AUTOROUTE FERROVIAIRE ou
AUTOROUTE
ELECTRIFIEE ?
Eléments pour un choix( v.2)
par R. Giraudon (16 mai 2007)
Résumé :
Notre
économie va continuer de croître au taux
programmé d’au moins 2 % par an et
générera une augmentation encore assez
fortement corrélée des échanges et
donc des transports. Le fret routier qui a
déjà capté 82% du trafic des
marchandises, devrait inéluctablement
continuer sa croissance et encore augmenter de
plus de 40 % dans les 20 prochaines années, alors que nos
autoroutes sont
d’ores et déjà saturées. Les
poids lourds, dont
environ un quart sont en transit sur notre
territoire, génèrent des nuisances telles que les
émissions de « gaz
à effet de serre » dont ils
sont responsables pour 7%, des bruits
élevés et une diminution de la
sécurité quand ils côtoient en nombre
et sur les
mêmes axes les véhicules personnels.
L’objectif d’éviter une asphyxie de nos
moyens de transport dans le cadre d’un « Développement
Durable »
a donc conduit à envisager plusieurs solutions dont
les projections à 20
ans avec une croissance française molle (1,9 %) sont les
suivantes par rapport
à un trafic annuel global passant de 314 à 423
Gtkm :
-
Développer
le transport fluvial : Limité par
les infrastructures et la géographie, il ne
dépassera pas 7% du total
-
Les
autoroutes de la mer : Dans le meilleur
des cas, il est prévu que leur part serait de
l’ordre du %
-
Relancer
le transport ferroviaire : En
déclin depuis des années, il pourrait remonter la
pente grâce au ferroutage
qui consiste à mettre les camions sur des trains. Ce
principe, accueilli très
favorablement par le public et qui a été mis
récemment en application sur l’axe
Lyon Turin, notamment grâce à la mise au point de
wagons spéciaux (Modalohr),
ne pourra néanmoins transporter qu’une faible
fraction des milliers de camions
qui sillonnent journellement nos routes car le réseau
ferré et le parc de
locomotives actuels ne permettront
pas
d’aller au-delà. Le fret ferroviaire qui a
pourtant des avantages pour le
transport des pondéreux sur de longues distances, resterait
dans ces conditions
à son niveau
de 15 à 17% du total des
marchandises transportées.
-
Créer
de véritables autoroutes ferroviaires :
De ce qui précède, il ressort qu’un
débit satisfaisant (260 000 véhicules/an)
ne pourrait être atteint que par la création de
nouvelles lignes dédiées au
fret qui éviteraient les « goulets
d’étranglement
des villes » ainsi que la
« cohabitation
délicate avec les services passagers5 ».
La création de 2 à
3 000 km de nouvelles lignes pour trains lourds sur 2 axes Nord Sud a
été
envisagée à cet effet. Elle
nécessiterait, en prenant une fourchette large, un
investissement de 20 à 46 milliards d’€.
Dans ce chiffre ne sont pas inclus les
matériels roulants (locomotives et wagons Modalohr),
ni l’aménagement
des quais spéciaux pour le chargement et le
déchargement des camions. Il n’est
pas sûr que cet investissement considérable, qui
aggraverait encore la lourde
dette de RFF, apporterait une solution satisfaisante car sa
rentabilité reste
aléatoire, les chargeurs n’y sont pas favorables,
il garderait la rigidité du
rail, la SNCF
souffre d’une réputation
de manque de fiabilité et le transport par rail, quelques
soient les
améliorations apportées, sera toujours multimodal
car tributaire de la
dissociation et de la recomposition des attelages routiers au
départ et à
l’arrivée, ce
qui constitue une rupture
de charge incontournable.
-
Créer
de nouvelles autoroutes réservées aux poids
lourds : Une très grosse part du trafic routier de
marchandises, qu’il
soit en transit ou domestique, emprunte des axes Nord Sud. De
là est venue la
proposition de construire deux axes qui seraient sensiblement les
mêmes que
ceux envisagés pour les nouvelles voies ferrées
dédiées au transport des
camions, l‘une à l’Est,
l’autre à l’Ouest, qui
éviteraient non seulement
la région parisienne mais aussi toutes les
agglomérations. L’investissement serait
très inférieur à celui de nouvelles
voies ferrées, plus vite réalisable et ne
nécessiterait pas la construction de
matériels roulants spécifiques. Ainsi seraient
désengorgées les autoroutes
actuelles qui deviendraient plus sûres et seraient
gardées au transport routier
toute la flexibilité et l’efficacité
qui ont fait son succès. Cependant cette
solution ne résoudrait pas le problème des
émissions de gaz à effet de serre
qui est le principal atout du rail (à condition toutefois
que l’électricité
qu’il utilise ne soit pas produite par des centrales
thermiques polluantes).
Cette analyse a
conduit à envisager une solution non
conventionnelle qui allierait les avantages de la route et la
réduction des
émissions de gaz à effet de serre
propre au rail : c’est ainsi
qu’est né le concept de l’Autoroute
Dédiée Electrifiée (ADE) qui est une
transposition à l’autoroute
d’un
principe qui a déjà été mis
en application dans les mines à ciel ouvert sur des
camions lourds et en milieu urbain avec les trolleybus.
Les ADE
suivraient exactement les tracés qui ont
été envisagés pour les
autoroutes réservées aux poids lourds
décrites ci-dessus et accepteraient
exclusivement ceux-ci quelle que soit l’origine de leur
énergie. Il s’agirait
d’une autoroute à 2 ou 3 voies dont seule la voie
de gauche serait électrifiée
et réservée à des véhicules
à propulsion électrique. Ce choix a
été guidé par
le souci d’y drainer dès sa construction un
maximum de poids lourds dont le
parc ne sera entièrement renouvelé
qu’après de nombreuses années.
L’objectif
à terme, pour un fonctionnement optimal de l’ADE,
serait qu’elle fût
empruntée par des
camions et tracteurs hybrides biénergie (gasoil et
électricité). De tels
camions n’en sont actuellement qu’au stade de la
planche à dessin. C’est
pourquoi il a été envisagé
qu’à titre transitoire, seraient
utilisés des
tracteurs à motorisation uniquement électrique
qui pourraient être relativement
vite construits sur la base des châssis de tracteurs actuels
dont on
substituerait un moteur électrique au moteur thermique, la
prise d’électricité
se faisant à l’aide d’un double
pantographe. Ces tracteurs tireraient des
semi-remorques ou des plate-formes sur lesquelles seraient
emmenés ces
semi-remorques et leurs tracteurs ainsi que des camions. La
dissociation et la
recomposition des attelages traditionnels se feraient sur des
échangeurs
spéciaux à l’intersection des
autoroutes classiques. Les chauffeurs des tracteurs
électriques pourraient, après formation,
être les mêmes que ceux des poids
lourds conventionnels. Pour faciliter la conduite, notamment sur la
voie
électrifiée, il a été
prévu un guidage magnétique programmable sur un
rail
enterré et, à l’avant des tracteurs,
des radars couplés avec des systèmes
d’alerte destinés à la conservation des
distances de sécurité.
L’accès
aux échangeurs se feraient pantographes baissés
grâce à des batteries assurant
aux tracteurs électriques une autonomie d’une
dizaine de kilomètres. Les
chauffeurs garderaient ainsi toute
leur
initiative et leur liberté de temps et
d’itinéraire.
L’utilisation
des ADE se ferait sur une stratégie de
l’offre, des péages modulés incitant
les poids lourds à l’utilisation de la
voie électrifiée et les dissuadant
d’utiliser le réseau autoroutier sur
moyennes et longues distances.
Il
n’existe pas actuellement de base consistante pour
l’évaluation de l’investissement
nécessaire à
l’électrification d’une
autoroute. On peut seulement présumer qu’il ne
serait pas supérieur à celui
d’une voie ferrée.
L’Autoroute
Electrifiée Dédiée au poids lourds
semble
la réponse la plus appropriée à
l’inéluctable saturation
du réseau autoroutier actuel tout en
atteignant les mêmes qualités de
Développement Durable que le rail mais à
moindre coût et tout en conservant au trafic routier de
marchandise les
qualités de flexibilité et
d’efficacité qui ont assuré son
écrasante domination
au cours des dernières décennies. Elle
permettrait de conforter le pronostic
fait en conclusion des travaux du Comité Transport du
CNISF : « Le transport routier
de fret restera le
mode de transport de référence à
l’avenir »
R. Giraudon
Lire le texte original de l’auteur (2007)
Copie de l’article sur les autoroutes électrifiées dédiées aux Poids Lourds qui a été publié en avril 2010 dans la revue Mines et Carrières
Voir aussi
VOIE D’AUTOROUTE ELECTRIFIEE, APTE AU ROULAGE DES TRACTEURS- NAVETTE ELECTRIQUES QUI LUI SONT PROPRES
Le Cawa d’AdmiNet