Les avions de la base aérienne militaire de Mont-de-Marsan qui ont survolé la région des Landes après la tempête du 24 janvier 2009 nous ont révélé l’ampleur du désastre, qu’ils ont résumé à leur manière d’une phrase lapidaire : "c’était comme un bombardement".
Une semaine après cette tempête, des milliers de foyers du Sud-Ouest étaient encore privés d’électricité. Un préfet des Landes parti à l’étranger, une municipalité de Mont-de-Marsan dépassée et impuissante face aux lenteurs des réparations entreprises par ERDF, qui n’avait même pas daigné leur désigner un interlocuteur sur place.
Que diraient les Franciliens s’ils étaient privés de courant électrique pendant une semaine ?
Les Landais sont philosophes, les anciens se souviennent du temps jadis avant l’arrivée de l’électricité et du téléphone. Ils ont ressorti les bougies et autres lampes à pétrole. La distribution d’eau courante a pu être assez vite rétablie, et le bois de chauffage ne manque pas alentour.
Les Landes, c’est loin de Paris et des centres de décision. Sur place, on a appris à ne compter que sur ses propres forces.
Chacun voit midi à sa porte et s’enferme dans son égoïsme. Ici, on n’a que faire d’un "french Doctor" qui viendrait en avion de Paris pour se faire photographier penché sur des populations en souffrance. Si les avions militaires n’avaient pas survolé la zone pour nous rapporter ces images de désolation, qui se soucierait des dégâts matériels de la forêt des Landes, qu’aucune compagnie d’assurance ne viendra jamais réparer.
A ce jour, rien n’indique d’ailleurs que les forêts de pin seront rétablies. Il faut une trentaine d’années pour dessiner une forêt landaise, et si des phénomènes météorologiques extrêmes, déjà connus en 1999, devaient se reproduire à fréquence accélérée, à quoi servirait-il de s’acharner. Le pin est une espèce étrangère, importée dans les Landes pour assécher un sol historiquement beaucoup plus humide. Le mot "landes" évoque par lui même le paysage d’autrefois, avec ses célèbres pâtres échassiers, et ce n’est pas un hasard si les fermiers traditionnels préfèrent élever des canards et des oies plutôt que des poules ou des lapins.
Enfin, il y a toujours plus malheureux que soi.
En cette circonstance, on ne peut pas s’empêcher d’établir un parallèle avec le sort des malheureux habitants de la bande de Gaza. Privés d’électricité, d’eau, de carburant, privés de tout, ceux-là risquent en plus -mais c’est un point de détail- de perdre un arbre, leur maison, un voisin, un être cher ou tout simplement la vie par la chute d’une bombe tombée du ciel, qu’elle soit ou non, pour agrémenter leur agonie, au phosphore.
A la différence des Landais, leur infortune ne provient pas d’un quelconque dérèglement climatique. Si dans le cas du Sud Ouest, la colère du Ciel avait pu être prévue quelques jours seulement à l’avance, l’opération "plomb durci" ne constituait qu’une première étape d’un programme parfaitement planifié depuis plusieurs mois, et une pareille élimination méthodique d’une population ne peut résulter que d’un plan des hommes.
C.S.
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