Ce livre est un peu l’histoire récente des Services secrets. Mais surtout de ce qui reste secret parce que peu convenable pour l’image des grands décideurs de l’ordre politique, économique et social.
Ecrite par des journalistes spécialisés, la présentation est principalement thématique, à partir des grands domaines d’application de l’action publique et/ou secrète .
La Guerre d’Algérie est à l’origine du « coup d’état fondateur » de 1958 et aussi du développement des polices parallèles
L’héritage colonial , principalement la France -Afrique : élites noires au service du gaullisme, le pétrole, les diamants, le génocide rouandais...
Les diplomaties secrètes : diplomatie arabe, la Serbie, Le développement du nucléaire et le complexe militaro-industriel : force de frappe, nucléaire, TGV, telecoms, informatique...
Finance et jeux d’influence : corruption, immobilier, Credit Lyonnais, inspection des finances...
Services secrets et raisons d’état :RG, DST, SDECE-DGSE La vie politicienne et ses réseaux occultes : les réseaux politiques privés, les médias, les scandales, épidémie de meurtres politiques et de suicides suspects
Dans l’examen de ces divers thèmes , il faudrait pouvoir distinguer :
les enjeux de l’évolution du monde tel qu’il est
pour y faire face, le jeu démocratique normal de l’action publique : alternances du pouvoir,
les acteurs institutionnels qui contribuent à la décision : gouvernants légitimes, grand patronat, grands corps de l’Etat, syndicats
les acteurs informels : entourage de la cour présidentielle (familiers et conseillers), réseaux d’anciens de la France Libre ou de la Resistance, les medias, les lobbies, les polices parallèles...
Les services secrets officiels ont un rôle important dans cet ensemble, surtout au niveau de l’exécution (parfois au sens strict).
« Aucune démocratie au monde ne saurait sans doute se passer de services capables d’agir aux franges de la loi, parce que les guerres secrètes qui se mènent partout- y compris contre la France et ses intérêts- ne sauraient se combattre exclusivement avec les règles en vigueur dans les chancelleries. ...Les critiques que ces pratiques ont suscitées ne procèdenet donc pas d’une foi naïve dans un monde sans violence, sans tricheur, sans voyou . Mais de celle voulant que dans ce monde brutal, il demeure possible d’agir, y compris secrètement, en ne dévoyant pas les principes de base du modèle démocratique »
La question de fond : « Quelle est la place exacte de ces pratiques dans la vie républicaine ? Quelle devrait-elle être ? »
Il y a certes un voyeurisme malsain à lire ce genre d’ouvrage en période electorale ( l’ouvrage se termine au moment de l’affaire Clearsteam). Les moeurs financières et sexuelles de nos excellences, mais surtout leurs manoeuvres « politiciennes » pour conquérir ou conserver le pouvoir, et non pour l’exercer dans l’intérêt général, tout cela peut décourager bien des vertus civiques. Mais, exercées à l’état pur, ces vertus débouchent parfois sur les excès homicides ou génocides de : Robespierre, Staline, Pol Pot, Ben Laden et autres archanges exterminateurs . « Un pur trouve toujours un plus pur qui l’épure »
Par ailleurs, dans l’exercice de ma coupable industrie geoscopique, j’ai trouvé une présentation exceptionnellement claire et intelligente du "Modèle français depuis 1945" (surtout économique) chez Que sais-je ?. Ce qui le fait mieux comprendre à ceux qui l’ont vécu dans leur vie personnelle, mais aussi aux plus jeunes qui ont à construire autre chose. D’après ses références sur Internet, l’auteur, Pascal Gauchon, est un cacique de la Rue d’Ulm, ce qui est bien. Il est aussi animateur d’un mouvement d’extrême-droite. Nobody is perfect...
Le Cawa d’AdmiNet