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Après la crise financière : un retour à l’économie réelle ?

- REALITES INDUSTRIELLES – Mai 2010

dimanche 6 juin 2010



EDITORIAL
par Pierre Couveinhes
Rédacteur en chef des Annales des Mines

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Près de deux ans après le krach de l’automne 2008, point d’orgue de ce qu’il est aujourd’hui convenu de nommer ‘la crise financière’, les Annales des Mines consacrent à celle-ci ce numéro de Réalités industrielles.
Il ne s’agit pas seulement d’en analyser les causes et le mécanisme, mais, surtout, de tirer les conséquences de ce qu’elle a révélé, car, pour reprendre la formule du financier américain Warren Buffett, « C’est à marée descendante que l’on découvre qui nageait sans maillot de bain ».

S’agissant des origines de la crise, il semble bien que le péché originel ait été la suppression des barrières interdisant aux banques commerciales d’accéder aux marchés financiers (qui s’est traduite, aux Etats-Unis, par l’abrogation du Glass Steagall Act). Cette évolution a autorisé de facto les banques généralistes à spéculer avec les dépôts de leurs clients. L’appât du gain a suscité une croissance exponentielle du nombre de transactions (payées à la commission), qui a été facilitée par l’essor des technologies de l’information et de la communication, ainsi que par l’oubli des règles prudentielles les plus élémentaires, trop souvent argumenté par des théories mathématiques dévoyées.
Il en a résulté un gigantesque jeu
de mistigri (ce jeu où les cartes circulent entre les joueurs jusqu’à ce que l’un d’entre eux, le perdant, se retrouve avec le seul valet de pique, le ‘mistigri’, dont tous les joueurs cherchent à se débarrasser). Ceux qui participaient à ce jeu planétaire ne pouvaient se résoudre à s’en retirer, car chaque partie rapportait gros. Chacun espérait être à même de passer, à temps, à un autre joueur un mistigri de plus en plus pesant… Mais l’inévitable s’est produit : très vite, les épargnants ont découvert avec stupeur que leurs banques avaient joué au casino avec leurs économies…
Qui a payé le mistigri, en définitive ? Certainement pas les banques, « too big to fail », mais, pour l’essentiel, les Etats ! Dans une atmosphère de fin du monde, maints pays occidentaux se sont alors rendu compte du fait qu’ils étaient nus et que, depuis des années, ils vivaient à crédit, au-dessus de leurs moyens. Pendant que leurs élites (appelons-les ainsi) s’ingéniaient à faire tourner les mistigris tout en encaissant de somptueux bonus, leurs usines avaient été délocalisées, leurs parts de marché s’étaient érodées et leur supériorité technologique avait disparu dans nombre de domaines-clés… tandis que d’autres pays avaient acquis des positions industrielles et commerciales de premier ordre : la Chine (bien sûr), l’Inde, le Brésil, les Dragons d’Asie, mais aussi… l’Allemagne.

Et la France, dans tout cela ? Elle a bien mieux résisté à la crise financière que beaucoup ne l’auraient pensé. Comme en d’autres périodes de son histoire, sa force semble avoir résidé dans un solide ancrage territorial, auquel sont associées des sources de richesse que les statistiques ignorent dans une large mesure. Et si c’était précisément là que réside le meilleur atout de notre pays dans la compétition internationale ?
Bien sûr, il ne s’agit en aucun cas de renoncer au progrès technique ou à l’économie de marché, ni de se replier frileusement sur un passé regretté, ni encore de différer une fois de plus des réformes qui avaient été jugées indispensables bien avant la crise financière, mais de mettre systématiquement en œuvre une « stratégie du luxe ».
Le luxe est un secteur où des entreprises françaises connaissent des succès remarquables à l’échelle mondiale. Ainsi que le souligne dans son article Vincent Bastien, les stratégies menées par les meilleures entreprises de ce secteur sont fondées sur des principes très semblables à ceux qui président au développement durable : traçabilité (ce qui implique la stabilité de la localisation de la production), intrication étroite entre produits et services, ceux-ci étant apportés par des personnes connues, reconnues et qualifiées… Il y a certainement là une voie de réflexion pour l’avenir, qui devra être explorée et exploitée.

- REALITES INDUSTRIELLES – Mai 2010

Voir en ligne : http://www.annales.org/ri/2010/ri_m...


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