On peut se demander quel auteur sort vainqueur de la lutte séculaire entre le travail, comme source de vertu (la règle de St Benoît), La Fontaine dans "le laboureur et ses enfants", et le discours récurrent actuel de cadres et dirigeants en faveur du travail, et "le droit à la paresse" écrit en 1883 par Paul Lafargue, réfutation du droit au travail de 1848, ou de ceux qui se souviennent de l’étymologie de travail (tripallium, instrument de torture) (voir notamment l’introduction), sans parler de l’analyse marxiste sur l’aliénation par le travail, bref, à savoir qui triomphe, de la fourmi ou de la cigale.
La différence essentielle, pourtant, entre 1883 et 2007, est que, mondialisation oblige, la volonté d’aller trop à l’encontre de la tendance dominante, qui, portée par les pays émergents, fonde sur le travail l’accès à la prospérité, peut conduire à une rapide décadence les pays qui, repus, voudraient fonder sur plus d’oisiveté leur civilisation.
Certains économistes ont parfois tendance à négliger l’histoire, la géographie, et la géopolitique, lorsqu’ils sont trop perdus dans leurs modèles. C’est la méconnaissance, ou l’insuffisante prise en compte de ce phénomène énorme, irrépressible, destiné à porter à partir de 1990 en l’espace de deux générations environ 500 millions d’hommes, (300 millions de Chinois et 200 millions d’Indiens environ, soit un peu plus du cinquième de la population de ces pays) à un niveau de prospérité comparable à celui du milliard d’individus de l’OCDE, niveau qui a été acquis bien plus lentement par la majorité des premiers, qui a conduit aux errements comme la loi sur les 35 heures, à une insuffisante prise en compte de la proportion de plus en plus faible d’années donnant lieu à un travail salarié du fait de l’accroissement de l’espérance de vie, et du rallongement de la période précédant la vie active, bref, à chanter les vertus des cigales. Les cigales s’en sont félicitées, trouvant que ceux qui les louaient les aimaient bien.
Alors même que les réserves commerciales chinoises atteignent des sommets historiquement inédits dans les déséquilibres mondiaux (1066Mds$ fin 2006, peut être 2000Mds$ fin 2010), et que le déficit commercial français se creuse à grande allure, sous le double choc du renchérissement de l’énergie et du phénomène décrit ci-dessus, il est temps, grand temps, de relever ses manches... avant qu’il ne soit trop tard.
Le Cawa d’AdmiNet