Widgets Amazon.fr

Accueil > Michaud-Nérard Thierry-Ferjeux > Communauté Thérapeutique et Antipsychiatrie

Communauté Thérapeutique et Antipsychiatrie

mardi 1er mars 2016, par Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard

Quand Oscar Wilde écrit : "L’expérience est le nom que chacun donne à ses erreurs", force est de constater que les prolongements de cette réflexion ne s’appliquent pas à la philosophie psychiatrique, dans la mesure où les psychiatres ne quittent jamais le terrain idéologique. Les psychiatres n’ont jamais voulu, ni réussi à comprendre quelque chose dans le domaine de l’histoire religieuse des origines de la psychiatrie.
L’histoire des origines de la psychiatrie ressemble à une sorte de vulgarisation idéologique de cette histoire religieuse. C’est une histoire religieuse qui a accompli une œuvre importante en matière de "contrôle social des comportements déviants", en lieu et place de la "chasse aux sorcières". C’est ce qui est resté une curiosité extrême, après que le XIX ème siècle l’eut amalgamée avec la médecine neurologique de l’époque et eut baptisé cet amalgame : "aliénisme". La chasse aux sorcières a pris ensuite un visage médical, après avoir été confiée aux œuvres religieuses et charitables qui régissaient les asiles pour les pauvres et les miséreux.
Puis la psychiatrie, la soi-disant "science des sciences de l’âme souffrante", planant au-dessus de toutes les sciences psychologiques spécifiques, a inventé une "discipline médicale" établissant une frontière infranchissable la séparant de la science : un dogme psychiatrique inviolable, en forme d’idéologie religieuse.
Les psychiatres, en tant qu’idéologues, sont des moralistes à la petite semaine, par le bas, se prenant pour des scientifiques quand ils ne sont que des songe-creux soumis à la médiocrité pseudo-psychanalytique convenue. Les psychiatres, en tant qu’idéologues, sont incapables de dépasser leur condition, en critiquant leur idéologie religieuse, et en constatant qu’elle est totalement inutilisable pour aider réellement les gens.
Si la psychiatrie, en tant que soi-disant "science des sciences de l’âme souffrante", ne fait rien de positif, c’est qu’elle n’est qu’une religion boursouflée, prêchant une morale médicale pauvre et impuissante.
Mais, de la désagrégation des dogmes pseudo-psychanalytiques sortit encore une autre tendance, la seule qui ait vraiment créé une "nouvelle idéologie religieuse". Il s’agit de la "pseudo-science de la psychiatrie biologique", soumise à la domination idéologique des laboratoires pharmaceutiques, et donc de la civilisation industrielle de la pétrochimie et du médicament. Les fruits empoisonnés de cette tendance sont attachés au "renouveau de la neuropsychiatrie", avatar justement disparu de la "psychiatrie dominée par la neurologie".
La rupture de la psychiatrie avec la neuropsychiatrie se produisit en 1968 par le "retour à Freud", du point de vue de l’idéologie religieuse pseudo-psychanalytique convenue. Cela signifie que les psychiatres ont décidé de "renoncer à concevoir le monde réel", en critiquant la nature supposée de la maladie mentale, et de "reconstruire l’histoire de la folie en forme d’obscurantisme scientiste médicalisé". La psychiatrie biologique, telle qu’elle se présente, est le résultat de lubies neurologiques préconçues, où les psychiatres ont décidé de sacrifier impitoyablement "la vie spirituelle de l’âme souffrante" à la nouvelle religion soumise à la "mécanique chimique du cerveau". Ce nouveau culte du cerveau, c’est le culte de la "nouvelle machine appelée à dominer le monde". La lubie de la psychiatrie biologique est impossible à concilier avec les faits propres à la vie de l’esprit, considérés dans leurs rapports de "conscience psychique", et non dans des rapports chimiques.
La psychiatrie biologique ne signifie vraiment rien de plus que des rapports chimiques. Seulement, c’est la première fois que les psychiatres ont décidé de prendre au sérieux cette conception de la mécanique chimique du cerveau, afin de l’appliquer d’une façon inconsidérée à tous les domaines la vie de l’esprit !
Les psychiatres devraient travailler l’idée que les "erreurs de la psychiatrie biologique" peuvent être instructives, afin de construire une "théorie de la connaissance de la vie de l’esprit" et de son développement, pour aider réellement les "soi-disant malades mentaux". Les psychiatres devraient tirer profit d’une "théorie de la raison dans les sciences" qui assigne aux argumentations bureaucratiques, dogmatiques et irrationnelles, une fonction illusoire en matière de "soi-disant diagnostic psychiatrique". Les psychiatres refusent la critique des diagnostics psychiatriques qui ne sont que des hypothèses, souvent erronées, hypothèses psychiatriques qu’ils font pour résoudre les problèmes qui se posent à eux face à "la vie spirituelle de l’âme souffrante".
C’est également une "théorie dogmatique" qui attribue à leurs observations un rôle tout aussi puissant et décisif, celui d’être la "vérité dogmatique" qui fonde le soi-disant diagnostic psychiatrique. C’est ce dogme psychiatrique inviolable, en forme d’idéologie religieuse, qui contribue à masquer les erreurs des psychiatres.
Si la Communauté Thérapeutique met l’accent sur le caractère dogmatique de la psychiatrie, elle sait aussi que le scepticisme qu’elle montre vis-à-vis de la psychiatrie n’empêche pas que la vraie connaissance de la personne alcoolique ou toxico-dépendante est susceptible de développement et de progrès. C’est la raison d’être de l’aide du Programme de rétablissement par l’abstinence et du Programme de réhabilitation et de réinsertion. Cela, pour la simple raison que les membres de la Communauté Thérapeutique peuvent être "instruits par leurs erreurs" ! Ces erreurs sont soumises au contrôle et à la critique bienveillante du groupe d’entraide. Seuls les membres rétablis du groupe d’entraide sont capables d’une capacité critique élevée.
Ce sont eux qui agissent afin de faire progresser les nouveaux arrivants. Seules les critiques justifiées peuvent apporter une aide positive pour le rétablissement par l’abstinence. La critique de nos comportements est déterminante. En faisant apparaître nos erreurs, elle fait comprendre les difficultés inhérentes au problème de dépendance que nous tentons de résoudre. C’est ainsi que nous acquérons une meilleure connaissance du problème de dépendance. C’est pourquoi la Communauté Thérapeutique peut alors proposer des solutions concertées, contrairement aux "dogmes psychiatriques à la mode". La réfutation des dogmes psychiatriques est une tentative sérieuse afin de "résoudre le problème posé par la dépendance". Elle constitue, à elle seule, un progrès qui fait approcher la personne alcoolique ou toxico-dépendante de la "vérité de la dépendance".
Et c’est en ce sens que les erreurs des dogmes psychiatriques peuvent être instructives, si on en tire les enseignements afin de corriger nos erreurs, pour que notre connaissance de ce problème de dépendance se développe et soit de plus en plus partagée par la population et surtout par les familles qui souffrent.
Puisque les solutions concertées de la Communauté Thérapeutique sont susceptibles de s’accroître, il n’y a là aucune raison de désespérer pour le rétablissement par l’abstinence de la personne alcoolique ou toxico-dépendante, ni ensuite pour sa réhabilitation et sa réinsertion socio-familiale réussie.


Dr Thierry-Ferjeux Michaud-Nérard