Chers amis
Nom : Rabenandrasana - Prénom : William - Profession : gardien de nuit pendant la nuit et réparateur de vélo pendant le jour - Adresse du garage de réparation des vélos : à l’ombre du petit eucalyptus près du poteau électrique de haute tension dans le quartier de Mandroseza à Tananarive.
William est marié et pour faire vivre sa famille, il doit travailler dur. Sa femme Mme Solo, comme lui, est originaire de Fianarantsoa et ils sont venus dans la capitale en 2000 pour trouver du travail. Tous les 2 sont Betsileo. William fait le gardiennage de nuit dans la maison d’un chinois du quartier de Mandroseza et cela lui permet de gagner à peine 50.000 ariary par mois (20 euros environ). Ce qui est insuffisant pour nourrir sa femme et ses 2 enfants, Peta et Manga, qui vont à l’école. William a du chercher un autre travail. C’est ainsi qu’il est devenu réparateur de vélo pour compléter le salaire de la famille. Chaque jour, il peut ainsi apporter 2000 ariary (0,8 euro), ce qui est encore insuffisant et c’est pour cela que sa femme fait du tricot pendant que son mari a les mains dans le cambouis des vélos. Elle fait surtout des tricots pour les petits enfants selon les commandes qu’elle reçoit. Ainsi, avec le gardiennage de nuit, la réparation des vélos et les tricots de Mme Solo, la famille arrive tant bien que mal à vivre, à se nourrir et à payer les frais de scolarité des enfants. Mais pour la famille Rabenandrasana, la vie est bien rude. William ne peut dormir que 2 à 3 heures par jour. Il lui arrive bien de somnoler un peu pendant le gardiennage de nuit mais il sait que cela n’est pas recommandé pour éviter les vols dans la maison du chinois. Son sommeil ne peut être profond que de 4 h. à 6 h 30 du matin. Après, il faut se préparer pour la mise en route de la journée. Son garage est en plein air, mais l’eucalyptus assure un peu d’ombre quand le soleil est trop ardent. Les pièces de vélo dont William aura besoin sont pendues à une ficelle et les outils sont dans une caisse. Les jours de pluie, il faut ranger rapidement tout le matériel et attendre la fin de la pluie pour reprendre le travail. Mme Solo tricote à côté de lui et à midi, elle interrompt son travail pour cuire le riz. Le repas de midi, évidemment, se prend sur place, assis par terre. Une marmite, un peu de charbon de bois et un fatapera (petit four de charbon de bois) sont dans une sobika pour préparer le repas de midi au moment venu.
La vie de la famille Rabenandrasana n’est pas facile mais William et Solo savent que beaucoup d’autres foyers vivent les mêmes difficultés. Parmi les plus pauvres, beaucoup cherchent des petits travaux à faire pour compléter le salaire : ventes de balais, ménages dans les familles aisées, marchands ambulants, divers bricolages... c’est la vie des plus pauvres de Madagascar aujourd’hui et il sont les plus nombreux.
Les 14 candidats au 1er tour de l’élection présidentielle du 3 décembre dernier ont tous promis des miracles pour les années à venir mais les électeurs ne se font pas d’illusion. Marc Ravalomanana, le président sortant, avait choisi comme slogan de sa campagne électorale : « tohizo ny làlanantsika - Continuons notre route » : allusion aux milliers de kilomètres qui ont été construits ou réhabilités depuis 5 ans. C’est le côté positif et le plus visible des 5 dernières années. A la suite de la crise de 2002, le pays a reçu beaucoup d’argent de l’extérieur pour améliorer le réseau routier et l‘argent, d’une manière générale, a été bien utilisé. Cela a permis à certaines régions enclavées de sortir de l’isolement.
Mais il faut reconnaître que la vie est devenue de plus en plus difficile pour beaucoup. L’augmentation du prix des denrées de 1ère nécessité et la flambée des prix ont fortement diminué le pouvoir d‘achat des ménages. Résultat ? Les gens pourraient voyager plus facilement grâce à l’amélioration des routes mais beaucoup ne peuvent payer les frais de transport qui ont augmenté. Les routes s’améliorent mais le pays s’appauvrit. De belles routes traversent le pays mais on a oublié les gens qui habitent le long de ces routes ! Quelques chiffres sont là pour nous le rappeler. Le produit intérieur brut (PIB) de Madagascar reste en dessous de 300 dollars par habitant et par an. La grande Ile se trouve à la 155ème place des pays les plus pauvres sur 171 pays. Pendant 15 ans, le taux de croissance économique n’a jamais dépassé celui de la démographie. A Madagascar, 72 % de la population vit encore aujourd’hui en dessous du seuil de la pauvreté, 35 % des familles n’ont pas encore accès à l’eau potable. Par ailleurs 94/1000 enfants meurent avant leur 5ème année. Le taux de croissance démographique est de 2,8 % par an, il y a donc 500.000 jeunes qui arrivent sur le marché de l’emploi chaque année. Le nombre de la population est estimé aujourd’hui à 18 millions et les prévisions sont de 25 millions pour 2025 !
Pourtant, les atouts ne manquent pas mais le gaspillage continue. Trafics et exploitations illicites de tous genres. Madagascar perd annuellement 700 millions de dollars à cause des trafics illégaux de ressources minières et 500 millions de dollars à cause de l’exploitation illicite des ressources halieutiques. 5% seulement des pierres précieuses de haute qualité exportées par les opérateurs économiques du pays, passe pas la voie légale. Ce qui signifie que le reste, c’est-à-dire les 95% sont livrées au trafic. Ce n’est pas étonnant que les 4,8 tonnes de pierres précieuses exportées par le pays en 2005 ne valaient que 2 milliards d’ariary. Ces chiffres en disent long et démontrent à quel point le système de gestion des ressources naturelles à Madagascar est une vraie passoire. Et la liste n’est pas close. Cette situation désastreuse est souvent dénoncée mais cela ne change pas grand-chose et fait mieux comprendre pourquoi la Grande Ile, si gâtée par la nature, continue à patauger dans la boue de la pauvreté. Redresser cette situation sera sans nul doute l’un des secrets du décollage économique de Madagascar.
Comme dans tous les pays, les hausses vertigineuses du prix du pétrole sur le marché international ont fait souffrir l’économie nationale. De ce fait, Madagascar essaye d’inverser cette tendance par son entrée dans le groupe des pays producteurs de pétrole pour les années à venir. Il semble que la grande Ile possède des ressources significatives dont l’exploitation pourrait contribuer à la réduction de la pauvreté et à améliorer le bien-être des générations futures. Plusieurs régions de Madagascar font l’objet de recherche pétrolière, en particulier dans le canal du Mozambique au large de la ville de Mahajanga. Mais la gestion de ces ressources, quand elles seront exploitables, devra être l’objet d’une grande prudence pour que cette manne ne fasse pas grandir les inégalités mais apporte ses bienfaits à toute la population. Un autre défi pour les années à venir !
Pierres précieuses, pétrole... c’est surtout dans le domaine de la production agricole qu’il faudra s’investir. Cette année, le pays aura eu besoin de 100.000 tonnes de riz à importer pour faire face à la période de soudure. Doubler la production rizicole du pays dans les années à venir est faisable. Améliorer le rendement en riz permettra aux producteurs d’être plus compétitifs en matière d’exportation sur le marché régional ou international. Quant à la culture en riz pluvial (riz de montagne), des millions d’hectares sont encore disponibles. Il suffit d’adopter une variété à cycle court de 90 jours pour que les paysans puissent cultiver pendant la période des pluies qui dure 2 mois et demi chaque année.
Après une campagne électorale terne, les élections présidentielles du 3 décembre se sont passées dans le calme, avec quand même pas mal d’irrégularités dans son déroulement : surtout dans la confection des listes électorales et la distribution des cartes d’électeur. Marc Ravalomanana remporte les élections dès le 1er tour, mais c’est une victoire moins grande que ce qu’il annonçait : 38 % d’abstention et parmi les votes exprimés 54 % de voix en sa faveur alors qu’il annonçait un score de 70 %. Il faisait face à 13 autres candidats, mais 3 seulement étaient crédibles. L’un des candidats, Monja Zafitsimivalo, obtient 8 voix dans tout le pays !!! Sans doute la sienne et celle de sa femme et de ses enfants !!! Il y aura bien quelques plaintes pour des irrégularités mais cela ne remettra pas en cause cette élection et on devrait donc éviter une crise semblable à celle de 2002. Tant mieux pour le pays et pour nous qui vivons ici. Le vainqueur de ces élections aura à faire face à des défis importants pour permettre à la grande Ile de trouver une meilleure place dans la liste des pays les plus pauvres. L’Eglise reste très engagée dans cette lutte contre la pauvreté et dans le combat pour la justice et la paix. Soucieuse de rester présente auprès des plus pauvres et des marginaux, elle est à l’écoute de leurs besoins et essaye, comme elle le peut, de se mettre au service de leur promotion.
Les Spiritains participent à ce travail : au Centre Energie, nous accueillons les enfants de la rue de Tananarive et essayons de les réinsérer dans la société en leur apprenant un métier (potier, menuisier, maçon...) et en les aidant à retrouver leur dignité d’homme après une enfance très perturbée ; dans les paroisses de ville qui nous sont confiées (Tananarive, Mahajanga et Diégo-Suarez), nous essayons d’être à l’écoute des plus pauvres ; dans les régions de brousse où nous sommes présents (Mampikony et Vavatenina) nous sommes attentifs au monde paysan. Partout où nous vivons, les jeunes et les enfants sont particulièrement présents à notre attention puisque 50 % de la population a moins de 20 ans actuellement et que l’avenir du pays dépendra beaucoup de la formation que l’on apporte aujourd’hui à la jeunesse.
Depuis 25 ans, les Spiritains de Madagascar se rapprochent de ceux de Maurice, de la Réunion et des Seychelles. Nous vivons dans des contextes très différents mais les réalités régionales nous invitent à plus de collaboration. Cela se concrétisera en juillet prochain par la naissance de la Province Spiritaine de l’Océan Indien. Un défi pour nous tous : celui de nous rendre plus complémentaires dans la Mission et aussi, celui de nous obliger à sortir de nos insularités pour voir plus large. La naissance de cette nouvelle Province Spiritaine mettra fin à mon travail de responsable des Spiritains de Madagascar. Pendant 10 ans, j’ai essayé de me mettre au service de mes frères spiritains. En juillet prochain, la Congrégation me confiera une nouvelle mission. Laquelle ? Où ? Je ne le sais pas aujourd’hui. L’essentiel est de rester disponible aux appels qui me seront faits. Dans la vie d’un missionnaire, le chômage ne risque pas de nous atteindre !
L’année 2006 m’a permis de passer un peu plus de 3 mois en France. Après avoir participé au Conseil Provincial élargi de la Province des Spiritains de France, j’ai pu profiter de mon séjour pour passer quelques mois auprès de ma vieille Maman qui aura bientôt 93 ans. Paralysée et totalement dépendante, elle avance sereinement sur ce dur chemin de croix, sachant que sa présence fortifie la communion de ma famille. Chacun de mes frères et soeurs s’efforcent de la soutenir et c’est sans doute une des raisons, en plus de sa foi dans le Christ vivant, qui lui permet de garder la paix et la confiance. Le 28 septembre dernier, je l’ai quittée pour la 4ème fois, avec le sentiment qu’on ne se reverra sans doute plus sur cette terre.
Joyeuse fête de Noël et tous mes voeux pour cette année nouvelle 2007. Amitiés fraternelles.
Père Jean-Claude JAQUARD Maison Libermann B.P. 735 401 - MAHAJANGA Madagascar e.mail : jc.jaquard AT wanadoo.mg Noël 2006
Le Cawa d’AdmiNet