(Source : BE Japon 513 - ADIT)
>> 11/09/2009
Aquaculture
Expansion mondiale des proliférations de microalgues toxiques : introduction d’espèces et/ou changements environnementaux ?
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Une étude réalisée dans le cadre d’une collaboration franco-japonaise est venue apporter des éléments nouveaux sur les origines d’une microalgue toxique présente en Méditerranée depuis 1998.
La prolifération massive de microalgues, productrices de toxines ou pouvant être la cause de nuisances, est connue sous le terme anglo-saxon de : "Harmful Algal Bloom" (HAB). Les intoxications chez l’Homme se manifestent après la consommation d’organismes contaminés (coquillages, crabes, poissons, etc.) et se traduisent par une grande variété de troubles neurologiques ou gastriques. Les conséquences socio-économiques de ces phénomènes se révèlent dramatiques lorsqu’elles touchent des ressources commercialement exploitables. Malheureusement depuis une trentaine d’années, les HABs, dont certaines espèces sont considérées comme invasives (avec classement par l’IUCN [1]), connaissent une expansion inquiétante.

Depuis 1998, les proliférations de la microalgue toxique Alexandrium catenella dans la lagune de Thau (Hérault, France) se traduisent souvent par une coloration rouge de l’eau de mer (voir illustration ci-dessus). Cette apparition soudaine fut imputée à un transfert récent d’individus depuis les eaux japonaises par le biais de l’activité humaine (eaux de ballast ou importation de coquillages vivants). Cette hypothèse, basée sur l’analyse des séquences des gènes codant pour l’opéron ribosomique [2] (marqueur phylogénique [3] classique), est aujourd’hui remise en question par une nouvelle étude de biogéographie des populations d’A. catenella en Asie tempérée (Japon-Chine) et en France, menée dans le cadre d’une collaboration franco-japonaise.
L’application des concepts de la génétique des populations (basée ici sur des marqueurs nucléaires hypervariables [4], les microsatellites [5]) a révélé une partition inattendue entre la population française et les populations asiatiques étudiées. Cette forte divergence génétique semble incompatible avec l’hypothèse d’une introduction récente précédemment avancée.
Deux nouvelles hypothèses sont actuellement à l’étude : soit A. catenella de Thau provient d’une zone asiatique très au nord ou très au sud du Japon ; soit elle constitue une population indigène de la Méditerranée. Dans ce dernier cas, cette répartition résulterait d’un flux génique fossile, c’est-à-dire de la migration naturelle puis de l’isolement de la population en Méditerranée au cours de la dérive des continents et plus particulièrement après la fermeture de la Téthys (10-15 Ma). Cette population ancienne serait devenue visible récemment en raison des modifications écologiques de l’écosystème côtier méditerranéen, particulièrement fragile et impacté (anthropisation, réchauffement climatique...), et de la mise en place de réseaux scientifiques de surveillance de plus en plus performants (Ifremer).
Pour résoudre ces nouvelles questions, il est maintenant nécessaire de concentrer l’effort de recherche sur les populations d’A. catenella se développant en Italie, en France, en Espagne et au Maghreb afin de décrire leur diversité génétique et les parentés probables, ce qui nous informera sur les mécanismes de dispersion de cette espèce à l’échelle méditerranéenne et mondiale.
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Glossaire :
[1] IUCN : the International Union for Conservation of Nature.
[2] Opéron ribosomique : un opéron est un ensemble linéaire de gènes qui constitue une unité de transcription et de régulation. Un ribosome est un complexe composé d’ARN (acide ribonucléique) et de protéines, siège de la synthèse protéique. L’opéron ribosomique regroupe les gènes codant pour les 3 molécules d’ARN présentes au niveau des 2 sous-unités du ribosome et des régions non-codantes plus variables.
[3] Marqueur phylogénique : variant moléculaire recherché dans chaque individu ou chaque espèce analysés, permettant de différencier les individus ou les lignées, en vue d’établir leur parenté ou de décrire la "généalogie" des espèces.
[4] Marqueurs hypervariables : séquence très polymorphe d’ADN, comme les microsatellites (voir ci-dessous), qui permettent de dresser une cartographie du génome (génotype) et de différencier des sous-groupes au sein d’une même espèce.
[5] Microsatellites : segments d’ADN très nombreux et dispersés dans tout le génome. Ils contiennent des répétitions en tandem le plus souvent de courts motifs dinucléotidiques (ex : CA/GT), tri ou tétranucléotidiques. Le polymorphisme qui dépend du nombre de répétitions des motifs est un polymorphisme de taille.
Pour en savoir plus, contacts :
- National Research Institute of Fisheries and Environment of Inland Sea (FEIS)
Fisheries Research Agency (FRA) :
http://feis.fra.affrc.go.jp/eng/eindex.html
- Laboratoire Ecosystèmes Lagunaires, UMR 5119 CNRS-IFREMER-UM2-IRD :
http://redirectix.bulletins-electroniques.com/I5WKj
Code brève
ADIT : 60433
Recherches effectuées par le rédacteur, Benjamin GENOVESI, soutenu par une bourse post-doctorale (No. PE08002) de la "Japan Society for the Promotion of Sciences" (JSPS), sous la direction de Satoshi NAGAI (directeur de recherche, "Fisheries Research Agency", Hiroshima), dans le cadre d’un programme de recherche financé par la JSPS (Kiban-B, No. 19380116) et en collaboration avec deux équipes françaises de l’Université de Monptellier 2 (UMR Ecolag : Estelle MASSERET et ISE-M : Patrick BERREBI).
- Rédacteur : Benjamin GENOVESI, post-doctorant Fisheries Research Agency benjamin(point)genovesi(arobase)gmail.com
- Relecteur : Jean-Baptiste BOURDIN adjoint(point)sdv(arobase)ambafrance(tiret)jp(point)org
513/BIO/2424
Le Cawa d’AdmiNet