|
par le Dr Joseph Okinczyc (1879-1954)
AVANT-PROPOS
Aux heures incertaines, où les sociétés déçues par la faillite des principes organiques qui les régissaient, cherchent péniblement l’ordre nouveau qui doit assurer leur bonheur, il est constant de voir traduire à leur barre les institutions, dont le procès n’est pas toujours instruit dans la sérénité et l’impartialité qui conviennent.
Tout est remis en question. La tendance instinctive des hommes, qui n’est absolument ni la plus juste ni la plus opportune dans ces périodes critiques, est de faire table rase du passé, sans discerner ce qui doit subsister d’une vérité constante, et ce qui doit être rejeté des déformations qu’y apportent la malice ou l’erreur.
Il n’est qu’une manière d’éviter l’écueil de nouvelles expériences douloureuses, c’est de remonter aux principes, de les dégager des sophismes souvent spécieux et intéressés qui en ont faussé le pragmatisme et de remettre à leur lumière l’ordre dans la maison.
La Médecine n’a pas échappé à ces déviations désastreuses qui méconnaissent sa raison d’être, ses moyens et sa fin. Au service de l’homme, c’est dans l’homme qu’elle doit trouver les règles de son action et le sens de sa mission.
Si l’homme changeait, évoluait, la Médecine devrait se modifier avec lui, s’adapter à cette évolution, se plier aux nouvelles exigences d’une nature qui serait instable clans ses réactions, ses besoins, ses fins.
Mais si l’homme à travers les âges n’a pas changé, s’il est aujourd’hui ce qu’il était il y a quatre mille ans, quelle raison aurions nous d’intervenir pour modifier ce "colloque singulier", commencé aux origines du monde et qui répond aux besoins permanents d’une immuable nature ?
Or il faut bien le reconnaître : à, travers tous les bouleversements de son histoire, au milieu de tous les progrès réalisés par la science à son usage, l’homme demeure l’élément constant de ces changements extérieurs qui passent sans modifier sa vie dans son essence, sans ajouter ni une coudée à sa taille, ni une garantie à, sa soif de bonheur. Vit il mieux et plus longtemps ? Est il moins sensible au froid, à la chaleur, à la douleur, à, l’inquiétude, à l’angoisse, à la faim, à la soif, à la maladie ? La mort ne demeure t elle pas toujours le terme inéluctable de sa destinée terrestre ?
Rien ne sépare essentiellement l’homme de nos jours, de l’homme des premiers temps. Ses passions sont les mêmes : l’amour et la haine, la vertu et le vice, l’héroïsme et la lâcheté partagent toujours son coeur et, derrière le masque des civilisations, c’est le même être qui s’agite, rit, pleure, souffre et meurt ; et l’appel de l’homme malade à son semblable est le même que celui de l’homme des origines, malade ou blessé, à son compagnon valide qui peut le secourir, fort d’expérience et riche d’espérance et de confiance.
Il ne saurait être question, cependant, de méconnaître les virtualités qui sont dans l’homme et dont l’histoire nous offre la révélation progressive et le développement, non plus que les modalités diverses que peut affecter, le "colloque singulier". Un juste examen est réservé à ces aspects du problème.
C’est au service de cet être constant, mais complexe, dont les pieds touchent à la terre, dont les mains et les yeux sont tournés vers le ciel, que la médecine est née, quand il se couche pour souffrir ou mourir.
Ni ange, ni bête, il est homme, composé d’une âme et d’un corps, et à ce titre, tout s’ordonne selon les exigences de l’une et de l’autre. A son service, la Médecine, pour demeurer dans l’ordre de sa nature, doit s’inspirer de l’une et de l’autre, et rester humaine au sens profond et entier du mot.
Si Descartes a cru devoir, dans un souci d’analyse qui sort de la réalité, proposer le dualisme du corps et de l’aime, nous ne craindrons pas de rejeter le dualisme de Descartes comme inhumain. A nos yeux de médecin, l’homme malade restera ce qu’il est réellement, une âme vivante dans un corps souffrant et c’est à la lumière de cette vérité élémentaire et première que nous poserons le problème de la Médecine dans les temps modernes.
NOTICE BIOGRAPHIQUEMédaille d’or de chirurgie en 1906, Docteur en 1907 avec attribution de la médaille d’argent, deux fois lauréat de l’Académie de Médecine qui lui décerne le prix Oulmont en 1906, le prix Chevillon en 1907, Agrégé de chirurgie en 1910, chirurgien des Hôpitaux en 1919, membre de l’Académie de chirurgie en 1920, tels sont quelques uns des titres qui illustrent la carrière médicale du Docteur Joseph OKINCZYC, professeur agrégé à la Faculté de Médecine, ancien interne des Hôpitaux où il fut l’élève d’Hartmann, Tufier et Poirier. Ses services militaires, au cours de la grande guerre ne sont pas moins remarquables, qui lui valent la croix de guerre avec deux citations et la rosette d’Officier de la Légion d’Honneur. Enfin, en un genre d’activité que ne saurait sanctionner une récompense éclatante, mais dont l’importance n’en est pas moins primordiale, parachevant et couronnant la formation technique donnée du haut des chaires officielles, ce Maître qui ne sépare pas l’homme du praticien, dispense en diverses associations professionnelles de médecins ou d’étudiants (Société médicale de Saint Luc, Académie d’Éducation et d’Entraide Sociales, Conférence Laënnec, etc.), par la plume ou la parole, un enseignement moral de la fonction médicale dont sa propre vie, d’ailleurs, constitue la plus émouvante illustration. Ses travaux professionnels se divisent en trois catégories : I° ANATOMIE CHIRURGICALE, EXPÉRIMENTATION CHIRURGICALE et PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE, publiées en divers ouvrages en collaboration ou dans les Revues professionnelles. 2° PATHOLOGIE EXTERNE ET CHIRURGIE, où se placent, notamment, ceux qui ont fait la renommée de leur auteur : Les Tumeurs du Colon (1906) ; 3° CHIRURGIE DE GUERRE, ayant fait l’objet de rapports à l’Académie de Chirurgie ou en diverses publications spécialisées. Quant aux travaux ayant trait à l’organisation ou à la morale de la profession médicale, on les trouve dans la presse professionnelle ou la grande presse d’intérêt général. L’ouvrage publié aujourd’hui sous le titre d’Humanisme et Médecine en est la brillante synthèse. Écrite dans une langue simple et pure, à la portée du plus large public, elle résume l’expérience d’une carrière glorieuse en plein épanouissement aujourd’hui, et qui demeure au service de l’homme. |
TABLE DES MATIÈRES
- AVANT PROPOS
- DEFINITIONS
- LA MÉDECINE
- Science.
- Art.
- Équation et
- Observation.
- Fins de la Médecine.
- LA MÉDECINE
- I. LA MÉDECINE PERSONNELLE
- LE COLLOQUE SINGULIER
- Le Malade.
- Le Médecin.
- L’acte médical.
- La fin de l’oeuvre.
- La fin de l’ouvrier.
- LES GARANTIES DE L’INDÉPENDANCE
- Indépendance du malade.
- Indépendance du médecin.
- Les obligations de la morale.
- LES CONDITIONS DE LA RESPONSABILITÉ
- Obligation de Science Suffisante.
- Spécialisation.
- LES SOURCES DE L’ART MÉDICAL
- Culture générale.
- LE SECRET MÉDICAL
- LES HONORAIRES
- LE COLLOQUE SINGULIER
- II. LA MÉDECINE COLLECTIVE
- L’ACTE MÉDICAL COLLECTIF
- LA COOPÉRATION COLLECTIVE
- Usage rationnel.
- Abus à éviter.
- Clinique française.
- LE MÉDECIN FONCTIONNAIRE
- Médecine sociale.
- Le SALAIRE
- III. LA CORPORATION MÉDICALE
- IV. CONCLUSIONS
- V. TABLES et INDEX
- a) INDEX BIBLIOGRAPHIQUE ET RÉFÉRENCES
- b) TABLE DES NOMS CITÉS
- c) TABLE ANALYTIQUE DÈS MATIÈRES
Lire le texte intégral de l’ouvrage
Voir le fac-similé de l’ouvrage
Le Cawa d’AdmiNet
