EDITORIAL
par Pierre Couveinhes
Rédacteur en chef des Annales
des Mines
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Près de deux ans après le krach de l’automne 2008, point
d’orgue de ce
qu’il est aujourd’hui convenu de nommer ‘la crise financière’,
les Annales des Mines
consacrent à celle-ci ce numéro de Réalités
industrielles.
Il ne s’agit pas seulement d’en analyser les causes et le
mécanisme,
mais, surtout, de tirer les conséquences de ce qu’elle a
révélé, car, pour
reprendre la formule du financier américain Warren Buffett,
« C’est à
marée descendante que l’on découvre qui nageait sans
maillot de bain ».
S’agissant des origines de la crise, il semble bien que le
péché originel
ait été la suppression des barrières interdisant
aux banques
commerciales d’accéder aux marchés financiers (qui s’est
traduite, aux
Etats-Unis, par l’abrogation du Glass Steagall Act). Cette
évolution a
autorisé de facto les banques généralistes
à spéculer avec les dépôts de
leurs clients. L’appât du gain a suscité une croissance
exponentielle du nombre
de transactions (payées à la commission), qui a
été facilitée par l’essor des
technologies de l’information et de la communication, ainsi que par
l’oubli des
règles prudentielles les plus élémentaires, trop
souvent argumenté par des théories
mathématiques dévoyées.
Il en a résulté un gigantesque jeu de
mistigri (ce
jeu où les cartes circulent entre les joueurs jusqu’à ce
que l’un d’entre eux,
le perdant, se retrouve avec le seul valet de pique, le ‘mistigri’,
dont tous
les joueurs cherchent à se débarrasser). Ceux qui
participaient à ce jeu planétaire
ne pouvaient se résoudre à s’en retirer, car chaque
partie rapportait gros. Chacun
espérait être à même de passer, à
temps, à un autre joueur un mistigri de plus
en plus pesant… Mais l’inévitable s’est produit :
très vite, les
épargnants ont découvert avec stupeur que leurs banques
avaient joué au casino
avec leurs économies…
Qui a payé le mistigri, en définitive ? Certainement
pas les
banques, « too big to fail »,
mais, pour l’essentiel, les Etats ! Dans
une atmosphère de fin du monde, maints pays occidentaux se sont
alors rendu
compte du fait qu’ils étaient nus et que, depuis des
années, ils vivaient à
crédit, au-dessus de leurs moyens. Pendant que leurs
élites (appelons-les ainsi)
s’ingéniaient à faire tourner les mistigris tout en
encaissant de somptueux
bonus, leurs usines avaient été
délocalisées, leurs parts de marché
s’étaient
érodées et leur supériorité technologique
avait disparu dans nombre de
domaines-clés… tandis que d’autres pays avaient acquis des
positions
industrielles et commerciales de premier ordre : la Chine (bien
sûr),
l’Inde, le Brésil, les Dragons d’Asie, mais aussi… l’Allemagne.
Et
Bien sûr, il ne s’agit en aucun cas de renoncer au progrès
technique ou à
l’économie de marché, ni de se replier frileusement sur
un passé regretté, ni encore
de différer une fois de plus des réformes qui avaient
été jugées indispensables
bien avant la crise financière, mais de mettre
systématiquement en œuvre une
« stratégie du luxe ».
Le luxe est un secteur où des entreprises françaises
connaissent des
succès remarquables à l’échelle mondiale. Ainsi
que le souligne dans son
article Vincent Bastien, les stratégies menées par les
meilleures entreprises
de ce secteur sont fondées sur des principes très
semblables à ceux qui
président au développement durable :
traçabilité (ce qui implique la stabilité
de la localisation de la production), intrication étroite entre
produits et
services, ceux-ci étant apportés par des personnes
connues, reconnues et
qualifiées… Il y a certainement là une voie de
réflexion pour l’avenir, qui
devra être explorée et exploitée.
Le Cawa d’AdmiNet