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La Communauté Thérapeutique se différencie de l’hôpital psychiatrique

dimanche 28 février 2016, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

Cette visée pratique profondément réadaptative sur le plan social qui fait la fierté de la Communauté Thérapeutique, favorise une sorte de ré-interprétation morale du rétablissement par l’abstinence aux dépens des aspects médicalisés des traitements chimiques qui sont la réalité de l’hôpital psychiatrique. L’idéologie de la Communauté Thérapeutique regroupe les principes du Programme de réhabilitation et de réinsertion selon des règles qui sont l’acceptation de l’expérience de la réalité, la sobriété morale et l’action responsable dans le respect du principe de vérité et d’honnêteté. L’organisation démocratique de la Communauté Thérapeutique se différencie de la hiérarchisation médicale autoritaire de l’hôpital psychiatrique. Pourtant, elle ne met jamais en avant la fausse-permissivité trompeuse et aliénante de certaines institutions psychiatriques. L’organisation de la Communauté Thérapeutique vise seulement à défendre les valeurs de la micro-société et à conserver l’ordre social, et donc le "caractère vivant du Programme Thérapeutique", au sein de la Communauté.
La responsabilité active des personnes alcooliques ou toxico-dépendantes dans le fonctionnement de la Communauté Thérapeutique, et dans le Programme de rétablissement par l’abstinence, n’a rien à voir avec la "participation soumise des malades aux activités imposées" de l’hôpital psychiatrique. Faire croire que "les soignés" participeraient au fonctionnement soi-disant démocratique de l’hôpital psychiatrique, c’est oublier le rôle déterminant des soignants, alors que les malades sont dans une "situation de dépendance organisée".
La "contradiction fondamentale" du fonctionnement soi-disant démocratique de l’hôpital psychiatrique est insurmontable du fait que, dans le fonctionnement du Service, l’autorité échappe toujours au contrôle des "soignés" et de leur famille. L’autorité médicale marque toujours la limite des compétences des malades dans le "processus de guérison", ce qui fait toute la différence avec la Communauté Thérapeutique, et ses règles du "fonctionnement communautaire" pour un Programme de rétablissement bien défini et "assumé par tous".
En général, l’autorité du personnel de l’hôpital psychiatrique est opposée à la compétence supposée des malades dans le "processus de guérison". On comprend pourquoi les abus d’autorité du personnel de l’hôpital psychiatrique ont pu susciter beaucoup d’opposition, de critiques et d’impopularité. Quand le médecin, détenteur du pouvoir thérapeutique, croit obtenir une "vraie participation des malades" aux règles de l’hôpital psychiatrique, avec la participation soumise des malades aux activités soi-disant thérapeutiques imposées, le personnel de l’hôpital a toutes les bonnes raisons qui vont l’amener à "faire jouer son autorité".
En clair, la "contradiction fondamentale de l’hôpital psychiatrique" en fait naturellement "un lieu social conflictuel". C’est pourquoi le chef de service refuse de reconnaître, et de se porter garant, des contradictions qui "imposent des limites sociales acceptables" à la participation des malades au "processus de guérison".
La participation des malades psychiatriques au "processus de guérison" étant "reconnue illusoire", il reste à s’interroger sur les raisons qui peuvent les amener à participer au "processus d’aliénation" de l’autorité insidieuse du personnel médical, dans ce "contexte de contradiction fondamentale" de l’hôpital psychiatrique.
De toutes façons, le leader officiel est le médecin, seul responsable envers la direction de l’hôpital.
Le "discours faussement démocratique" du personnel de l’hôpital psychiatrique fait miroiter l’illusion de pouvoir quitter le monde de la maladie mentale grâce au "processus de guérison-soumission" ! Dès qu’il accepte cette soumission participative, le malade mental peut être "sauvé" par sa progression sociale dans le microcosme psychiatrique. La fausse promotion sociothérapique de cette entreprise psychiatrique permet de "réadapter" les individus seulement aux "règles dévastatrices du fonctionnement de l’hôpital psychiatrique".
Tout service de psychiatrie cherche, par le compromis, à réaliser un équilibre plus ou moins instable, face aux contradictions des "groupes antagonistes soignants-soignés" et aux abus d’autorité du personnel.
C’est pourquoi, il est illusoire de vouloir estomper les différences de rôles, pour réunir les participants des "groupes antagonistes soignants-soignés dans la réalisation d’un projet commun". En clair, l’autorité du personnel de l’hôpital psychiatrique se fixe pour objectif "sa propre organisation", de façon à amener le groupe dominé à "intérioriser les règles sociales du groupe dominant", celles des soignants. Ce sont précisément les règles sociales en vertu desquelles ils ont été "socialement exclus" et placés en hôpital psychiatrique. Aussi, le malade n’est jamais autorisé à assumer la culture familiale à laquelle il appartenait avant l’internement. Les règles de domination de l’hôpital psychiatrique sont ainsi imposées, dans l’institution "totale", par le personnel psychiatrique représentant l’autorité. Vouloir imposer la séduction des activités récréatives coûteuses, pour les jeunes hospitalisés, a pour but de "saper l’autorité de la famille" qui ne pourra jamais faire face à de telles dépenses. En vue de réaliser une "thérapie soi-disant réadaptative", le Service de psychiatrie veut imposer une idéologie psychiatrique ambiguë souhaitée par les médecins dans une structure institutionnelle instable.
L’hôpital psychiatrique impose une sorte de "déculturation des jeunes hospitalisés", les séparant des valeurs éducatives de leur famille. Dépourvus de qualification professionnelle, certains personnels de l’hôpital psychiatrique servent d’interprètes à des jeunes hospitalisés "contre les valeurs éducatives de leur famille". Ils communiquent aux jeunes "ce qu’ils pensent eux", leur faisant savoir ce qu’on attend d’eux dans une société de loisirs. L’interrogation majeure porte sur "l’avenir de ces jeunes qui ont peu de chances d’être qualifiés" par une "idéologie récréative", confirmant la règle d’inefficacité thérapeutique de l’hôpital psychiatrique.
C’est pourquoi, de façon paradoxale, la confrontation avec la réalité, qui, de tous les thèmes, semble être celui qui est le plus nettement orienté vers la réadaptation, est aussi celui qui est ouvertement refusé par le "traitement récréatif des jeunes" socialement exclus, médicalisés et placés en hôpital psychiatrique.


Dr Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard