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de Jean-Marc Berthoud

lundi 29 juin 2015, par librairie cawa

Calvin et la France

Genève et le déploiement de la Réforme au 16e siècle

par Jean-Marc BERTHOUD
Aux Editions L’Age d’Homme, série Mobiles historiques, Lausanne (123
p.)

Un très bel et court ouvrage vient de sortir de presse sur Calvin,
son oeuvre et son influence immense sur son époque qui a marqué l’Eglise
et la société jusqu’à nos jours. Le livre a l’avantage
d’être facile à lire dans la présentation de l’essentiel
sur la Réforme à Genève avec son influence aux niveaux
spirituel, culturel, social et politique. Une fois de plus, l’auteur par sa
remarquable analyse a su faire vibrer nos cœurs et stimuler notre réflexion
pour une application actuelle de ces mêmes principes bibliques, fondement
de la Réforme. Il nous semble utile de donner un aperçu détaillé de
l’ouvrage.

L’ouvrage contient deux parties principales, précédées
d’une introduction. Dans sa première partie, l’auteur brosse le tableau
d’une Europe occidentale marquée par le christianisme, mais aussi imprégnée
de différentes cultures païennes. La Réforme s’inscrit dans
ce contexte pour rayonner depuis Genève dans ces pays, en particulier
la France. La seconde partie traite de la Réforme à Genève,
avec la formation des pasteurs à Genève, partie des plus instructives
pour ce qui concerne le concept biblique d’une vision chrétienne du
monde englobant tous les domaines de la réalité de la vie. Dans
ce cadre s’insèrent également la souveraineté de Dieu
et la responsabilité de l’homme. Le but ultime du travail énorme
de Calvin était toujours la gloire de Dieu.

L’Introduction prend le contre-pied de l’idée répandue
parmi les Evangéliques que la doctrine de l’élection produit
une indifférence au salut des âmes. En effet, entre 1555 et 1562,
la Réforme de Genève a donné lieu à la fondation
de 2150 « Eglises dressées » (Eglises avec structure et discipline
ecclésiales), et cela là où les persécutions sévissaient.
Quel rôle Calvin et la ville de Genève ont-ils joué dans
tout cela ? Comment expliquer que l’enseignement de ces doctrines (« la
prédestination, l’entière souveraineté de Dieu et la dépravation
totale de l’homme ») considérées souvent de nos temps comme « apparemment
débilitantes-, ait amené des milliers d’âmes au Sauveur, établi
des centaines d’églises et exercé une telle influence sur la
société ? Comment expliquer un des plus grands Réveils
de l’histoire de l’Eglise ? « Comment se fait-il qu’un tel renouveau de
la foi ait été le fruit d’un style de prédication et d’un
genre de vie ecclésiastique en si grande contradiction a vec nos stratégies
modernes de l’évangélisation du monde..? L’intention de l’auteur
est précisément de démontrer combien l’histoire dément
ces critiques infondées.

Première partie

Elle contient d’abord un bref aperçu de la vie de jean Calvin,
suivi par l’arrière plan politique, culturel et réligieux du
ministère de Calvin
avec les trois sous-divisions la paganisation
de la politique, la paganisation de la culture et la paganisation du christianisme
.
L’auteur analyse les conditions dans lesquelles la Réforme est née.
Toute une série d’éléments jouerait un rôle important
dans la paganisation de l’avant-Réforme : l’influence des cultures
gréco-romaine, celtique et germanique, et l’introduction de ces éléments
païens dans l’Eglise médiévale, dans le domaine de la
philosophie et du droit, puis dans ceux de la littérature et des beaux-arts.
On lira avec intérêt le développement de cette paganisation
dans ces trois domaines de la politique, de la culture et du christianisme
en Europe occidentale. Le chapitre sur les origines de la Réforme
française
est une analyse des racines du grand réveil
au Royaume de France au 16e siècle. L’influence de Luther fut immense
dans ce retour à la foi biblique. La structure de la première édition
de l’Institution de la Religion chrétienne de Calvin (1536)
correspond à celle du Petit Catéchisme de Luther (1529). Une
autre source d’influence venait de Jacques Lefèvre d’Etaples, pionnier
en France du nouvel « évangélisme ». Connaisseur
des écrits d’Aristote et de la mystique naturaliste de l’Antiquité il
se tourna finalement vers les Ecritures pour y découvrir la vérité et
la vie. En approfondissant l’étude de la Bible, il découvrit également
le « double sens de l’exégèse littérale »,
c’est à dire de faire ressortir « le sens naturel » -celui
qu’entendaient les auteurs divins et humains -ce qu’il nomma le sens littéral « prophétique » -et
le sens littéral « historique » nu, accompli en la personne
et l’œuvre du Christ. Il publia en 1509 son premier ouvrage de
critique et d’exégèse biblique, Le quintuple psautier ; "où nous
trouvons solidement établis les principes herméneutiques qui
allaient caractériser l’exégèse et la prédication
des Réformateurs". Guillaume Farel vint à la foi par le
témoignage de Lefèvre et joua un rôle important dans
la Réforme en Suisse romande. C’est lui qui introduisit la première
imprimerie dans la région de Neuchâtel, où était
imprimée et diffusée la première traduction française
de la Bible de Louis Olivétan, qui servit de base à la diffusion
des Ecritures et de la littérature biblique en France. Dans le dernier
chapitre de la première partie, J .-M. Berthoud développe la
venue et le combat de Calvin à Genève pour faire triompher
l’Evangile. En résumé, « les années entre 1541
et 1555 virent à Genève une lutte spirituelle, doctrinale,
morale et politique intense pour obtenir la transformation d’une Eglise plantée.
..en une Eglise dressée. .. une Eglise disciplinée, fidèle
et obéissante. à la Parole de Dieu. Toute la structure de l’Eglise
selon le concept de Calvin, influencé par Martin Bucer à Strasbourg,
fut mise en place. Ce concept s’insérait dans le cadre d’une Eglise
institutionnelle et soutenue par l’Etat, tout en gardant son indépendance
en matière de foi et de discipline de l’église. On peut ne
pas partager ce concept de l’église institutionnelle et certains procédés
d’alors, mais il reste néanmoins vrai que le projet était séduisant
et l’œuvre de Calvin grandiose pour arriver à une telle
Réforme, où finalement l’Evangile avait transformé hommes
et mœurs. C’est à cette époque que se situe l’affaire
de Michel Servet, hérétique et gnostique, qui combattait les
doctrines centrales de la foi chrétienne et fut finalement envoyé au
bûcher par le gouvernement genevois. On reproche à Calvin d’avoir été « le
dictateur de Genève », ce qui est démenti par les faits
de l’histoire réelle, car le pouvoir direct fut exercé par
le Conseil de la ville. L’influence de Calvin se fit plutôt par la
prédication, et sa capacité de persuasion -donc de manière
indirecte -par la seule force de son autorité morale. Calvin avait
une vision avant tout ecclésiastique et voulait d’abord rétablir
une structure dans l’Eglise avec une doctrine et une discipline selon les
Ecritures, capable ensuite de préparer et d’en- voyer des missionnaires
prêcher l’Evangile.

Deuxième partie

Au premier chapitre, Calvin et la vigne de Dieu en France, sont développées
les convictions de Calvin sur les autorités, la justice et le rôle
de l’Eglise dans la société. Sa .prédication impliquait
toujours application précise et concrète ». Ses enseignements
et son influence grandissante allaient forcément à l’encontre
du pouvoir des derniers Valois et de l’Eglise de Rome caractérisé par
un .absolutisme machiavélique ». Cette réforme ne pouvait
finalement qu’aboutir à la haine contre la Réforme et à la
persécution des Evangéliques en France, car Calvin ne tolérait
aucun compromis avec Rome.

Le second chapitre traite de Genève qui forme et délègue
des pasteurs aux Eglises réformées en France
. Genève
se voua dès lors à la formation des futurs pasteurs. Il y avait
plus de 300 étudiants en théologie dans l’Académie de
Genève fondée en 1559. Cet- te formation théologique était
rigoureuse : étude philologique et grammaticale de la Bible, maîtrise
du latin, de l’hébreu et du grec, préparation pour la tâche
la plus importante : l’étude et l’exégèse de la Bible.
A part les examens sur la doctrine, les candidats devaient faire preuve de
probité morale et idéologique. Ces disciplines s’exerçaient « en
classe », ce qui allait à l’encontre de « l’individualisme
exacerbé du protestantisme moderne ». Calvin n’était pas
pour la violence, et il exhortait les missionnaires en terre de France à la
patience dans le combat de la foi au milieu des souffrances et de la persécution.
Calvin exigeait une fidélité absolue à la foi chrétienne
selon la Parole de Dieu.

Le chapitre trois sur la formation des pasteurs et la prédication
de Calvin
nous présente le concept et le plan d’une formation
pastorale complète selon Calvin. A "l’Académie de Genève », on
trouve les deux grands domaines dans lesquels Dieu manifeste sa révélation :
d’abord par sa création, puis par sa Parole écrite
. Pour
Calvin, les « sciences physiques » faisaient partie du programme
d’enseignement, étudiées à la lumière de la Parole
de Dieu, car la nature aide à comprendre le Créateur, alors
que les scolastiques négligeaient cette discipline comme inférieure.
L’analyse pertinente de J.-M. Berthoud nous paraît fondamentale pour
revenir à une vue biblique du monde, base du grand réformateur.
La pensée de Viret et de Calvin s’oppose totalement au dualisme, qui
est à la racine de la pensée scientifique moderne, où les
sens et la science sont dissociés. Ce dualisme devint dominant au
18e siècle dans l’enseignement de la théologie, qui de ce fait
fut totalement dénaturé. Les « outils linguistiques » développés
par les humanistes de la Renaissance furent utilisés par l’Académie
pour mieux interpréter les Ecritures, afin d’obtenir une exégèse
continue de la Bible dans son sens littéral.

Bien que très souvent malade, Calvin prêchait pratiquement tous
les jours en plus de son enseignement à l’Académie. En 1561,
plus de 1000 personnes fréquentaient régulièrement ses
cours. Parfois il était si peu bien qu’il devait se faire porter sur
une chaise à l’ endroit où il enseignait. Tous les cours étaient
donnés en latin. Il prêchait « sans notes, expliquant la
Bible directement à partir du texte hébreu ou grec dont il donnait
sur place sa propre traduction ». Mais il se préparait toujours
soigneusement. L’application du texte biblique à sa propre vie était
primordiale pour lui. La nature de la prédication résidait
en trois points
 : D’abord, sa prédication consistait en une
exposition suivie du texte biblique
. Ensuite, il se servait de tous les
outils linguistiques
pour serrer le texte sacré de près,
tout en les soumettant à son autorité souveraine. Le dernier
point consistait en une prédication de caractère rigoureusement
antithétique
. Tout ce qui était contraire à la
Vérité devait être forcément faux. La vraie doctrine était
ainsi systématiquement opposée à l’hérésie
et entre les deux existait une guerre sans répit. La base du contenu
de son enseignement consistait en trois points
 : la corruption
totale de l’homme, la grâce souveraine de Dieu et la justification par
la foi seule
. La prédication devait avoir des implications
pratiques pour la vie du chrétien. La prédestination, la certitude
du salut, le combat spirituel et la sanctification, l’édification de
l’Eglise et la restauration de la société, formaient le corps
des doctrines primordiales. L’activité sanctifiée d’une vie véritablement
chrétienne devait s’exprimer par le service, l’amour et la justice,
dans la soumission à la Parole et la dépendance du Saint-Esprit.

Dans le chapitre quatre sur la souveraineté de Dieu et la prédication
souveraine de l’Evangile
, l’auteur démontre qu’il n’y a pas incompatibilité entre
la doctrine enseignée par Calvin et la prédication efficace
de l’Evangile, et que cette doctrine a pour but ultime la gloire de Dieu.
Face à la souveraineté absolue de Dieu, la responsabilité de
l’homme serait pour certains une affirmation antithétique.
Cette souveraineté ne dispense en aucune façon l’homme de prier
et d’agir « comme si l’avenir dépendait de sa seule volonté,
comme si son action était susceptible de modeler le monde et l’histoire »,
C’est le contraire d’une attitude fataliste et passiviste. Cette piété calviniste
contient à la fois le zèle missionnaire et la dimension de
notre responsabilité face à la création : la foi chrétienne
vécue dans tous les domaines de la vie.

L’auteur, dans sa conclusion, nous laisse encore quelques tableaux
touchants du caractère et de la piété de Calvin. Dans
sa vie, tout est constamment axé sur Dieu et sa Parole. Malgré tous
ses dons et toutes ses activités, Calvin est resté humble. Il était
d’une grande sensibilité. Tout en ayant été un homme d’action,
il nous a légué une oeuvre écrite remarquable et gigantesque.
Sa correspondance était immense, donnant des conseils, démêlant
des problèmes difficiles et consolant les affligés avec douceur.
Son caractère était loin d’être « épouvantable »,
comme certains l’affirment. Il disait de lui-même à la fin de
sa vie : « J’ai eu bien des infirmités que vous avez dû supporter
et, en plus, tout ce que j’ai fait n’était d’aucune valeur », Le
livre se termine avec deux magnifiques prières de Calvin faites à la
fin de ses deux prédications sur 2 Samuel 13.

Nous apprécions la bibliographie étendue et utile pour qui désire
approfondir les différents sujets. Les notes en bas des pages facilitent
la lecture, évitant au lecteur d’aller les chercher à la fin
du livre.

Si nous nous sommes longuement arrêtés sur cet ouvrage, c’est
qu’il nous semble résumer deux choses : D’abord, l’héritage important
que ce grand Réformateur nous a laissé. Ensuite, les quelques
principes et mécanismes qui s’en dégagent pour tirer des leçons.
Il peut y avoir des divergences sur certains points dans l’ecclésio1ogie
ou le ministère pastoral, mais le but de cet ouvrage n’est-il pas de
relever l’essentiel : nous stimuler à une étude sérieuse
et approfondie de la Parole de Dieu et porter une plus grande attention à une
formation plus poussée de la relève des responsables de nos églises ?
Il ne s’agit pas de favoriser l’intellectualisme, mais de former une nouvelle
génération d’hommes de Dieu capables d’enseigner et d’édifier
nos Eglises par des prédications et des études bibliques solidement
ancrées dans les Ecritures. Dieu nous a donné un cœur et
un cerveau, servons-nous des deux. Tout cela demande du temps, de la réflexion,
de la volonté et de la persévérance. Ce n’est pas du « fast
food » à la Mc Donald’s dont l’Eglise au 21e siècle a besoin,
mais d’hommes de Dieu équipés avec soin : et sérieux. Le
livre m’a sensibilisé profondément quant à la question :
que faisons-nous dans nos communautés pour former nos responsables ?
Comment le faisons-nous ? Nous recommandons vivement cet ouvrage, ne fût-ce
que pour cette raison-là, et demandons à Dieu de richement bénir
ceux qui le liront.

Détails sur le produit

  • Broché
  • Editeur : Age d’homme (26 mai 2004)
  • Collection : HISTOIRE
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2825112690
  • ISBN-13 : 978-2825112694

2825112690