d’une névrose". Le cadre "constitutif" d’un "terrain fragile", c’est la "théorie constitutionnelle" de la maladie mentale.

Et l’auteur d’imaginer que le fonctionnement "normal" de "l’enfant normal" serait affecté, malgré tout, et paradoxalement, par l’existence supposée d’un terrain fragile, une anomalie en forme de prédisposition à la maladie psychiatrique dont personne ne sait rien. Misès propose ses prophéties, sur la base d’hypothèses non démontrées de ces "prédispositions inconnues", c’est-à-dire "indécelables", sinon par Roger Misès…

Malgré de telles prédictions sans fondement, le pédopsychiatre veut se montrer rassurant : "Tous ces éléments ne doivent pas être considérés comme péjoratifs, lorsqu’on les découvre dans le cadre d’un examen psychiatrique… Il est tentant, devant ce contraste, de considérer que le conflit, ainsi "dramatisé", a une valeur authentiquement "salvatrice", il traduit la "capacité de l’enfant" à affronter la situation…"

Les parents, inquiétés par "l’ignorance" des pédopsychiatres, doivent comprendre que l’enfant le plus "normal" du monde serait, en réalité, un "malade qui s’ignore". Le "Docteur Knock", de Jules Romains, n’aurait pas dit mieux ! Roger Misès peut ensuite conclure sur les "incertitudes certaines" de sa démarche clinique :

"Naturellement, l’appréciation des critères de maturité affective est difficile à fixer… Il faut se référer à la notion de "régression normale"… se rappeler qu’un enfant, au cours de son évolution, est loin d’avoir complètement intégré les "dysharmonies discrètes" des phases initiales "normales" du développement.

Avec Roger Misès, la confusion entre "normal" et "pathologique" est bien réelle ! C’est pourquoi "le cadre (théorique) constitutif d’un "terrain fragile" (dont personne ne sait rien), "éventuellement" (c’est-à-dire en toute hypothèse) "légèrement" (c’est-à-dire si "discret" qu’il peut passer inaperçu ou être "inexistant") évoque une mystification de la pédopsychiatrie ! Cette notion de "dysharmonies discrètes" s’inscrirait dans une sorte de "lieu commun", à savoir que l’hypothèse de Roger Misès correspondrait à des "manifestations normales", qui se produiraient au cours des étapes du "développement normal", de l’enfant "normal".

Roger Misès nous rappelle les facéties du Médecin malgré lui du grand Molière :

Sganarelle : Nous autres grands médecins, nous connoissons d’abord les choses.

"Un ignorant auroit été embarrassé, et vous eût été dire : "C’est ceci, c’est cela". Mais moi, je touche au but du premier coup, et je vous apprends que votre fille est muette.

Géronte : Oui, mais je voudrois bien que vous me pussiez dire d’où cela vient.

Sganarelle : Il n’est rien plus aisé. Cela vient de ce qu’elle a perdu la parole.

Géronte : Fort bien ! Mais la cause, s’il vous plaît, qui fait qu’elle a perdu la parole ?

Sganarelle : Tous nos meilleurs auteurs vous diront que c’est l’empêchement de l’action de sa langue.

À propos de l’hypothèse de Roger Misès et de ses "dysharmonies discrètes", on peut conclure sans peine : Ignorantus, ignoranta, ignorantum ! Voilà pourquoi votre enfant est soi-disant "normalement" malade.

Et comme chez Molière, assurément : Voilà pourquoi votre fille est muette !


Dr Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard