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La fable du teinturier

ou des limites de la théorie des agences

lundi 12 novembre 2007



Réforme de l’Etat ?

Deux pays voisins résolurent un jour d’améliorer le sort de leurs citoyens, pour qu’ils vécussent plus prospères dans un cadre plus propre. Le premier consulta des sages, qui lui dirent qu’il y fallait faciliter la vie aux entrepreneurs inventifs, disposer de savants, et d’une bonne police : les premiers trouveraient des produits meilleurs, la dernière veillerait à ce que leurs inventions ne soient pas dangereuses, et les savants pourvoiraient par leurs recherches aux besoins des premiers, tout en étant eux-mêmes parfois à l’origine d’inventions majeures. En outre, il décida qu’aux fins de saine gestion des deniers publics, chacun serait jugé sur sa seule activité, de façon à ce que les responsabilités soient claires, et les évaluations aisées. Il se trouva un teinturier dont l’usine, un peu vieille, polluait la rivière voisine. La police vint, qui lui intima l’ordre de réduire ses émissions. Il protesta qu’il ne savait comment, qu’il n’avait pas les moyens... on lui dit qu’il fallait qu’il s’exécutât. Six mois après, l’usine était close. La pollution s’en trouva considérablement diminuée, l’emploi aussi. Non loin, un savant avait trouvé un procédé qui permettait de réduire les émissions, mais il ignorait le sort de l’entrepreneur. Et l’agence chargée de l’innovation disposait de moyens pour faciliter l’investissement qui aurait mis en oeuvre ce nouveau procédé, mais, non informée de l’existence du teinturier, elle soutint un nouvel entrepreneur. Qui se développa, mais, faute d’avoir accumulé l’expérience, les capitaux, les réseaux du précédent, mit plusieurs années à parvenir au seuil niveau du précédent. On évalua l’action des agences : chacune fut félicitée : la police avait réduit la pollution, ce sur quoi elle était jugée. Le financeur de l’innovation avait soutenu un nouvel entrepreneur, et même facilité une prise de brevet. Le centre de recherche avait fait progresser la science. Et chacun (sauf le premier teinturier) était fier et content.

Le second pays consulta d’autres sages. Ils parvinrent presque aux mêmes conclusions, mais décidèrent néanmoins de disposer d’une structure légère qui chapeautait les trois fonctions. Il y eut un autre teinturier. La police lui intima l’ordre de réduire ses émissions, tout en lui indiquant les sources d’innovation, qui, informées, s’activèrent et, plus vite que dans le premier pays, demandèrent aux chercheurs de trouver, aux financeurs de financer. On donna le même délai à l’entrepreneur pour être en règle, selon un calendrier qui toutefois prenait mieux en compte que dans le premier pays les phases requises pour mettre en place au plus vite l’installation nouvelle, voire d’anticiper des normes futures, et il lui fut aussi plus facile et rapide d’obtenir des idées et des moyens pour y parvenir. Il modernisa ses unités existantes, et six mois après, son usine, avec un procédé dernier cri, polluait beaucoup moins et vendait davantage. Il s’avisa alors que le marché du pays voisin n’avait plus qu’une industrie plus faible, et qu’il pouvait la racheter, et rapatrier la majorité de la valeur à proximité de chez lui. Ce qu’il fit.

On évalua l’action de chacun. Et, comme dans le premier pays, chacun était fier et content. Peut être, dans le second, un peu davantage...

Tirésias

Voir en ligne : http://www.drire.gouv.fr


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