Accueil > L’avenir de nos enfants > La France, terre d’innovation ?

La France, terre d’innovation ?

mercredi 19 février 2014, par Christian Scherer

On n’arrête pas le progrès, dit un vieil adage.

C’est pourtant un effet inattendu du principe de précaution que de décourager de nombreux efforts d’innovation. Ce fut le cas dans le passé pour les réacteurs surgénérateurs, plus récemment pour le cœur artificiel, c’est le cas aujourd’hui pour l’exploitation du gaz de schiste, et plus généralement pour beaucoup d’innovations dans le domaine du traitement des maladies, dont l’autorisation de mise sur le marche (AMM) est souvent à la remorque des avancées intervenues dans d’autres pays.

Dans l’attitude de la population vis-à-vis de l’innovation, on peut distinguer grossièrement trois catégories. Ainsi depuis la nuit des temps dans le cas des pratiques agricoles, une minorité d’agriculteurs curieux et entreprenants, toujours les mêmes, se lance dans l’expérimentation de nouvelles cultures, tandis qu’une autre minorité la réprouve, et parfois même s’y oppose violemment estimant qu’il vaut mieux s’en tenir aux pratiques ancestrales qui ont fait leurs preuves. Entre les deux, une majorité passive se borne à observer et à attendre le résultat, estiment qu’il sera toujours temps, si l’expérimentation s’avère réussie, de lui emboiter le pas.

Le principe de précaution doit beaucoup à la deuxième minorité.Il est remarquable que deux pays seulement soient allés jusqu’à l’introduire dans leur constitution, la France et... l’Equateur. Et on n’en prévoit pas de troisième pour l’instant.

On se souvient aussi que la France fut l’un des premiers pays au monde à créer un ministère de l’environnement et ceci a sans doute un rapport avec cela.

Pourtant, et c’est un paradoxe, la France est aussi un pays d’inventeurs. Jacquard, Niepce et Daguerre, Meliès, les frères Montgolfier, Palissy, Eiffel, Ader, Bienvenüe, Renault et Citroën et tant d’autres auraient bien eu de la peine à faire prospérer leurs invention si on leur avait opposé le principe de précaution, et on imagine que les mêmes inventions seraient alors apparues dans d’autres pays qui en auraient récupéré à la fois la gloire et les retombées industrielles.

C’est pourquoi Anne Lauvergeon, à la tête de la La Commission Innovation 2030 propose de compléter le principe de précaution par un autre principe destiné à le contre-balancer, le principe d’innovation et suggère d’explorer sept pistes d’innovation pour la France de 2030 :

- le stockage de l’énergie (Projets d’innovation en matière de stockage d’énergie intermittente ou non)
- le recyclage des métaux (Projets permettant de rendre viable et efficace le recyclage des métaux)
- la valorisation des richesses marines (Projets de valorisation des métaux sous-marins. Projets favorisant des solutions de dessalement moins onéreux et/ou plus faiblement consommateur d’énergie de l’eau de mer)
- les protéines végétales et la chimie du végétal (Projets de développement de produits alimentaires à base de protéines végétales. Projets de chimie du végétal visant à développer de nouveaux matériaux)
- la médecine individualisée (Projets favorisant le ciblage des interventions thérapeutiques s’appuyant par exemple sur la génomique, les dispositifs médicaux et/ou l’imagerie à haute résolution)
- la silver économie, l’innovation au service de la longévité (Projets répondant à la perte d’autonomie des seniors, liés à la robotique et la domo-médecine)
- la valorisation des données massives (Big Data) (Projets permettant de mieux exploiter les données et de définir de nouveaux usages, modèles d’analyse et de valorisation)

Reste à assurer que notre pays offre aux projets innovants un eco-système favorable, une sorte d’aquarium ou les petits alevins les plus prometteurs puissent grossir à l’abri de tout ce qui pourrait compromettre leur avenir. Un tel environnement existe en Californie, comme on a encore pu le vérifier récemment et où l’on rencontre beaucoup de Français entreprenants. Il pourrait aussi exister en France, à Sophia-Antipolis, au dessus de Grenoble, sur le plateau de Saclay, et ailleurs si les pôles technologiques tiennent leur promesses.

Pourtant, nous allons monter avec trois exemples que nous sommes encore loin de l’optimum.

Le premier exemple est celui de M. Nègre, près de Nice, qui a inventé un moteur à air comprimé. Aurons-nous un jour le regret de voir rouler sur nos routes des véhicules à bas prix fabriqués en Inde ?

Le second exemple est celui de Heuliez, où malgré une intervention massive de l’Etat, la partie est loin d’être gagnée.

Le troisième enfin est celui de BlueCar. Le succès du concept Autolib repose avant tout sur la volonté d’un capitaine d’industrie, Vincent Bolloré, qui croit à l’avenir du véhicule électrique pendant que l’Etat est occupé à sauvegarder l’emploi dans les usines automobiles existantes.

Ces trois exemples nous incitent à ajouter aux sept pistes de Mme Lauvergeon, une huitième qui pourrait s’énoncer ainsi :

- demander à l’Etat de réinventer un nouveau colbertisme

Christian Scherer

Voir aussi

- La France est le seul pays, avec l’Équateur, à inscrire dans sa constitution un principe de précaution
- La Commission Innovation 2030
- Les 7 ambitions d’Anne Lauvergeon pour la France de 2030
- Le 24 janvier 2014 s’est tenue la Journée nationale des pôles de compétitivité
- L’industrie automobile tente de récupérer le moteur hybride à air comprimé (mediapart)
- Mia Electric a 2 mois pour convaincre et 6 pour rebondir (lanouvellerepublique)
- Autolib’, Bluely : les raisons du succès selon Bolloré
- François Hollande réinvente le colbertisme
- Pourquoi j’ai mangé mon père
- Bernard Palissy (1510-1589)


Voir en ligne : http://www.lemonde.fr/economie/arti...