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Azouz Begag, un ministre en pleurs à Bourail

mercredi 14 mars 2007



(source : Nouvelles Calédoniennes - 4 mars 2007)

Quand il a commencé à parler d’humilité devant l’histoire, Azouz Begag s’est mis à pleurer. Et pour ces larmes de la mémoire, les Arabes de Bourail l’ont applaudi. Personne ne sort indemne d’une visite au cimetière de Nessadiou, surtout pas un ministre de l’Egalité des chances issu de l’immigration.

Ils auraient pu lui demander ceci ou cela, entre autres un professeur d’arabe parce que s’ils ont gardé les noms et les gueules, ils ont perdu la langue. Mais que peut un ministre à quelques semaines de la fin d’une fonction dont on ignore si elle lui survivra ? Ce qu’évidemment il souhaite... Les Arabes de Bourail, essentiellement d’origine algérienne, comme lui, se sont donc contentés de l’accueillir avec le lait et les dattes, de lui montrer les tombes de leurs vieux, de lui parler de leur histoire. En ce ministre de la République issu de l’immigration, ils se sont reconnus, eux, les fils d’exilés. Il n’en fallait pas davantage pour transformer une visite officielle en un moment d’émotion. « J’aime, leur a dit Azouz Begag, me retrouver à l’autre bout du monde avec vous. C’est cela, la France. Cet incroyable pays, cette incroyable histoire qui fait que je retrouve ici des bouts d’Algérie. »

Contradictions coloniales

En « petite Afrique », comme on a longtemps appelé Nessadiou, le ministre a d’abord déposé une gerbe à la mémoire des déportés et transportés d’Afrique du Nord exilés en « Caledoune » entre 1864 et 1896. Une première, ressentie par Jean-Pierre Aïfa et l’Association des Arabes comme un signe important au moment même où cette tranche d’histoire vient de disparaître des nouveaux manuels scolaires calédoniens. Azouz Begag a ensuite visité le cimetière, déambulant entre des tombes aux noms pour lui familiers. « Vous êtes dans notre lieu de mémoire », a souligné Jean-Pierre Aïfa, en lui rappelant que les vieux couchés là avaient été exilés de leurs terres souvent données à des colons, puis installés sur des terres prises à des tribus. « Pour eux, a-t-il indiqué, l’histoire s’est inversée. La colonisation qu’ils subissaient en Algérie, ils en sont malgré eux devenus les agents, pour survivre. A eux seuls, les Arabes de Nouvelle-Calédonie concentrent toutes les contradictions d’une politique coloniale. »

Des victimes de l’histoire, ayant vécu ce qu’un seul mot peut traduire : “mektoub”, le destin. Aujourd’hui, leurs enfants, a souligné Jean-Pierre Aifa, « n’ont pas le temps d’attendre une quelconque repentance d’où qu’elle vienne. Nous sommes des citoyens de Nouvelle-Calédonie qui avons un défi à relever et rien ne se fera à côté de nous ou sans nous. C’est le sens que nous voulons donner à votre visite à Nessadiou. »

Fraternité

Une image, a souligné Azouz Begag, « de cette France qui assume son passé mais qui regarde vers demain pour construire un destin commun ». Car la « mémoire en bandoulière », a-t-il ajouté, ne suffit pas. Il faut « aussi marcher chaque jour pour produire un peu de nouvelle mémoire. La vie est une bataille, une bataille de l’égalité pour tous les enfants et mon action politique me conduit tous les jours à me battre pour que chacun d’entre eux puisse se dire “Pourquoi pas moi “ » A Nessadiou, Azouz Begag a produit un peu de mémoire. Et beaucoup d’émotion. « Il s’est passé tellement de choses incroyables ici, a-t-il dit, tellement de signes donnés de loin que j’ai l’impression de porter un message plus fort que tout, celui de l’obligation de fraternité. » Fraternité exprimée sans réserve dans les quelques mots qu’il a inscrits au livre d’or de l’association : « A tous mes amis, mes frères d’histoire de Bourail, merci pour ce moment qui restera gravé dans mon cœur jusqu’au bout du chemin. Que vive la mémoire de Nessadiou, que vivent la fierté et la dignité des hommes d’ici et d’ailleurs. Fraternellement. Azouz Begag. »

Henri Lepot

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Voir en ligne : http://www.info.lnc.nc/caledonie/20...


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