Avec l’aimable autorisation de Marcel Belliot, le patron de la Fédération des Agences d’urbanisme (FNAU) , on vous propose son papier où il nous livre ses impressions personnelles "de retour de Nankin" où s’est tenu le dernier Forum urbain mondial.
Bonne lecture !
(citation)
Retour de Nankin
Quelques impressions rapides sur le 4ième Forum Urbain Mondial qui s’est tenu à Nankin (Chine) du 3 au 6 novembre 2008
• Peut-être y avait-il moins de monde cette année à Nankin qu’il y a 2 ans à Vancouver, pour le 3ième Forum… Le site gigantesque du parc des expositions de Nankin , inauguré pour l’occasion et d’ailleurs magnifique, peut avoir accentué cette impression. Nous devions être aux alentours des 8 000 participants…
• L’exposition sur les villes chinoises occupait un hangar entier. Elle était impressionnante par le nombre des villes présentées, la taille des stands et le luxe de la décoration. Elle avait un petit côté MIPIM, « grand public » en plus. Les Chinois sont très fiers de leurs villes et celles-ci illustrent visiblement pour eux la marche de la Chine vers le progrès. Cet état d’esprit devait être celui de la France dans les années 50/60. Il change en tout cas des propos pessimistes souvent entendus en Europe et dans tant de pays en développement sur la catastrophe urbaine. Le discours des autorités chinoises sur “l’urbanisation harmonieuse“, thème officiel du Forum, est évidemment excessif (on s’en convainc très vite dès qu’on est piéton dans une ville chinoise)… mais il a aussi un côté rafraichissant qui fait du bien.
• Une foule énorme de visiteurs chinois s’est pressée pour visiter le Forum, les stands des villes chinoises mais aussi l’exposition internationale. J’ai été frappé par la gentillesse et la curiosité bon enfant des chinois et je n’ai pas senti de méfiance ni a fortiori d’arrogance. Les Chinois ressemblent à des gens revenus d’un très long voyage, contents de retrouver une vie normale et pressés de s’intégrer dans la communauté des hommes.
• On mesure mal la « révolution urbaine » que vit actuellement la Chine. Rappelons les ordres de grandeur. Il y a une trentaine d’années, moins de 200 millions de chinois (environ 15 %) de la population) vivaient dans les villes. Ils sont aujourd’hui 600 millions (environ 45 %). Les villes chinoises ont accueilli 400 millions de personnes en 30 ans, pour l’essentiel, des migrants venus des campagnes puisque, enfant unique oblige, le croît démographique est très faible. L’urbanisation à marche forcée de la Chine se fait dans le cadre de programmes dont la forme urbaine (beaucoup de tours et de barres), la desserte (un réseau routier omniprésent) et les espaces publics (pauvres piétons !) ne répondent guère à nos canons européens mais il n’y a pas de bidonville. Un tel effort est sans précédent et n’a pas d’équivalent à l’échelle du monde. Il n’a pas achevé ses effets puisque l’exode rural se poursuit : 60 % de la population chinoise devrait habiter en ville dans 20 ans.
• Les conférences on été, comme c’est souvent le cas, d’un intérêt inégal et la séance d’ouverture a donné lieu à des propos plutôt convenus sur la « ville harmonieuse ». La vraie nouveauté, par rapport aux années 80 et 90, est cependant la vision positive des villes qui ressort des interventions officielles. On a bien sûr parlé des grandes villes des pays pauvres et de leurs bidonvilles où s’entassent un milliard de personnes. Mais on a aussi dit et répété que les villes étaient aux sources du progrès économique et que c’est là que serait gagnée la bataille du développement. Cette perception positive du phénomène urbain se retrouve d’ailleurs dans le rapport 2009 de la Banque Mondiale sur le développement (Repenser la géographie économique). Il marque un changement capital par rapport aux années 80/90.
• Le Forum a accueilli un très grand nombre d’ateliers, de sessions de formation, de séminaires, de “dialogues“, de tables rondes… à caractère professionnel, communautaire ou politique… Beaucoup de ces “évènements“ ont concerné les questions de développement durable et d’environnement et ont été organisés sous les auspices des organisations internationales (Banque Mondiale, UN Habitat, agences de coopération des pays développés). À noter, dans une session de dialogue sur les équilibres territoriaux, l’intervention convaincante de Keshav VARMA, responsable de la Banque Mondiale, sur le caractère forcément déséquilibré du processus de développement, une thèse qui rejoint le rapport 2009 de la Banque mondiale déjà évoqué. À noter aussi la portion congrue laissée à l’expression des maires non chinois dans les tables rondes officielles.
• Conduite par Yves DAUGE, sénateur maire de Chinon, la délégation française au Forum Urbain Mondial de Nankin était beaucoup plus importante qu’à Vancouver : une soixantaine de participants contre à peine une vingtaine en 2006. Sa composition était assez diversifiée avec des élus comme Jean GERMAIN, maire de Tours pour l’AMGVF ou Claude RAYNAL, président délégué du Grand Toulouse, des représentants de l’État (MEEDDAT, MAE, MCC, ISTED), des agences d’urbanisme (FNAU, Toulouse, Marseille, Montbéliard, IAU Ile de France, Lyon), des consultants, des entreprises privées (peu nombreuses), des universitaires… À noter, la coordination efficace assurée par le Ministère des Affaires Étrangères pour assurer la permanence de la présence française dans les différents ateliers du Forum.
• Animé par l’ISTED, le stand “France“ de l’exposition a rendu visible la présence française et facilité les échanges aussi bien à l’intérieur de la délégation française qu’avec les visiteurs étrangers. Différents documents y ont été présentés, dont la version chinoise du rapport « Villes en devenir », synthèse et vitrine de l’expertise française sur le développement urbain ainsi que la plaquette sur les activités internationales de la FNAU et des agences d’urbanisme. Le stand de l’ISTED a accessoirement servi de base de repli (avec celui de l’AMIF) pour les représentants des pays africains francophones, désorientés et amers devant l’abandon général du français dans les séances officielles et l’absence de traduction simultanée dans les ateliers. Cette question engage la responsabilité de la France et de ses représentants. À Nankin, sauf erreur, seul l’atelier organisé par l’AMGVF a permis aux francophones de s’exprimer sans handicap. Il faudra à l’avenir et bien avant le prochain Forum, identifier les organismes français susceptibles d’organiser des ateliers thématiques, les pousser à les monter… et faire le forcing auprès des organisateurs du Forum, et notamment de “UN-Habitat“, pour qu’un maximum d’entre eux puissent être effectivement proposés en traduction simultanée.
• Le “networking event“ sur la transversalité des politiques urbaines organisé par l’AMGVF a été un succès tant par le nombre de participants (60/70) que par la qualité des intervenants (maires ou responsables politiques de villes) et l’intérêt des débats. La parole des maires a, me semble-t-il, été assez peu présente à Nankin et l’atelier de l’AMGVF, monté avec la FNAU, l’AMIF, Cités Unies, le MAE a permis de la faire entendre. Cette expérience, réussie, doit donner des idées pour le prochain Forum, en y associant des organismes d’autres pays.
• En conclusion, je dirais que la Forum Urbain Mondial n’est ni une conférence internationale, ni un symposium universitaire, ni un Congrès professionnel, ni un « happening » altermondialiste. Il est d’abord, comme son nom l’indique, un « Forum ». À ce titre, il permet de présenter des expériences, d’avancer des idées, d’exposer des méthodes, de proposer des outils et de les mettre en débat avec tous ceux que les questions urbaines intéressent. Cela veut dire qu’il ne faut pas venir au Forum seulement pour écouter. Il faut aussi s’y rendre pour parler de ce qui nous tient à cœur et que nous voulons faire partager. Cela veut dire qu’il faut penser dès maintenant au prochain Forum et se mettre en ordre de marche pour y présenter, de préférence avec d’autres, le meilleur du savoir faire français en matière de développement urbain.
Marcel BELLIOT, le 20 novembre 2008
(fin de citation)
Merci à lui...
Le Cawa d’AdmiNet