En prenant les rênes de Renault à la Libération, devant un appareil dévasté par les années précédentes, Pierre Lefaucheux tint à Billancourt ces propos : "Je ne sais rien de si horrible, dans un sous-marin qui s’enfonce, ses machines en panne, que le spectacle de ceux qui se précipitent vers des écoutilles déjà bloquées par la pression extérieure, au lieu de revenir à la machine, la réparer, et remonter. Ensemble, nous remonterons !"
Dans son discours de dimanche soir, le Premier Ministre ne dit au fond rien d’autre, en trois points :
Remonter : investir dans les métiers d’avenir. Investir d’abord dans les hommes et les femmes compétents, avec l’université de demain et les grandes écoles évoluant en unissant leurs forces, dans les outils de la connaissance, sans lesquels rien n’est possible. Investir dans les éco-industries, avec l’énorme enjeu planétaire qui se dessine avec Copenhague, et pour lequel la France, et l’Europe, peuvent avoir un rôle d’entraînement majeur, et ne doivent pas laisser le leadership aux seules deux autres grandes forces que sont les Etats Unis et la Chine. Investir dans la compétitivité, et par conséquent dans l’économie numérique, source de productivité tant privée que publique, de créativité et d’innovation, donc de croisssance, donc d’emplois viables. Investir dans l’attrait du territoire pour les métiers d’avenir, rôle majeur des pôles de compétitivité, comme le soulignent MM Lorenzi et Villemur dans leur dernier livre. Et investir à bon escient, de façon rentable et économe des fonds publics. Répondre aussi à l’énorme effort fait en matière d’innovation par les grands partenaires de l’Europe, dans la santé avec les biotechnologies, dans le logiciel, dans les nanotechnologies, dans la modernisation des services : sans une réponse appropriée, l’Europe resterait sur le bord du chemin, abandonnant son avenir à des pôles de décision qui lui échapperaient. Quelle seraient, alors, les leviers d’une démocratie ?
Faire face à la pression extérieure : alors même que la Cour des Comptes en rappelle l’acuité, que les déficits des fonctions publiques et des comptes sociaux se creusent, l’urgence est, aussi, aux économies. Economies de fonctionnement, économies liées aux gains de productivité que peuvent apporter des organisations meilleures, portées, notamment mais pas exclusivement, par les TIC. Economies dans la chasse aux dépenses improductives, dans l’analyse de la rentabilité de chaque opération, et peut être, aussi, dans l’arrêt de cette propension trop systématique à adjoindre à toute proposition un avantage fiscal, dont la complexité résultante de la législation finit par être en elle-même un handicap. Mais aussi, à côté du déficit budgétaire, considérer le déficit commercial, et les moyens de le réduire : une plus grande autonomie énergétique, et donc, des éco-industries (prises au sens le plus large) sont pour cela nécessaires. Et le déficit des comptes sociaux : les atouts des TIC pour la santé peuvent, là aussi, contribuer à réduire un déficit qui devient abyssal, et dont le comblement par simple accroissement de la pression fiscale, sur les ménages ou sur les entreprises, serait un nouveau frein à la reprise.
Concerter, agir ensemble : Au niveau national, les partenaires sociaux, économiques et industriels, et le Parlement, bien sûr. Au niveau local, les DRIRE, DiRECCTE et DREAL auront sans nul doute un rôle à jouer, car rien ne saurait en l’espèce être construit de solide sans un support local et régional, et sans que les idées qui surgissent de façon décentralisées n’aient d’écho. Et comment ne pas voir que leur positionnement est au coeur des priorités annoncées ? Aussi, avoir la réactivité nécessaire face à des situations qui peuvent encore évoluer de façons très brutales et différenciées, en fonction des moyens mis en place par d’autres centres de pouvoir mondiaux : ceci suppose une tâche de veille, de prospective et de stratégie renouvelée.
A ceci, s’ajoute un calendrier tendu. Il faudra le tenir. Le général de Gaulle, disait de la nation qu’elle était "l’histoire d’aventures partagées". Sans mésestimer le poids de la mondialisation qui modifie les outils et les moyens, cette formule reste, au fond, d’actualité. Il s’agit de l’écrire, à la hauteur des circonstances, qui devraient reléguer au dernier rang les calculs d’appareils, face à ce qui est un enjeu de survie majeur du pays.
Au travail !
Grégoire Postel-Vinay
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Le Cawa d’AdmiNet