« Au Japon, nous l’avons dit plus haut, dans les facultés de sciences appliquées, les étudiants ingénieurs suivent des cours obligatoires d’Ikebana. On y affirme que toute attention focalisée sur l’esthétique éloigne de la bassesse, de la froideur et de la sécheresse. C’est pourquoi l’ingénieur qui crée et qui conditionne notre ambiance, doit particulièrement se prémunir contre ces défauts de comportement. Une phrase, peinte à l’entrée de la faculté, reproduit ce passage tiré du Livre du Thé : « le premier homme de la préhistoire qui sortit de l’animalité fut celui qui se pencha pour cueillir des fleurs, et en former un bouquet, car il comprit l’utilité de l’inutile. »
Joseph Basile
La nouvelle formation culturelle des cadres et des dirigeants
Editions J.M.Collet, 1991
« Dans la grise et tremblante lumière d’une aube de printemps, n’avez-vous jamais senti, en entendant murmurer les oiseaux dans les arbres avec une cadence mystérieuse, que ce ne pouvait être que des fleurs qu’ils parlaient entre eux ? Il est hors de doute, en tout cas, que pour l’humanité, l’amour des fleurs a dû naître en même temps que la poésie de l’amour. Comment, en effet, peut-on mieux concevoir qu’en présence d’une fleur, si douce dans son inconscience, et qui n’a peut-être tant de parfum que parce que elle est silencieuse, la révélation dune âme ? En offrant à sa bien-aimée la première guirlande, l’homme primitif s’est élevé au-dessus de la brute ; en s’élevant ainsi au-dessus des nécessités grossières de la nature, il est devenu humain : en percevant l’utilité subtile de l’inutile, il est entré dans le royaume de l’art. »
Okakura Kakuzo
Le Livre du thé
Traduit de l’anglais par Gabriel Mourey
Editions Paul Derain, 1963.

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